L’AP se déchaîne contre Nikki Haley qui a bloqué une motion anti-israélienne
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L’AP se déchaîne contre Nikki Haley qui a bloqué une motion anti-israélienne

Les Palestiniens fulminent alors que les États-Unis contrecarrent la condamnation d'Israël par le Conseil de sécurité de l'ONU pour la mort de manifestants dans la bande de Gaza

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

L'ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley, prend la parole devant le Conseil de sécurité le 14 mars 2018, au siège des Nations Unies à New York. (Spencer Plate/Getty Images/AFP)
L'ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley, prend la parole devant le Conseil de sécurité le 14 mars 2018, au siège des Nations Unies à New York. (Spencer Plate/Getty Images/AFP)

L’Autorité palestinienne a lancé dimanche une attaque cinglante contre l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley, la surnommant « ambassadrice de l’animosité, de la haine et de l’idéologie noire », après qu’elle a bloqué une condamnation d’Israël par l’ONU.

L’AP a déclaré que Haley était responsable de l’annulation d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant Israël pour les morts et les blessés palestiniens de vendredi lors des manifestations de masse le long de la frontière entre la bande de Gaza et Israël.

« L’ambassadrice des États-Unis persiste à prendre des positions en faveur de l’occupation et de la défense de ses crimes et violations », a déclaré un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères de l’AP à Ramallah.

Blâmant Haley pour avoir adopté une « position hostile éhontée » contre les Palestiniens, le ministère a accusé Haley de « partialité aveugle en faveur d’Israël et de ses crimes ».

Les États-Unis ont bloqué samedi un projet de déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à la retenue et demandant une enquête sur les affrontements à la frontière entre Gaza et Israël.

Le Koweït, qui représente les pays arabes au Conseil, a soumis le projet de déclaration, qui appelle à une « enquête indépendante et transparente » sur la violence.

L’armée israélienne a identifié samedi soir 10 des 15 personnes tuées lors de violentes manifestations le long de la barrière de sécurité de Gaza comme étant des membres de groupes terroristes palestiniens, et a publié une liste de leurs noms et de leurs postes au sein des organisations.

Le projet de déclaration a été soumis au Conseil vendredi, mais samedi, les États-Unis ont soulevé des objections et ont déclaré qu’ils ne soutenaient pas son adoption, a déclaré un diplomate du Conseil de sécurité à l’AFP.

Le Conseil de sécurité a tenu une séance à huis clos vendredi soir pour discuter des affrontements le long de la frontière entre Gaza et Israël, malgré la demande des États-Unis et d’Israël de reporter les délibérations de samedi, en raison de la fête de la Pâque.

L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies Nikki Haley salue l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies Danny Danon, à l’issue d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies concernant la situation au Moyen-Orient, au siège des Nations Unies, le 18 décembre 2017, à New York. Les États-Unis ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU visant à réaffirmer que le statut de Jérusalem n’est pas résolu. (Drew Angererer/Getty Images/AFP)

Cette dernière attaque contre Haley est un autre exemple de la crise persistante entre les dirigeants de l’AP et l’administration américaine, qui a éclaté immédiatement après l’annonce du président Donald Trump, le 6 décembre, reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël.

Elle fait suite à plusieurs attaques verbales du président de l’AP Mahmoud Abbas contre l’envoyé américain en Israël David Friedman, le traitant de « fils de chien » et de « colon », utilisant les deux termes en guise d’insultes.

Depuis l’annonce concernant Jérusalem, l’AP boycotte les représentants de l’administration Trump.

« La tentative de Haley de justifier la décision de Trump sur Jérusalem en la qualifiant de problème interne aux Etats-Unis la fait apparaître comme la représentante des partis de droite au pouvoir en Israël », a accusé le ministère de l’AP dimanche.

Le soutien massif et public d’Haley pour Israël à l’ONU et dans d’autres forums au cours des derniers mois a fait d’elle une cible d’attaques de la part de responsables de l’AP.

Plus tôt cette année, un haut fonctionnaire de l’OLP, Saeb Erekat, dans une interview accordée à un site web d’information palestinien, a conseillé à Haley de se taire.

Le communiqué de dimanche du ministère de l’AP reproche également à Haley d’accuser les Palestiniens du blocage actuel du processus de paix et de son « incitation » contre Abbas.

Dans un discours prononcé devant le Conseil de sécurité de l’ONU en février, Haley a déclaré à Abbas : « Les États-Unis sont prêts à travailler avec les dirigeants palestiniens. Nos négociateurs sont assis juste derrière moi, prêts à parler. Mais nous ne vous obligerons pas. Le choix, M. le Président, est le vôtre. »

Les États-Unis, a-t-elle ajouté, ne « courront » pas après les Palestiniens pour les ramener à la table des négociations avec Israël.

Haley a également répondu à la remarque d’Erekat « fermez-la ». « Je vais refuser les conseils que j’ai récemment reçus de votre négociateur principal, Saeb Erekat, a-t-elle dit. « Je ne me tairai pas. « Je vais plutôt dire respectueusement quelques dures vérités. »

Le négociateur palestinien Saeb Erekat prend la parole lors de la conférence du Haaretz et du New Israel Fund à New York le 13 décembre 2015 (Crédit : Amir Levy / Flash90)

Haley a dit aux Palestiniens qu’ils avaient deux choix : soit suivre un « chemin de revendications absolutistes, de rhétorique haineuse et d’incitation à la violence », soit un « chemin de négociation et de compromis ». Ce dernier, a-t-elle dit, « est toujours ouvert aux dirigeants palestiniens si seulement ils ont le courage de le prendre ».

« Vous pouvez choisir de dénoncer les États-Unis, de rejeter leur rôle dans les pourparlers de paix et de prendre des mesures punitives contre Israël dans des forums internationaux comme l’ONU. Je vous assure que cette voie ne mènera le peuple palestinien nulle part vers la concrétisation de ses aspirations », a-t-elle ajouté. « Ou vous pouvez choisir de mettre de côté votre colère au sujet de l’emplacement de notre ambassade et aller de l’avant avec nous vers un compromis négocié qui recèle un grand potentiel pour améliorer la vie du peuple palestinien ».

Le communiqué du ministère de l’AP de dimanche accusait Haley de « mensonges et de désinformation » et déclarait qu’il faisait tout son possible pour remettre le processus de paix sur les rails.

L’Autorité palestinienne affirme que l’administration américaine n’a jusqu’à présent fait aucune proposition aux Palestiniens qui ouvrirait la voie à la reprise d’un « vrai » processus de paix.

« L’attaque de Haley contre le président Abbas, dont les positions reflètent le consensus national palestinien et les intérêts supérieurs des Palestiniens, s’inscrit dans le contexte de l’agression et de l’incitation de l’administration américaine contre le peuple palestinien et de ses droits, dans le but de les soumettre et de les forcer à se rendre », a accusé le ministère de l’Autorité palestinienne.

« Les positions et les déclarations de Haley s’inscrivent dans le contexte de ses tentatives désespérées de justifier l’occupation et d’induire l’opinion publique internationale en erreur par une série de mensonges. Cela reflète soit une ignorance totale de la réalité du conflit, soit un parti pris idéologique aveugle en faveur de l’occupation, ce qui se rapproche le plus de la vérité ».

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