Israël en guerre - Jour 151

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La réunion sur l’après-guerre dans la bande de Gaza se termine avec perte et fracas

Des politiciens de droite remettent en question le timing de l'enquête et l'inclusion de Shaul Mofaz ; Gallant et Gantz défendent Halevi et disent aux élus de ne pas s'en mêler

Le ministre de la Défense Yoav Gallant, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef d’état-major de l’armée israélienne Herzi Halevi, le 23 octobre 2023. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le ministre de la Défense Yoav Gallant, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef d’état-major de l’armée israélienne Herzi Halevi, le 23 octobre 2023. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Une réunion des principaux ministres consacrée à la planification de l’administration de Gaza après la guerre d’Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas s’est terminée par un échange de propos virulents entre les ministres et les hauts gradés de l’armée israélienne, selon des informations parues tôt vendredi, alors que les députés de droite ont dénoncé les plans de Tsahal visant à enquêter sur ses propres erreurs.

Des politiciens de droite, dont certains membres du Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, se sont attaqués au chef d’état-major de l’armée israélienne, Herzi Halevi, quant au timing de l’enquête et de la participation d’un ex-ministre de la Défense.

Cette querelle a fait remonter à la surface des tensions qui couvaient depuis longtemps entre l’armée et certains membres de la coalition de droite radicale au sujet de la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens, exposant ainsi les fissures dans le front largement unifié présenté par le cabinet depuis que la guerre a éclaté il y a trois mois. Ces événements surviennent alors que le secrétaire d’État américain Antony Blinken est attendu dans la région pour discuter des plans visant à mettre fin aux combats et à transférer le contrôle civil de la bande de Gaza.

Selon les médias israéliens, qui citent des participants anonymes, Netanyahu a mis fin à la réunion au bout de trois heures. Des cris ont éclaté lorsque certains ministres ont pris la défense d’Halevi. Un ministre a déclaré à la chaîne publique israélienne Kan qu’il comprenait que la querelle « pouvait être entendue à l’extérieur de la salle », tandis qu’un autre a déclaré que certains fonctionnaires de la Défense avaient quitté la salle plus tôt que prévu, en signe de protestation contre le traitement qui leur avait été réservé.

Alors que la réunion se déroulait tard dans la nuit, des informations ont circulé selon lesquelles Halevi formait une commission d’anciens responsables de la Défense pour enquêter sur les échecs de l’armée dans la période précédant les attaques du Hamas du 7 octobre sur le sud d’Israël, qui ont pris l’armée largement au dépourvu et l’ont empêchée de réagir efficacement pendant des heures.

Quelque 1 200 personnes ont été tuées lors de l’assaut et plus de 240 ont été prises en otage, les communautés du sud d’Israël ayant été envahies par des milliers de terroristes du Hamas depuis la terre, l’air et la mer.

La ministre des Transports Miri Regev donnant une conférence de presse, à Jérusalem, le 19 avril 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon les informations, la ministre des Transports Miri Regev a confronté Halevi au cours de la réunion sur l’enquête, avec le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Coopération régionale David Amsalem, qui ont demandé pourquoi l’armée avait décidé de lancer l’enquête alors que les combats se poursuivaient dans la bande de Gaza.

« Pourquoi devons-nous enquêter maintenant ? », a demandé Amsalem.

« Pour que les militaires soient sur la défensive au lieu de s’occuper de gagner [la guerre] ? »

Les ministres auraient également exprimé leur colère face à l’inclusion de l’ancien ministre de la Défense Shaul Mofaz, en raison de son implication dans le retrait de Gaza en 2005. Certains membres de l’extrême-droite espèrent qu’Israël reviendra sur le désengagement de la bande de Gaza après la guerre contre le Hamas, une idée qui est largement considérée comme irréalisable.

Shaul Mofaz, leader de Kadima, lors d’une conférence de presse au siège du parti, le 17 juillet 2012. (Crédit : Flash90)

« Vous avez nommé Mofaz ? Êtes-vous fou ? », aurait déclaré Regev.

Selon certaines sources, Ben Gvir et Smotrich ont accusé Halevi de s’en tenir à une conception erronée des relations entre Israël et les Palestiniens, mise en lumière par les attentats. Ces critiques font écho aux attaques de la droite revancharde contre les plans « du jour d’après » à Gaza, qui donnent aux Palestiniens un contrôle partiel des affaires dans la bande de Gaza.

Cette affirmation a poussé le ministre du cabinet de guerre Benny Gantz, ancien chef d’état-major et ministre de la Défense, à exploser. « Il s’agit d’une enquête professionnelle, qu’est-ce que cela a à voir avec le désengagement et les conceptions ? Le chef d’état-major est en train de sonder ce qui s’est passé pour servir nos objectifs de combat et notre capacité à planifier une confrontation dans le nord », a affirmé le ministre comme rapporté par Walla.

Le ministre de la Défense Yoav Gallant a défendu la décision d’Halevi, reprochant aux ministres de l’avoir « excorié », déclenchant une nouvelle querelle sur la question de savoir si l’armée pouvait ordonner une enquête sans l’accord des politiciens.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Yoav Gallant et le ministre Benny Gantz lors d’une conférence de presse au ministère de la Défense, à Tel Aviv, le 16 décembre 2023. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Halevi a rétorqué aux ministres que l’enquête était opérationnelle et ne concernait pas la politique.

« C’est comme si je ne vous donnais pas mon emploi du temps pour demain. Si je dois enquêter sur les opérations, je n’ai pas besoin d’approbation », a-t-il déclaré. Il a souligné que l’enquête aiderait l’armée à éviter les mêmes erreurs alors qu’elle se prépare à une éventuelle guerre contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah au Liban.

Gallant a soutenu Halevi, déclarant à ses collègues que ce n’était « pas votre affaire » si le chef d’état-major de Tsahal ordonnait une enquête. Alors que les choses s’envenimaient et que les cris commençaient à fuser, il a dit à Regev : « Miri, je ne travaille pas pour vous. Laissez-moi parler. Le chef d’état-major peut faire ce qu’il veut. »

Les dirigeants politiques israéliens ont refusé catégoriquement d’examiner les erreurs qui ont permis à l’assaut du 7 octobre de se produire, promettant qu’ils le feraient après la guerre, qui a été lancée avec le double objectif d’éliminer le Hamas et de libérer tous les otages, certains prédisant que les combats pourraient durer un an, voire plus.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich arrivant à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 10 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Contrairement à Netanyahu et à d’autres hommes politiques, qui ont refusé d’endosser la responsabilité de l’attaque survenue sous leur surveillance, les chefs des agences de défense et de renseignement ont été très directs en reconnaissant leurs torts et en promettant d’apporter des changements.

Au cours du bras de fer, les ministres opposés à Halevi ont fait remarquer qu’ils avaient beaucoup de critiques à formuler à l’égard de l’armée, mais qu’ils s’étaient abstenus de le faire publiquement en raison de la guerre en cours.

La ministre Yifat Shasha-Biton, du parti HaMahane HaMamlahti qui a rejoint la coalition en urgence afin d’avoir son mot à dire dans la conduite de la guerre, a demandé en réponse pourquoi les dirigeants politiques n’étaient pas eux aussi critiqués.

Alors que les querelles se poursuivaient, Netanyahu a mis fin à la réunion, déclarant qu’elle se poursuivrait ultérieurement. Le gouvernement n’a fait aucune déclaration sur cette réunion.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le chef d’état-major de l’armée israélienne Herzi Halevi lors d’une évaluation de la sécurité au Commandement du Nord de l’armée, le 7 décembre 2023. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Selon Kan, en clôturant la réunion, Netanyahu a dit à Halevi : « Parfois, il faut écouter les ministres. »

Les ministres qui se sont entretenus avec Kan ont exprimé leur colère face à la façon dont Halevi a été traité, l’un d’entre eux déclarant que le gouvernement doit se demander si le cabinet de sécurité tel qu’il est actuellement constitué « est apte à prendre des décisions sur nos politiques de défense ».

« Ce qui s’est passé est une honte », a déclaré un autre ministre à la chaîne.

« On peut critiquer Tsahal, mais ils se sont acharnés sur le chef d’état-major. »

La réunion a eu lieu quelques jours avant que Blinken ne se rende en Israël pour discuter de la « transition vers la phase suivante » de la guerre, selon le porte-parole du département d’État, Matthew Miller, qui a noté que les discussions toucheraient probablement des points de désaccord.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’exprimant lors de sa conférence de presse de fin d’année au Département d’État, à Washington, le 20 décembre 2023. (Crédit : Roberto Schmidt/AFP)

« Nous ne nous attendons pas à ce que toutes les conversations de ce voyage soient faciles. Il est évident que la région est confrontée à des problèmes difficiles et que des choix difficiles s’imposent, mais le secrétaire d’État estime qu’il est de la responsabilité des États-Unis d’Amérique de mener des efforts diplomatiques pour s’attaquer de front à ces défis, et il est prêt à le faire dans les jours à venir », a déclaré le porte-parole du Département d’État.

La réunion était initialement prévue pour mardi, mais elle a été reportée après l’élimination du chef du terrorisme du Hamas, Saleh al-Arouri, à Beyrouth, qui a été imputée à Israël.

Netanyahu avait initialement cherché à tenir la discussion avec le cabinet de guerre plus restreint qui n’inclut pas les ministres qui se sont prononcés contre Halevi, mais l’a déplacée au cabinet de sécurité après la pression de Smotrich et Ben Gvir, selon les informations.

Le Premier ministre aurait tenté d’éviter toute discussion de ce type parce qu’elle révélerait le rôle que les fonctionnaires de l’Autorité palestinienne devraient jouer dans la gestion des affaires civiles de Gaza après la défaite du groupe terroriste palestinien du Hamas.

Ce retard a contrarié l’administration Biden, qui estime que si l’on ne prévoit pas qui gouvernera Gaza après la guerre, l’armée israélienne risque de s’enliser indéfiniment dans l’enclave.

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