La normalisation avec Israël non abordée au Maroc, selon un responsable US
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La normalisation avec Israël non abordée au Maroc, selon un responsable US

Après la réunion Netanyahu-Pompeo, le Département d'État se refuse à commenter la possible annexion de la vallée du Jourdain, mais salue la position "faucon" de Rabat sur l'Iran

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo  rencontre le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita (à droite) lors de sa visite à Rabat, le 5 décembre 2019. (AFP)
Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo rencontre le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita (à droite) lors de sa visite à Rabat, le 5 décembre 2019. (AFP)

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo n’a pas discuté de la normalisation des liens avec Israël avec les autorités marocaines lors de sa visite dans ce pays, a déclaré jeudi un haut responsable du Département d’État.

« Ce sujet n’a pas été abordé », a déclaré le responsable lors d’une conférence de presse.

Avant le déplacement de Pompeo au Maroc, la télévision israélienne a rapporté que Jérusalem espérait une percée dans la normalisation des liens avec Rabat au cours des prochains jours. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Pompeo mercredi au Portugal, espérait réaliser un « véritable exploit diplomatique » pour renforcer ses chances politiques avant l’échéance du 11 décembre fixée par la Knesset pour désigner un député qui formerait un gouvernement, selon la Douzième chaîne.

« Cela m’a paru n’être qu’une autre fuite israélienne dans la presse de leurs propres initiatives. Mais cela coïncidait avec notre voyage, mais ce n’était pas à l’ordre du jour », a déclaré le responsable américain.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, (à gauche), rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Lisbonne, le 4 décembre 2019. (Kobi Gideon/GPO)

Israël et le Maroc n’ont pas de relations diplomatiques officielles. En 2017, le roi Mohammed VI a annulé sa participation à un sommet ouest-africain pour éviter de rencontrer Netanyahu.

Pompeo devait avoir une audience avec le roi marocain, mais la réunion a été annulée, apparemment après que le haut diplomate américain a prolongé sa visite à Lisbonne pour rencontrer Netanyahu.

Le Maroc accueille officieusement des investisseurs et des touristes israéliens. Quelque 3 000 Juifs vivent au Maroc, une petite fraction du nombre d’avant la création d’Israël en 1948, mais toujours la plus grande communauté du monde arabe.

Le roi Mohammed VI lors d’un discours sur la place de la mosquée Hassan à Rabat, au Maroc, le 30 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Gregorio Borgia)

Le Maroc est l’un des nombreux Etats arabes du Moyen-Orient poussés par les Etats-Unis à signer des accords de non-belligérance avec Israël, comme un pas vers la normalisation des relations avec l’Etat juif, selon un rapport publié mardi par Axios.

Lors de la conférence de presse, on a demandé au responsable américain quelle était la position des États-Unis sur l’annexion potentielle de la vallée du Jourdain par Israël, mais il n’a pas souhaité répondre.

Pompeo a annoncé le mois dernier que les Etats-Unis ne considéreraient plus nécessairement les implantations israéliennes en Cisjordanie comme illégales, une position non partagée au niveau international.

M. Netanyahu a déclaré jeudi qu’il avait évoqué l’annexion de la vallée du Jourdain et d’autres parties de la Cisjordanie lors de sa rencontre avec Pompeo, insistant sur le fait qu’Israël a le « plein droit » de le faire. Il a toutefois souligné qu’un tel geste ne pouvait pas être pris par un gouvernement intérimaire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant une carte de la vallée du Jourdain, jurant d’y étendre la souveraineté israélienne en cas de réélection, lors d’un discours à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Israël est sans gouvernement permanent depuis l’année dernière, lorsque la coalition de Netanyahu a voté la dissolution de la Knesset et l’organisation d’élections anticipées. Deux tours de scrutin n’ont pas permis de former un gouvernement – une première dans l’histoire d’Israël – et le pays semble se diriger vers des élections pour la troisième fois avec peu de signes de progrès avant l’échéance du 11 décembre. Le mois dernier, le procureur général a inculpé Netanyahu dans trois affaires de corruption, ce qui a contribué à perturber les négociations de la coalition.

Le Premier ministre a déclaré que sa rencontre avec Pompeo mercredi soir était d’une « importance cruciale » pour la sécurité d’Israël, en partie à cause de leurs discussions sur l’annexion de la vallée du Jourdain et le plan visant à promouvoir un pacte de défense mutuelle israélo-américaine. Plus important encore, cependant, ont été leurs discussions sur l’Iran, a dit M. Netanyahu, ajoutant qu’une menace « imminente et immédiate » émanait de la République islamique, refusant de préciser.

Pendant son séjour au Maroc, M. Pompeo a discuté des efforts visant à isoler l’Iran, ont indiqué des responsables.

Mais Pompeo, le plus haut responsable américain à se rendre au Maroc depuis l’élection du président Donald Trump, a déclaré avoir constaté des progrès lors de sa visite d’une demi-journée.

« Nous entretenons d’excellentes relations entre nos deux pays », a dit M. Pompeo. « Nous renforçons la sécurité de notre peuple dans chacun de nos deux pays. »

Pompeo a rencontré son homologue marocain Nasser Bourita pour discuter de la « menace » que représentent les tentatives de l’Iran d' »élargir son influence régionale », ainsi que des conflits en Libye et des troubles dans la région du Sahel, a déclaré Bourita dans un communiqué.

Le Maroc et les Etats-Unis entretiennent des relations tendues avec l’Iran depuis la Révolution islamique de 1979 qui a renversé le shah pro-occidental, qui était un proche du palais à Rabat.

Le royaume a rompu ses relations l’année dernière après avoir accusé l’Iran d’avoir envoyé des armes à des sécessionnistes au Sahara occidental sous administration marocaine via son allié libanais, le Hezbollah, accusations rejetées par Téhéran.

« C’est l’une des rares réunions où nous n’évoquons pas en premier l’Iran », a déclaré un responsable du Département d’État à des journalistes dans l’avion de Pompeo en rentrant à Washington.

« Ils sont les premiers à s’inquiéter du financement du terrorisme, de la présence – ou de l’influence – du Hezbollah et de l’Iran dans la région », a déclaré le responsable, qualifiant le Maroc de « assurément assez faucon ».

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