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Négociations de paix

La Jordanie s’inquiète des conséquences d’un accord israélo-palestinien

La Jordanie ne reconnaîtra pas Israël en tant qu'Etat juif, de peur d'avoir à naturaliser des milliers réfugiés palestiniens

Le chef de la diplomatie jordanienne Nasser Judeh lors d'une interview télévisée (Crédit: Capture d'écran/YouTube)
Le chef de la diplomatie jordanienne Nasser Judeh lors d'une interview télévisée (Crédit: Capture d'écran/YouTube)

D’après le chef de la diplomatie jordanienne, la Jordanie ne reconnaîtra pas Israël en tant qu’Etat juif. Cette annonce souligne la crainte de voir son pays devenir un Etat palestinien de facto.

« Ceux qui pensent que la Jordanie peut devenir l’Etat alternatif d’un peuple se leurrent », a déclaré Nasser Judeh devant les députés jordaniens le 2 février durant une session consacrée aux pourparlers israélo-palestiniens.

« En ce qui concerne les rumeurs sur l’Etat juif, la position de la Jordanie est la même que celle des Palestiniens. Cette formule est tout simplement inacceptable », a confié Nasser Judeh à l’agence de presse jordanienne Petra News Agency.

Le ministre des Affaires étrangères fait clairement référence à la demande de Benjamin Netanyahu – inclure une clause dans l’accord-cadre américain, stipulant qu’Israël est un Etat juif.

Le discours de Nasser Judeh – décrivant les sept principes clés de la position jordanienne vis-à-vis des pourparlers israélo-palestiniens – a été l’intervention publique la plus détaillée sur le sujet à ce jour.

Le ministre jordanien s’est aligné très largement sur la position palestinienne mais a averti que le royaume hachémite n’acceptera pas   « un accord qui ne répond pas pleinement aux intérêts de plus haute importance du pays ».

Le roi Abdullah II de Jordanie, au Forum Economique mondial en 2013 (Crédit: CC BY World Economic Forum/Wikipedia)
Le roi Abdullah II de Jordanie, au Forum Economique mondial en 2013 (Crédit: CC BY World Economic Forum/Wikipedia)

Nasser Judeh faisait référence à la crainte de devoir naturaliser des millions de réfugiés palestiniens et leurs descendants en Jordanie. Mais aussi, à des questions de sécurité à la frontière avec le futur Etat de Palestine.

Après avoir abandonné la revendication de la Cisjordanie en 1988, le gouvernement jordanien a refusé d’octroyer la citoyenneté jordanienne à des milliers de Palestiniens originaires de la région via une série de mesures bureaucratiques complexes. Sans compter les 200 000 réfugiés de la bande de Gaza qui n’ont toujours pas reçu de passeport jordanien.

Soucieuse des questions d’immigration, la Jordanie a commencé depuis peu à bloquer l’entrée des réfugiés palestiniens fuyant la guerre civile en Syrie.

Désormais, le pays craint que le fait de définir Israël comme un Etat juif conduira inextricablement à une expulsion forcée des Palestiniens vers la frontière est, au-delà du fleuve du Jourdain.

Déjà en 2002, le roi Abdullah II avait averti George W. Bush de sa crainte de voir Ariel Sharon profiter de la situation en Irak pour expulser des centaines de milliers de Palestiniens vers la Jordanie.

D’après Assaf David, spécialiste de la Jordanie à l’Université hébraïque de Jérusalem, le royaume hachémite craint la naturalisation des réfugiés palestiniens en cas de création d’un Etat palestinien. Depuis 1948, la situation démographique du pays a été déstabilisée par de nombreuses vagues d’immigration à répétition.

Selon certaines estimations, près de la moitié de la population jordanienne – à hauteur de 6,4 millions d’habitants – n’est pas citoyenne. Parmi eux, on compte des réfugiés palestiniens, irakiens et syriens.

Près de 3 millions de résidents jordaniens sont d’origine palestinienne, dont 2 millions sont considérés comme des réfugiés par le UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugiés.

Pour Assad David, il est très probable que le gouvernement jordanien adopte l’accord-cadre [qui définit Israël comme l’Etat juif] de John Kerry. Un geste qui va l’exposer à de fortes critiques du Parlement et de l’opinion publique.

« Le roi sera soumis à une immense pression de la part des élites palestiniennes et jordaniennes », a-t-il ajouté.

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