L’AP empêche un groupe islamiste de célébrer l’Aïd el-Fitr à la mosquée d’Hébron
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L’AP empêche un groupe islamiste de célébrer l’Aïd el-Fitr à la mosquée d’Hébron

Les tensions ont éclaté alors que des sympathisants du Hizb ut-Tahrir fêtaient la fin du ramadan lundi, contredisant le grand mufti de Jérusalem nommé par l'Autorité palestinienne

Les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne entourant ce qui semble être un soutien de Hizb al-Tahrir à Hébro, le 4 juin 2019. (Crédit : Twitter)
Les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne entourant ce qui semble être un soutien de Hizb al-Tahrir à Hébro, le 4 juin 2019. (Crédit : Twitter)

Les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ont empêché ce mardi des membres et sympathisants d’un groupe islamiste de se livrer à des prières pour l’Aïd el-Fitr dans une mosquée de Hébron, d’après un haut responsable de l’Autorité palestinienne dans la ville.

Sur des photos et vidéos publiées sur les réseaux sociaux, on peut voir les forces de sécurité interpeler des sympathisants du Hizb ut-Tahrir autour de la mosquée Al-Abrar et faire usage de la force.

Hizb ut-Tahrir, qui souhaite établir un califat régi par la charia, a déclaré lundi que l’Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du Ramadan, commencerait ce soir-là, contredisant le grand mufti de Jérusalem nommé par l’Autorité palestinienne, qui avait annoncé qu’elle débuterait mardi soir.

« Des sympathisants et membres de Hizb ut-Tahrir ont tenté d’organiser des prières de fête à la mosquée d’Al-Abrar de Hébron, mais nos forces de sécurité les en ont empêchés », a fait savoir le haut responsable, qui travaille au siège de l’Autorité palestinienne dans la ville. « Ils peuvent faire ce qu’ils veulent chez eux, mais ils n’ont pas le droit de se servir de la mosquée pour se révolter contre la position palestinienne officielle concernant la date de début de l’Aïd el-Fitr. »

D’après la tradition musulmane, l’Aïd el-Fitr commence à l’apparition de la nouvelle lune suivant le mois du Ramadan. Le Hizb ut-Tahrir a déclaré que l’Aïd el-Fitr commencerait lundi soir après que plusieurs pays, dont l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar, ont annoncé que ce serait le cas.

L’organisation islamiste estime que même si un seul pays déclare avoir vu la nouvelle lune, tous les musulmans doivent commencer les fêtes de l’Aïd el-Fitr.

Baher Saleh, un représentant de l’agence de presse de Hizb ut-Tahrir, n’a pas souhaité commenter l’incident, soulignant que son organisation ne communiquait pas avec les médias israéliens.

Il a néanmoins indiqué à Reuters que les forces de l’Autorité palestinienne avaient interpelé 13 personnes aux abords de la mosquée.

Bassam Shweiki, un militant basé à Hébron, a critiqué ces interpellations.

« Le comportement des forces de l’Autorité palestinienne n’est pas acceptable. Une mosquée est un lieu spirituel et l’usage de la force n’y est pas approprié », a dénoncé Shweiki par téléphone. « Chacun devrait pouvoir vivre sa foi comme il le souhaite. »

Le responsable basé à Hébron a accusé le Hizb ut-Tahrir d’avoir décrété que les fêtes commenceraient lundi soir pour discréditer l’Autorité palestinienne.

« Il s’agissait d’un acte politique », a-t-il dénoncé. « Ils l’ont fait pour saper la souveraineté de l’Autorité palestinienne, ce que nous ne pouvons tolérer. »

D’après Jihad Harb, un chercheur basé à Ramallah, l’Autorité palestinienne réprime parfois les activités de Hizb ut-Tahrir.

« Il est déjà arrivé que l’Autorité palestinienne interdise à Hizb ut-Tahrir d’organiser des rassemblements publics, mais elle les a autorisés à de nombreuses autres occasions », a-t-il expliqué, ajoutant que les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ne sont pas particulièrement préoccupées par l’organisation car ses membres n’ont pas recouru à la violence pour parvenir à leurs fins.

Le Hizb ut-Tahrir a été fondé en 1953 par Taqi al-Din al-Nabhani, un théologien musulman et juge islamique né dans la région de Haïfa.

Omran Risheq, un analyste palestinien, a décrit son idéologie dans un article publié par la Fondation Carnegie pour la paix internationale en 2008 : « Le Hizb ut-Tahrir a fait de l’idée du retour au califat le mot d’ordre permanent de son activité politique et un devoir religieux, en plus d’être le remède universel aux problèmes politiques, économiques et sociaux des musulmans du monde. »

Jihad Harb a par ailleurs indiqué que le Hizb ut-Tahrir ne compte pas beaucoup de membres comparé aux autres organisations palestiniennes, comme le Fatah.

« La plupart de ses membres vivent à Hébron et Jérusalem », a-t-il précisé, estimant à environ 5 000 ou 7 000 le nombre de Palestiniens qui la soutiennent activement.

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