La communauté iranienne de Los Angeles en « état de choc » après le décret Trump
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La communauté iranienne de Los Angeles en « état de choc » après le décret Trump

Le demi-million d'Iraniens immigrés ou descendants d'Iraniens de Californie craint des représailles de Téhéran, l'impact économique de cette décision "injuste" et les répercussions sur leur vie quotidienne

Manifestation contre le nouveau décret anti-immigré du président américain Donald Trump à l'aéroport international de Logan, à Boston, le 28 janvier 2017. (Crédit : Scott Eisen/Getty Images/AFP)
Manifestation contre le nouveau décret anti-immigré du président américain Donald Trump à l'aéroport international de Logan, à Boston, le 28 janvier 2017. (Crédit : Scott Eisen/Getty Images/AFP)

« Je n’aurais jamais cru en 42 ans ici qu’un jour quelqu’un vous demanderait votre religion » pour entrer aux Etats-Unis, se désole Alex Helmi depuis sa luxueuse boutique de tapis Damoka, au cœur du quartier iranien de Los Angeles.

« Cela affecte toute la communauté […]. Il faut que l’administration Trump repense le décret » qui interdit l’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, dont l’Iran, ajoute-t-il fermement, résumant le sentiment général de « Téhérangeles ».

Le sud de la Californie compte environ un demi-million d’Iraniens immigrés ou descendants d’Iraniens, dont beaucoup à Los Angeles.

« Ces derniers jours ont été un désastre. Le téléphone n’a pas arrêté de sonner », explique Fahrad Besharati, propriétaire d’une agence de voyage sur Westwood boulevard, artère où l’on ne trouve que des librairies en farsi, des kebabs ou des boulangeries pleines de douceurs orientales.

Farhad Besharati, entrepreneur irano-américain, à Los Angeles, le 30 janvier 2017. (Crédit : Konrad Fiedler/AFP)
Farhad Besharati, entrepreneur irano-américain, à Los Angeles, le 30 janvier 2017. (Crédit : Konrad Fiedler/AFP)

« On a essayé d’expliquer [à nos clients] que le décret est temporaire mais beaucoup disent qu’en 90 jours, ‘on va perdre notre vie ici' », poursuit Besharati, évoquant une diaspora « sous le choc ».

Une de ses connaissances « a sa femme partie en Iran, il ne sait pas quand elle va pouvoir revenir, ils ont des enfants, c’est tragique », raconte-t-il.

« J’ai aussi eu des étudiants de 23 ans au téléphone en pleurs qui me demandaient ‘aidez-nous’ mais que voulez-vous que je fasse ? L’une d’entre elles est finalement arrivée hier mais l’autre n’a pas été autorisée à embarquer », déplore-t-il.

‘Portes fermées’

Leila, 45 ans, a encore des frissons quand elle repense à vendredi, elle était partie chercher son père irano-italien à l’aéroport : « il est sorti à 14h30 juste après la signature du décret. Il m’a dit ‘je crois qu’ils ont fermé les portes après moi’. »

« Ils ont renvoyé une grand-mère de 82 ans en fauteuil roulant. Quel danger causait-elle ? », s’indigne Leila, qui vient d’acheter des galettes au sésame et refuse de donner son nom de famille par crainte de causer des problèmes à son père.

« Je connais quelqu’un qui n’a pas pu venir alors que sa mère vient de mourir, et un autre dont le père va subir une opération à cœur ouvert » et qui est bloqué en Iran, énumère-t-elle.

« Je connais quelqu’un qui n’a pas pu venir alors que sa mère vient de mourir »

Ali, 42 ans, voulait quant à lui rendre visite à sa famille pour le Nouvel an perse, le 21 mars, mais « maintenant je ne sais pas si j’irai ». Lui non plus ne donne pas son patronyme par crainte de problèmes avec l’administration américaine.

Des terroristes partout

Dans les rayons de la libraire Ketab, il dit aussi avoir peur que le gouvernement iranien lance des représailles à l’encontre de ceux qui ont la double-nationalité comme lui.

« Ce n’est pas une façon de gérer un pays », se désole Fahrad Besharati, dont l’agence de voyage a vu ses revenus réduits à néant en quelques heures : « ça va prendre au moins un mois avant que les gens aient à nouveau confiance dans leur capacité à aller et venir du pays. »

L’économie va en souffrir, anticipe de son côté Alex Helmi : « toute personne qui vient ici dépense de l’argent et il va y avoir moins de voyageurs », sans parler de l’impact sur l’image des Etats-Unis.

Alex Helmi entrepreneur irano-américain, à Los Angeles, le 30 janvier 2017. (Crédit : Konrad Fiedler/AFP)
Alex Helmi entrepreneur irano-américain, à Los Angeles, le 30 janvier 2017. (Crédit : Konrad Fiedler/AFP)

Tous relèvent qu’aucun des auteurs des récents attentats aux Etats-Unis y compris ceux du 11 septembre 2001, n’étaient Iraniens ou originaires d’un des six autres pays visés par le décret, justifié par la lutte contre le terrorisme.

« La plupart [des auteurs d’attentats aux Etats-Unis] venaient d’Arabie saoudite, je ne vois pas ce pays dans la liste », remarque Alex Helmi.

Le 6 janvier « il y a eu une fusillade dans un aéroport de Floride, c’était un Américain blanc. Il y a des terroristes partout », se désole Ali qui juge le décret « injuste ».

Rares sont ceux qui, comme Jacob Agnassian, 65 ans et gérant d’une teinturerie, qui pensent que le décret va réellement « éloigner les terroristes ». « Si on les laisse entrer, il n’y a aucun moyen de les arrêter », ajoute ce partisan de Donald Trump.

Besharati estime toutefois que le décret peut porter un coup au financement du terrorisme : « il y a des gens riches qui viennent [d’Iran] avec des millions, des milliards de dollars […]. Ce sont eux qui envoient de l’argent en Syrie ou au Hezbollah. »

Alex Helmi, lui, veut croire que « la démocratie américaine va l’emporter » et que « le système judiciaire va décider ce qui est bien pour l’Amérique ».

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