La Pologne honore un philosophe conservateur renvoyé du gouvernement britannique
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La Pologne honore un philosophe conservateur renvoyé du gouvernement britannique

Roger Scruton a fait l'objet de vives critiques pour des propos sur l'autoritarisme chinois, un "empire Soros" en Hongrie, "l'invasion soudaine" de migrants musulmans en Europe

Andrzej Duda, président de la Pologne (Crédit : Wikimedia Commons CC BY 3.0)
Andrzej Duda, président de la Pologne (Crédit : Wikimedia Commons CC BY 3.0)

Le président polonais a décerné, mardi, un prestigieux prix officiel à un philosophe anglais pour ses contributions à la lutte de la Pologne contre le communisme dans les années 1980.

Andrzej Duda a en effet décoré Sir Roger Scruton de la Grande-croix de l’ordre du Mérite de la République de Pologne, la plus haute distinction pouvant être remise à un non-Polonais.

Au cours de la cérémonie, le chef de l’Etat polonais a parlé de l’influence que le livre de Scruton « Conservatisme » a eu sur ses idées politiques. Il a aussi remercié le philosophe pour son soutien à la lutte contre le communisme qui a « contribué à la croissance du courage social ».

La cérémonie avait lieu alors que la Pologne célébrait le 30e anniversaire de ses premières élections libres en 1989, un moment clé dans la chute du communisme en Europe de l’Est.

Elle survenait également deux mois après le renvoi de Scruton d’une commission sur le logement par le gouvernement britannique, en réaction aux propos qu’il a tenus dans un magazine britannique sur les demandeurs d’asile musulmans, le milliardaire George Soros et la Chine.

Dans l’entretien accordé au magazine New Statesman, publié le 10 avril dernier, Scruton a été cité affirmant que le terme islamophobie avait été « inventé par les Frères musulmans afin d’empêcher de débattre d’un problème majeur ».

Il y a averti que « les Hongrois étaient très inquiets de la soudaine invasion de vastes tribus de musulmans venus du Moyen-Orient ».

Il a défendu le président hongrois controversé Viktor Orban et sa campagne contre George Soros en insistant que « quiconque pense qu’il n’y a pas d’empire Soros en Hongrie n’a pas observé les faits ».

Enfin, il a mis en garde contre la Chine : « Ils font de leur peuple des robots… chaque Chinois est une réplique de l’autre, c’est très effrayant ».

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban et les membres de son parti FIDESZ fêtent la victoire aux élections législatives du 8 avril 2018 à Budapest depuis le podium sur les rives du Danube. (AFP PHOTO/ATTILA KISBENEDEK)

Répondant aux accusations de racisme, d’antisémitisme et d’islamophobie suscitées par ses commentaires, il a reproché à ses détracteurs d’avoir sorti ses mots de leur contexte ou de mal les interpréter de façon délibérée.

Ses propos sur la Chine étaient une critique de l’autoritarisme du gouvernement, pas des Chinois, a-t-il défendu.

Sa description d’une « invasion soudaine de tribus musulmanes » avait pour but de décrire comment les citoyens hongrois lambda ressentaient l’afflux massif de demandeurs d’asile musulmans en Europe ces dernières années, pas de déshumaniser les migrants.

Le commentateur politique Douglas Murray a pris sa défense, accusant l’article de New Statesman d’avoir délibérément enlevé la phrase qui suivait la remarque de Scruton sur « l’empire Soros » : « Ce n’est pas forcément un empire de Juifs – c’est n’importe quoi ».

George Soros est une cible fréquente de la droite pour ses initiatives progressistes en Europe et ailleurs, mais également des théories conspirationnistes de l’extrême droite qui le dépeignent selon des tropes antisémites classiques comme un tireur de ficelles juif qui manipule en secret le milieu des affaires.

Panneau publicitaire représentant le milliardaire juif George Soros, à Szekesfehervar, en Hongrie, dans le cadre d’une campagne gouvernementale, le 6 juillet 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/ AFP/Getty Images)

Un porte-parole du Board of Deputies des Juifs britanniques a appuyé le renvoi de Scruton de la commission gouvernementale, indiquant qu’après ses propos d’avril, « Dès que nous avons vu les commentaires inacceptables de Sir Roger Scruton, nous avons contacté le gouvernement pour leur faire part de nos préoccupations. Nous sommes satisfaits qu’il ait pris la bonne décision et l’a renvoyé ».

Au moment du départ forcé du philosophe, une porte-parole du gouvernement britannique a qualifié les remarques de Scruton de « profondément insultantes et parfaitement inacceptables » et estimé qu’ils le détournaient de son travail de conseil auprès du gouvernement.

Une agence de relations publiques londonienne représentant le penseur conservateur a assuré à l’agence Associated Press que les citations avaient été falsifiées dans l’interview réalisée par l’ancien rédacteur en chef adjoint de New Statesman, George Eaton.

Depuis, ce dernier a été nommé à un poste inférieur par le magazine.

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