« La focalisation gouvernementale à court-terme sera coûteuse sur le long-terme »
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« La focalisation gouvernementale à court-terme sera coûteuse sur le long-terme »

Karnit Flug s'interroge : Pourquoi attendre une crise pour investir dans les réformes nécessaires et s'attaquer aux faiblesses fondamentales de l'économie ?

Karnit Flug, gouverneur de la Banque d'Israël, prend la parole lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le 31 mars 2015 (Yonatan Sindel / Flash90)
Karnit Flug, gouverneur de la Banque d'Israël, prend la parole lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le 31 mars 2015 (Yonatan Sindel / Flash90)

Les gouvernements israéliens, ces dernières années, ont établi des politiques se focalisant sur des objectifs à court-terme, même au prix de dangers à long-terme, a averti Karnit Flug, gouverneure de la banque d’Israël, dans la journée de jeudi. Ils n’ont pas « suffisamment insisté sur une politique orientée vers l’avenir ».

L’économie israélienne se porte bien en termes macroéconomiques, a dit Flug. Mais c’est précisément quand l’économie va bien que le moment est le bon « pour adopter des réformes et pour s’attaquer aux faiblesses de fond ». Il apparaît néanmoins, a-t-elle expliqué, que la bonne situation économique « ne crée pas un sentiment d’urgence ».

« On a pas mal écrit sur une crise qui est, en fait, une opportunité », a dit Flug. « Mais avons-nous véritablement besoin d’attendre une crise pour s’attaquer aux problèmes fondamentaux de l’économie israélienne ? », s’est-elle interrogée lors de la conférence annuelle de l’Association économique israélienne.

L’économie israélienne augmente à un rythme de 3,5 à 4 % chaque année, et, contrairement aux années passées – où la croissance était basée sur la consommation privée – la croissance est actuellement plus équilibrée, avec également la contribution des exportations et des investissements.

La croissance se reflète dans la demande continue des travailleurs. Le chômage est bas, les salaires augmentent dans tous les groupes de population et les entreprises disent que c’est un manque de ressources humaines qui limite leur expansion.

Néanmoins, les taux de l’emploi parmi les hommes ultra-orthodoxes et les femmes arabes restent encore « particulièrement bas », a dit Flug, même après des initiatives prises en 2002-2003 par le gouvernement pour aider à accroître les subventions soutenant la participation de ces groupes de population dans la main-d’oeuvre.

Le niveau de pauvreté en Israël est le plus élevé de tous les pays de l’OCDE, en particulier parmi les populations arabe et ultra-orthodoxe, a-t-elle précisé.

Le niveau de productivité en Israël continue à rester en-deçà de la moyenne de l’OCDE dans presque toutes les industries, sauf dans celles qui sont orientées vers les exportations, ce qui signifie qu’elles sont directement exposées à la concurrence globale.

Ce défi du manque de croissance de la productivité devrait devenir plus important encore au vu de ce qui semble être en train de se présenter comme un ralentissement de la croissance du commerce mondial et aussi en raison de facteurs nationaux, notamment « la qualité inférieure du capital humain, la qualité inférieure des infrastructures physiques et un environnement commercial qui n’est pas du tout amical », a ajouté Flug.

Dans les tests internationaux, les résultats des étudiants israéliens sont relativement bas si on les compare avec la moyenne de l’OCDE et Israël est « notablement médiocre en termes d’écart dans les résultats éducatifs ».

La faiblesse de ces compétences dans une large partie de la population devrait peser sur l’intégration future sur le marché de l’emploi, particulièrement lorsque des processus tels que la numérisation, l’automatisation des lieux de travail et l’utilisation de l’intelligence artificielle entraîneront une baisse croissante de la demande de travailleurs à des emplois manuels. D’un autre côté, « la demande de travailleurs dans des travaux analytiques s’appuyant sur un haut niveau cognitif et la créativité est en hausse et devrait continuer à l’être », a-t-elle expliqué.

Et donc, pour augmenter la productivité en vue d’une croissance inclusive et durable dans l’économie – qui mènera à une hausse du niveau de vie et à une pauvreté réduite – il faut prendre des initiatives. Elles comprennent l’amélioration de la qualité du capital humain, l’amélioration de la qualité de l’éducation, l’amélioration des infrastructures et la promotion des réformes et de la concurrence, des incitations pour ceux qui cherchent un emploi et l’adaptation de l’âge de la retraite à une espérance de vie plus longue, en particulier pour les femmes.

« Nous devons profiter de la bonne situation de l’économie israélienne pour exiger la gestion des défis à long-terme qui contribueront à une croissance plus équilibrée, qui soit durable et inclusive », a estimé Flug.

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