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La venue de Joseph Fischer en Arabie saoudite, prélude à un rapprochement ?

Ce binational israélien a appris qu’un sommet mondial sur l’hôtellerie se tenait à Ryad, il a postulé et a été autorisé à s'y rendre

  • Joseph Fischer en Arabie saoudite pour le sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme en décembre 2022. (Courtoisie)
    Joseph Fischer en Arabie saoudite pour le sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme en décembre 2022. (Courtoisie)
  • Joseph Fischer en Arabie saoudite pour le sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme en décembre 2022. (Courtoisie)
    Joseph Fischer en Arabie saoudite pour le sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme en décembre 2022. (Courtoisie)
  • Des ouvriers se détendent en jouant aux cartes dans la vieille ville de Djeddah, en Arabie saoudite, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil, dossier)
    Des ouvriers se détendent en jouant aux cartes dans la vieille ville de Djeddah, en Arabie saoudite, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil, dossier)
  • Des Saoudiens déambulent dans un centre commercial à Riyad, en Arabie saoudite, le 31 octobre 2003. La vie nocturne est intense pendant le mois sacré du Ramadan, lorsque les familles se rendent dans les centres commerciaux et restaurants ou rendent visite à leurs proches après le jeûne. (Crédit : AP Photo/Hasan Jamali)
    Des Saoudiens déambulent dans un centre commercial à Riyad, en Arabie saoudite, le 31 octobre 2003. La vie nocturne est intense pendant le mois sacré du Ramadan, lorsque les familles se rendent dans les centres commerciaux et restaurants ou rendent visite à leurs proches après le jeûne. (Crédit : AP Photo/Hasan Jamali)
  • Joseph Fischer en Arabie saoudite pour le sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme en décembre 2022. (Courtoisie)
    Joseph Fischer en Arabie saoudite pour le sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme en décembre 2022. (Courtoisie)
  • Un ouvrier, portant un masque facial par mesure de précaution contre le coronavirus, porte une charge dans le district historique de Djeddah, à Djedda, en Arabie saoudite, le 15 juin 2020. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)
    Un ouvrier, portant un masque facial par mesure de précaution contre le coronavirus, porte une charge dans le district historique de Djeddah, à Djedda, en Arabie saoudite, le 15 juin 2020. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

Bien qu’Israël et l’Arabie saoudite n’aient pas établi officiellement leurs relations et que l’Arabie saoudite se soit jointe aux protestations du monde arabe, mardi, suite au déplacement du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, au mont du Temple, il semble que la présence d’hommes d’affaires israéliens à Ryad se soit intensifiée ces derniers temps.

Le cas Joseph Fischer en est un exemple parfait.

Début décembre, l’une des conférences les plus prestigieuses en matière de voyages et de tourisme, le Sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), s’est tenue dans la capitale saoudienne.

Parmi les 5 000 participants se trouvait le spécialiste israélien du tourisme Fischer.

Pendant son séjour en Arabie saoudite, Fischer n’a pas caché sa nationalité et n’est pas resté cloitré dans l’enceinte du lobby, bien au contraire. Il en a profité pour se promener et discuter avec les Saoudiens. Entré en Arabie Saoudite avec un passeport non israélien, son lieu de naissance indiquait pourtant on ne peut plus clairement : « Né à Tel Aviv ».

Même en l’absence de relations officielles entre le royaume saoudien et l’État juif, la conclusion des accords d’Abraham, en septembre 2020, a ouvert la voie à de petits changements.

Ainsi, des vols commerciaux israéliens empruntent désormais l’espace aérien saoudien à destination de Bahreïn, des Émirats arabes unis et de l’Inde, une douzaine de chefs d’entreprise israéliens se sont officiellement rendus à Ryad, un homme d’affaires juif américain a entrepris un voyage en voiture de Dubaï à Jérusalem via Ryad et un certain nombre de journalistes israéliens ont été autorisés à se rendre en Arabie Saoudite.

Autre pas significatif, Fischer a pris part au sommet WTTC de Ryad après avoir contacté les organisateurs via 4Hoteliers, site Internet anglais basé à Hong Kong sur lequel il fait de la publicité, pour s’assurer qu’il n’y aurait pas de problème avec sa participation. (On lui a assuré que non.)

« Le pays investit à grande échelle dans des projets d’infrastructures touristiques encore jamais vus », a expliqué Fischer au Times of Israel lors d’une récente interview.

« Les Saoudiens se lancent dans des projets à grande échelle : importants, coûteux et ostentatoires. »

Joseph Fischer en Arabie saoudite pour le sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme en décembre 2022. (Courtoisie)

L’Arabie saoudite se classe au 14e rang mondial en termes de zone géographique et compte 35 millions d’habitants. Selon les estimations, le pays investira dans les prochaines années 6 000 milliards de dollars dans le tourisme.

« Ils parlent de construire une station de ski dans le désert pour des centaines de millions de dollars. Ils construisent des hôtels, des attractions, de nouvelles routes et l’énorme projet en mer Rouge, une zone entière dédiée au tourisme, totalement privée, et qui s’étendra d’Aqaba au nord à l’extrémité sud de la mer Rouge », explique Fischer.

Pourtant, jusqu’à très récemment, il était très difficile pour des touristes de se rendre en Arabie saoudite. Les musulmans y étaient depuis longtemps déjà autorisés, pour le pèlerinage du Hajj et d’autres motifs religieux, mais ce n’est qu’en 2019 que le pays a commencé à délivrer des visas touristiques, pour la toute première fois de son histoire.

Le projet de la mer Rouge. (Crédit : AP/ Agence de presse saoudienne)

Le moment choisi n’est pas une coïncidence.

En 2016, le dirigeant de facto du pays, le prince héritier Mohammed bin Salman (souvent désigné par ses initiales, MBS) a annoncé un nouveau programme pour le pays, baptisé Saudi Vision 2030, avec des objectifs ambitieux pour une croissance rapide du secteur touristique.

Depuis des années, l’Arabie saoudite fait en sorte de réduire sa dépendance aux exportations de pétrole brut. Aux termes de Saudi Vision 2030, d’ici dix ans, le tourisme devrait compter pour 10 % du produit intérieur brut du royaume et fournir des emplois à au moins un million de personnes.

Afin d’atteindre son objectif – attirer 100 millions de touristes d’ici 2030 -, le pays a mis en place un système de délivrance électronique des visas. Il a également lancé nombre de projets ambitieux – aéroports, villes nouvelles, plages, parcs nationaux, centres d’attractions et, bien sûr, hôtels -, suspendus pour certains en raison de la COVID-19. Mais plus aujourd’hui.

Des vacanciers saoudiens face à la tour de Djeddah en construction, et qui devrait à terme s’imposer comme le plus haut bâtiment du monde, dans la station balnéaire d’Obhur, sur la mer Rouge, à Djeddah, en Arabie saoudite, le 26 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

Le projet de la mer Rouge représente à lui seul 28 000 km2 d’îles, plages, déserts et montagnes. Il sera doté d’environ 3 000 chambres d’hôtel, d’un aéroport dédié, de marinas et d’un quartier commercial. Le royaume estime que cette destination attirera à elle seule un million de touristes par an.

Une semaine à Ryad

« La portée de ces projets justifie la tenue du WTTC à Ryad cette année », explique Fischer.

« Je suis resté une semaine entière. Nous nous sommes rendus sur de grands chantiers de construction en périphérie de Ryad et notamment sur celui de Diriyah, origine de la famille royale saoudienne et site reconnu par l’UNESCO, construit en briques de boue. »

Les Saoudiens pensent que ce site accueillera des millions de visiteurs chaque année, sorte de « musée vivant » dans lequel les touristes pourront se promener, entre vestiges de la vieille ville, musées, cafés, boutiques et autres attractions.

Des passants devant une affiche du prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, accompagnée d’une légende évoquant Saudi Vision 2030, devant un centre commercial à Djeddah, en Arabie saoudite, le 6 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

Mais les efforts du royaume pour développer son industrie touristique essuient de vives critiques, jusqu’à des accusations de violations des droits de l’homme.

Les habitants de Ryad ne peuvent certes pas être expulsés pour faire place à des sites touristiques en construction, mais des médias étrangers ont fait savoir qu’à Djeddah, deuxième plus grande ville du pays, les habitants les plus pauvres et les immigrants avaient été expulsés avec un préavis de 24 heures seulement pour permettre la construction d’hôtels et de lieux de divertissement.

Amnesty International a publié des photos satellite attestant de la destruction d’environ 66 quartiers résidentiels, ce que l’organisation qualifie de violation des droits de l’homme.

Le Times of Israel s’est entretenu avec Fischer par téléphone peu après son retour du royaume saoudien. L’interview suivante a été traduite de l’hébreu et remaniée dans un souci de clarté.

Des ouvriers se détendent en jouant aux cartes dans la vieille ville de Djeddah, en Arabie saoudite, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil, dossier)

The Times of Israël : Des informations circulent selon lesquelles les Saoudiens auraient expulsé un très grand nombre d’habitants pour construire des infrastructures touristiques.

Joseph Fischer : Comme ils nous l’ont dit pendant la conférence : « Il y a une chose que nous avons à l’excès : des terres vides. Nous n’avons pas besoin d’expulser qui que ce soit. »

Diriyah est un projet de restauration de ruines.

Pendant que vous étiez à Ryad, qu’avez-vous vu ? C’est un pays où l’alcool est interdit et où les femmes n’ont pas le même statut. Comment parviendront-ils à devenir une attraction touristique de tout premier plan ?

Je peux vous dire que j’ai vu des femmes conduire seules. J’ai vu des femmes se promener seules dans les magasins. J’ai parlé à des femmes dans le bus. Elles étaient ouvertes et parlaient d’économie et de tourisme. Elles portaient des hijabs couvrant leurs cheveux et leur cou, laissant leurs visages visibles.

Vue de Riyad, en Arabie saoudite, 23 juin 2018. (Crédit : AP Photo/Nariman El-Mofty)

Avec un tel besoin de main-d’œuvre étrangère pour mener à bien ces projets de construction, n’y a-t-il pas un impact négatif pour l’Arabie saoudite, dans la mesure où les quartiers dans lesquels vivent ces travailleurs sont davantage frappés par la pauvreté et la criminalité, comme cela a souvent été le cas dans d’autres pays ?

Les Saoudiens font venir des millions de travailleurs qui œuvrent dans le domaine des infrastructures, de la restauration et de la médecine. Ces travailleurs sont originaires des Philippines, du Bangladesh, d’Inde et du Sri Lanka. Pour ce qui est de la sécurité, je me promenais aussi la nuit, tout en me sentant en sécurité. Les Saoudiens appliquent strictement la loi, aussi n’ai-je pas eu à me soucier de la criminalité de rue.

Des ouvriers jouent au volleyball à Djeddah, en Arabie saoudite, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

Les Saoudiens permettront-ils aux touristes de consommer de l’alcool ?

Nous avons posé cette question lors de la conférence. Nous avons dit au représentant du ministère du Tourisme que l’alcool était accessible dans le Golfe et en Égypte, et leur avons demandé comment ils comptaient se positionner. Il a fait savoir qu’ils ne modifieraient pas leur politique en la matière, mais qu’ils réexamineraient la question ultérieurement. J’ai tendance à croire que le projet en mer Rouge adoptera une approche distincte, à la manière de l’île de Macao, qui existe séparément de la Chine, avec des politiques différentes.

Les Saoudiens ont pour objectif d’attirer 100 millions de touristes d’ici 2030. Cela vous semble-t-il réaliste ?

C’est effectivement leur objectif. Selon eux, 30 à 40 millions de touristes viendront pour le pèlerinage du Hajj, auxquels s’ajouteront 60 à 70 millions de touristes venus de l’Ouest, de Chine et d’Inde, qui se rendront dans la ville nouvelle de Neom, le projet en mer Rouge, à Djeddah et dans les montagnes. Il existe beaucoup d’autres sites d’intérêt, comme la région d’Al-‘Ula, semblable à Petra en Jordanie, mais en beaucoup plus grand. Les gens seront ravis de le découvrir et l’on sait qu’en matière touristique, se rendre avant tout le monde quelque part ajoute au plaisir des voyageurs.

Le ministre saoudien du Tourisme, Ahmen al Khateeb, au premier plan à droite, arrive au sommet mondial du Conseil mondial du voyage et du tourisme à Riyad, en décembre 2022. (Avec la permission de Joseph Fischer)

L’industrie touristique israélienne pourrait-elle bénéficier de tous ces investissements à grande échelle, ou le pays est-il totalement exclu parce que, après tout, c’est l’Arabie saoudite ?

Si les Saoudiens accueillent la Coupe du Monde de la FIFA 2030, ce sera probablement en tandem avec l’Egypte, et selon le précédent établi par le Qatar, ils devront permettre aux Israéliens d’y assister.

S’agissant des autres domaines, les Saoudiens cherchent actuellement à acquérir des connaissances. Ils envoient des dizaines de milliers d’étudiants saoudiens dans le monde se former au tourisme, à la gestion hôtelière, aux services et à la restauration. La formation de main-d’œuvre est un domaine dans lequel nous pourrions être présents. En outre, ils achètent des logiciels et des cyber-technologies.

Je crois que d’ici 2030, les relations avec Israël vont évoluer en fonction de leurs opportunités et de leurs besoins.

Une version de cet article est parue sur le site en hébreu du Times of Israel, Zman Yisrael.

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