La France à la manoeuvre contre le groupe Etat islamique
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La France à la manoeuvre contre le groupe Etat islamique

Le porte-avions Charles de Gaulle a engagé sa force de frappe contre l'EI dix jours après les attaques jihadistes du 13 novembre

Jean-Yves Le Drian (Crédit : Pymouss/Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)
Jean-Yves Le Drian (Crédit : Pymouss/Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)

Après les attentats du 13 novembre, la France a intensifié ses raids contre le groupe Etat islamique et tenté de mobiliser ses alliés, afin de maintenir au maximum la pression tout en se refusant à fournir des troupes pour une offensive terrestre.

Signal le plus emblématique de cette riposte, le porte-avions Charles de Gaulle a engagé sa force de frappe contre l’EI dix jours après les attaques jihadistes du 13 novembre (130 morts).

« Il nous a permis de marquer un effort contre Daech (acronyme arabe de l’EI) en Syrie tout en continuant nos missions d’appui au sol (des troupes kurdes et irakiennes) en Irak », résume le porte-parole de l’état-major des Armées, le colonel Gilles Jaron.

« Au pic de nos engagements, on est passé de 5 à 20 % des contributions (à la coalition emmenée par les Etats-Unis) en matière de frappes » après le déploiement du porte-avions en Méditerranée orientale, fait-il valoir.

Le Charles de Gaulle a permis de tripler la capacité aérienne de la France contre l’EI en portant de 12 à 38 le nombre de ses chasseurs-bombardiers stationnés au Moyen-Orient.

Après le choc des attentats à l’écho mondial, le président François Hollande a obtenu une aide militaire de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne.

L’intensification des frappes, dans laquelle les Etats-Unis ont affirmé aussi s’engager après les attentats de Paris, ne bouleverse toutefois pas la donne sur le terrain.

« Elle est de nature à fragiliser l’EI, à affecter son fonctionnement, pas à précipiter son effondrement », constate Philippe Gros, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à Paris.

Les frappes, qui se résumaient surtout à de l’appui aérien au sol en Irak et étaient opérées pour l’essentiel par l’aviation américaine, visent désormais des centres de commandement, d’entraînement et des sites d’hydrocarbures finançant l’EI.

‘Un autre front au Sahel’

« La dynamique française a permis d’inciter les Etats-Unis à passer à un autre type de frappes, l’attaque des infrastructures pétrolières, qu’il s’agisse de l’extraction, du raffinage et des convois de camions », note Jean-CLaude Allard, expert à l’Institut français de relations internationales et stratégiques (Iris).

Le Charles de Gaulle fait désormais route vers le Golfe, où il va diriger pendant plusieurs semaines les opérations navales de la coalition contre l’EI tout en poursuivant sa campagne de frappes, avant une fin de mission programmée en mars.

Que pourra alors faire la France de plus, sachant qu’elle n’est pas en mesure d’augmenter le nombre de ses avions stationnés en Jordanie et aux Emirats, son « armée de l’Air étant déjà au taquet », selon M. Gros ?

La relève dans le Golfe sera alors assurée par un porte-avions américain et la pression restera la même sur l’EI, assure le colonel Jaron. « C’est la somme des capacités de la coalition qu’il faut regarder », pas la seule contribution française, dit-il.

Pour Jean-Claude Allard, la France ne doit pas chercher non plus à accroître sa présence militaire au Levant au détriment du Sahel, où elle reste le seul rempart face au jihadisme local avec l’opération Barkhane. « A mettre trop les feux sur le théâtre syrien, on risquerait de découvrir notre flan sud », avertit-il.

La coopération plus poussée avec les Russes à laquelle le président Hollande a appelé après les attentats semble jusqu’à présent très limitée.

« On en est toujours à une logique de +deconfliction+ (coordination pour éviter les collisions navales et aériennes). Le temps suivant nécessite encore un dialogue politique », note Gilles Jaron.

Quel que soit l’impact des frappes, aucune issue militaire ne sera possible contre l’EI sans l’engagement de troupes au sol, kurdes, de l’opposition syrienne dite modérée, voire de l’armée syrienne comme le concède désormais Paris à condition que Bachar al-Assad ne soit plus à sa tête.

« Entre les forces qui veulent, qui peuvent, on arrive vite à cours d’options », note toutefois M. Gros, un pessimisme partagé par de nombreux experts. En attendant, « mieux vaut avoir une logique d’endiguement contre l’EI plutôt qu’un ‘sprint' », avec une campagne aérienne plus intense encore, dit-il.

Quatre semaines après l’appel de Hollande, une solidarité limitée

Quatre semaines après l’appel du président français Francois Hollande à une « coalition unique » pour vaincre l’Etat islamique (EI), la solidarité internationale reste timide, et l’action sur le terrain reste en ordre dispersé.

Quelle réponse concrète à l’appel à l’aide de Paris après les attentats du 13 novembre, revendiqués par l’EI ?

– Le Royaume Uni a commencé le 3 décembre à bombarder l’EI en Syrie, à la demande du Premier ministre David Cameron. Mais le gouvernement défendait depuis des mois une extension à la Syrie des frappes menées par la RAF en Irak. Les attentats ont permis à Londres d’accélérer le mouvement.

– En Allemagne, les députés viennent d’autoriser le déploiement de 1.200 soldats et d’une demi-douzaine d’avions de reconnaissance pour les opérations contre l’EI. Mais ce pays ne bombardera pas. Berlin a aussi annoncé fin novembre l’envoi de 650 soldats au Mali pour soulager les militaires français impliqués dans ce pays.

Quid des Etats-Unis, qui viennent de subir eux aussi une attaque inspirée par l’EI (14 morts le 2 décembre)?

Les Américains, qui poursuivent leurs frappes aériennes en Syrie et Irak dans le cadre d’une coalition internationale, ont annoncé l’envoi de 200 membres des forces spéciales en Irak, qui pourraient être soutenus par des hélicoptères d’attaque, avec pour mission de s’en prendre aux dirigeants de l’EI, y compris en Syrie si nécessaire.

Depuis les attentats, Washington et Paris coopèrent mieux au niveau du renseignement. Les Etats-Unis ont aussi commencé à bombarder les infrastructures pétrolières tenues par l’EI, ce qu’elle rechignait à faire auparavant.

Et de la Russie, victime elle aussi d’un attentat revendiqué par l’EI (224 morts dans la destruction d’un avion de ligne le 31 octobre) ?

Moscou, qui appelait dès juin à une « coalition large » contre l’EI, a accepté de coordonner avec la coalition ses frappes aériennes en Syrie contre l’EI, mais une planification commune des opérations n’a pas pour le moment vu le jour, relèvent les experts. Accusées de concentrer leurs frappes sur les rebelles modérés en lutte contre le régime syrien, son allié, les forces russes affirment viser aussi maintenant les positions de l’EI, dont Raqa, le QG de l’organisation en Syrie.

Qu’en est-il des pays arabes ?

Les pays du Golfe ont été parmi les premiers à se joindre militairement à la coalition anti-EI dirigée par Washington, en 2014. Mais en mars 2015, ces mêmes pays, sous la conduite de Ryad, ont décidé d’intervenir au Yémen où ils percevaient une menace iranienne incarnée par les rebelles chiites Houthis. Leurs contributions à la coalition ont alors fortement diminué.

Fin novembre, les Emirats arabes unis ont annoncé être « prêts à participer à tout effort international nécessitant une intervention terrestre pour combattre le terrorisme ». Cette idée de force régionale est envisagée par Washington et Paris, mais qui refusent d’y participer avec des troupes.

Et de l’Iran ?

Puissance musulmane chiite régionale, l’Iran est engagée, sans concertation avec Paris, dans le combat contre l’EI sunnite en Irak. En Syrie, Téhéran a envoyé des conseillers militaires et des volontaires en soutien à une armée syrienne à bout de souffle face à l’opposition armée. A la mi-novembre, François Hollande et son homologue iranien Hassan Rohani avaient souligné « l’importance vitale de lutter de toutes leurs forces contre Daech (acronyme en arabe de L’Etat islamique) et le terrorisme », selon Paris.

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