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La Ligue arabe se réunit en Algérie – sans les principaux acteurs du monde arabe

Les divisions persistent sur les conflits qui agitent la région, notamment la Syrie et la Libye, et le rapprochement entre certains Etats avec Israël

Vue générale de la session d'ouverture de la préparatoire des ministres arabes des Affaires étrangères, le 29 octobre 2022, dans la capitale algérienne Alger, avant le sommet de la Ligue arabe mardi. (Crédit : FETHI BELAID/AFP)
Vue générale de la session d'ouverture de la préparatoire des ministres arabes des Affaires étrangères, le 29 octobre 2022, dans la capitale algérienne Alger, avant le sommet de la Ligue arabe mardi. (Crédit : FETHI BELAID/AFP)

Les dirigeants arabes se réunissent en sommet mardi en Algérie pour la première fois en trois ans, sur fond de divisions persistantes sur les conflits qui agitent la région, notamment la Syrie et la Libye, et le rapprochement entre certains Etats avec Israël.

La Ligue arabe, qui regroupe 22 pays, s’était réunie pour la dernière fois au sommet en mars 2019 à Tunis, avant la pandémie. Depuis, plusieurs membres de ce bloc, qui a historiquement placé le soutien à la cause palestinienne et la condamnation d’Israël en tête de son agenda, ont opéré un rapprochement spectaculaire avec l’Etat hébreu.

Les Emirats arabes unis ont ainsi normalisé leurs relations avec Israël en 2020 dans le cadre d’une série d’accords, dits d’Abraham, négociés par Washington. Bahreïn, le Maroc et le Soudan leur ont emboîté le pas.

Ce rapprochement est d’autant plus significatif dans le contexte du sommet que son hôte algérien est un farouche soutien des Palestiniens. Alger a parrainé à la mi-octobre un accord de réconciliation entre factions palestiniennes rivales, même si les chances de le voir se concrétiser sur le terrain paraissent (largement) faibles.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita (à droite), assiste à la séance d’ouverture de la réunion préparatoire des ministres arabes des Affaires étrangères, le 29 octobre 2022 à Alger, la capitale algérienne, avant le sommet de la Ligue arabe mardi. (Crédit : FETHI BELAID/AFP)

La coopération sécuritaire nouée par le voisin marocain avec Israël après la normalisation de leurs relations a exacerbé les tensions entre les deux frères ennemis du Maghreb, déjà vives en raison de profonds désaccords sur le Sahara occidental, ayant conduit à la rupture de leur relations diplomatiques en août 2021, à l’initiative d’Alger.

Si le conflit israélo-palestinien et la situation en Syrie, en Libye et au Yémen figurent bel et bien à l’ordre du jour du sommet, les dirigeants arabes et leurs collaborateurs devront se livrer à de véritables acrobaties diplomatiques dans la formulation des résolutions finales – adoptées à l’unanimité – pour éviter de froisser tel ou tel poids lourd de l’organisation.

« Haut risque »

L’Algérie a placé ce sommet, le 31ème de l’organisation panarabe, sous le signe du « rassemblement » mais plusieurs pays, notamment du Golfe, n’y seront pas représentés par leur chefs d’Etat.

Ainsi le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume, ne se rendra pas à Alger, officiellement en raison d’un problème d’oreille. Selon la presse arabe, les dirigeants des Emirats et de Bahrein seront également absents.

« Les Etats arabes ayant normalisé avec Israël ne sont pas enthousiasmés à l’idée d’un concert condamnant leur attitude. La volonté du président (algérien) Abdelmadjid Tebboune de placer la question palestinienne au centre des discussions d’Alger et ses déclarations précédentes ne les rassurent pas », a estimé Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève.

Concernant le conflit syrien, l’Algérie a cherché en coulisses à réintégrer Damas au sein de la Ligue arabe, dont le pays a été exclu fin 2011 au début de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad, mais y a finalement renoncé, officiellement à la demande du régime syrien lui-même.

Le président syrien Bashar Assad, à gauche, et son ministre des Affaires étrangères Walid al-Moallem, au centre, assistent à la session d’ouverture du sommet annuel de la Ligue arabe au King Abdul Aziz Conventional Center à Riyadh, en Arabie Saoudite, le 28 mars 2007. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

« Inviter la Syrie au sommet d’Alger dans la conjoncture actuelle comporte un haut risque. L’Algérie a réalisé les conséquences d’une telle présence sur la tenue de son sommet. De concert avec Damas, elle a renoncé à concrétiser son initiative », décrypte M. Abidi.

« Onde de choc »

Selon Pierre Boussel, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) en France, le retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe était pourtant un souhait de la Russie, alliée de Damas mais aussi d’Alger.

« Damas a dû se résoudre à l’évidence. La guerre civile se poursuivant, un retour victorieux du président Assad au sein de la Ligue était illusoire. Moscou avait pourtant misé sur ce scénario. Là encore, le pragmatisme l’a emporté. La Russie renonce à un passage en force qui aurait affecté ses relations avec des pays arabes déjà très échaudés par l’impact économique du conflit ukrainien », estime-il.

Le Secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit s’exprime lors d’une réunion d’urgence convoquée par la Ligue arabe afin de discuter du plan de paix proposé par les Etats-Unis, au quartier général de la ligue dans la capitale égyptienne du Caire. (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit a d’ailleurs appelé vendredi à l’élaboration, lors du sommet, d’une « vision arabe intégrée » pour relever les défis de la sécurité alimentaire dans la région.

« L’onde de choc de la guerre en Europe se propagera jusqu’à Alger : raréfaction de céréales, inflation galopante et inquiétudes quant aux nouvelles routes de l’énergie. La Ligue devra montrer qu’elle est capable de cohésion et de solidarité inter-étatique, ce dont elle manque depuis le début de la crise », note M. Boussel.

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