Israël en guerre - Jour 225

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Sabai, sabai !

Lassées du stress d’Israël, des centaines de familles s’installent en Thaïlande

L'atmosphère, la gentillesse des locaux et les prix bas font de Ko Pha Ngan une destination de choix pour les sabras qui veulent s'offrir un petit coin de paradis

Une plage de l'île de Ko Pha Ngan, en Thaïlande. (Crédit : Ruth Mason)
Une plage de l'île de Ko Pha Ngan, en Thaïlande. (Crédit : Ruth Mason)

Par une belle après-midi ensoleillée, Dicla Shaulian est assise sur la ligne de touche d’un terrain de football sur la petite île thaïlandaise de Ko Pha Ngan, et bavarde avec une autre mère israélienne en attendant que son fils de 11 ans termine son entraînement. Des coqs chantent en arrière-plan et des palmiers se balancent sur la route, bordée de noix de coco tombées au sol.

Développeuse d’entreprise devenue entraîneuse sportive, cette femme de 43 ans est arrivée en provenance d’Israël avec son mari, entrepreneur dans le secteur de la technologie, et ses trois enfants avec un aller simple il y a dix mois.

« Nous avions une bonne vie en Israël, mais nous voulions fuir la rat race [course effrénée à la réussite] », confie Shaulian au Times of Israel. « Nous étions venus pour un an et avons décidé de rester un an de plus. Les Israéliens ont créé ici une communauté surprenante, chaleureuse, solidaire et accueillante. La façon dont la vie est structurée ici et le fait que l’île se trouve dans un fuseau horaire différent nous permettent de passer plus de temps en famille, ce dont nous rêvions ».

Sans même que certains Thaïlandais s’en rendent compte, l’île connaît un afflux considérable d’Israéliens. Les premiers sont arrivés il y a une trentaine d’années, à une époque où il n’y avait pas d’électricité. Depuis un an, plus de 100 familles israéliennes se sont installées à Ko Pha Ngan, rejoignant les quelques centaines de familles déjà présentes.

Shaulian admet qu’elle se sent coupable d’avoir quitté Israël, en particulier d’avoir éloigné ses enfants de leurs grands-parents et de ne pas avoir pu participer aux manifestations actuelles contre la refonte judiciaire controversée. Elle ajoute cependant que lorsque ses parents sont venus leur rendre une visite de trois semaines sur l’île, ils étaient ensemble du matin au soir, chose qui n’arrivait jamais en Israël.

L’île est un véritable paradis pour de nombreux Israéliens, comme en témoignent les noms des commerces locaux, tels que Bliss et Heaven. La gentillesse et l’amabilité des habitants, les plages magnifiques et les couchers de soleil éblouissants, le climat chaud, le sentiment de sécurité, les prix bas et la nourriture qui tombe littéralement des arbres ajoutent au charme de l’île.

Dicla Saulayan, une développeuse d’entreprises devenue coach d’exercice, a déménagé sur l’île thaïlandaise de Ko Pha Ngan il y a environ un an. (Crédit : Ruth Mason)

Un rabbin Habad et sa famille sont arrivés cette année, signe que la population juive de l’île se développe ; le seder de Pessah qu’ils ont organisé a attiré 500 personnes. Avant leur arrivée, sedarim et fêtes étaient organisés par des Israéliens. L’île dispose d’une synagogue et d’un restaurant casher, Israel House, depuis 15 ans. Habad importe des aliments casher dans des conteneurs en provenance d’Israël, d’Argentine et d’Uruguay, et le poulet casher est abattu selon la loi juive à Bangkok et envoyé sur l’île.

Les Israéliens de Ko Pha Ngan sont pour la plupart de jeunes parents de la classe moyenne, venus des quatre coins d’Israël, et représentent toute la gamme des nombreux groupes ethniques du pays. Ce sont des techniciens, des professeurs de yoga, des hommes d’affaires et des professionnels libéraux. La plupart d’entre eux justifient leur départ en citant l’atmosphère de cocotte-minute qui règne en Israël, les prix élevés et les embouteillages fréquents, ainsi que leur désir d’aventure.

Un touriste israélien participe à un seder de Pessah sur l’île de Ko Pha Ngan, en Thaïlande. (Crédit : Ruth Mason)

« Beaucoup d’Israéliens sont arrivés ici pendant le Corona », explique Dalit Berger, 49 ans, professeur de yoga et mère de trois enfants au grand sourire chaleureux, qui vit sur l’île depuis dix ans. « Les Israéliens qui sont venus ont écrit des articles dans leurs blogs et les gens ont alors réalisé que Ko Pha Ngan n’était pas seulement une destination pour les hippies de Pardes Hannah, mais qu’elle convenait aussi aux familles plus conventionnelles, surtout depuis le COVID, où les gens ont réalisé qu’ils pouvaient travailler en ligne de n’importe où et vivre un autre type de vie ».

Dalit Berger est installée depuis 10 ans sur l’île de Ko Pha Ngan, en Thaïlande. (Crédit : Ruth Mason)

« Lorsque nous sommes arrivés à Ko Pha Ngan, je me suis promenée dans les rues et les villages et je me suis sentie chez moi », dit-elle. « On est tombés sous le charme ».

Des Israéliens conquis ont même écrit deux chansons populaires sur Ko Pha Ngan.

À l’arrivée des Berger, l’île ne comptait qu’une seule école internationale. Aujourd’hui, il y en a cinq.

« Nous sommes le premier groupe de parents israéliens à avoir décidé de rester ici », explique Berger, dont les enfants ont 9, 14 et 17 ans. « Auparavant, tout le monde partait après la fin de la sixième année parce qu’il n’y avait pas d’école secondaire internationale. Mais nous étions déterminés à trouver une solution en matière d’éducation pour nos enfants ».

Son fils fait partie du premier groupe d’Israéliens à passer les examens d’entrée dans une école internationale de l’île.

Comme beaucoup d’Israéliens à Ko Pha Ngan, les Berger ont un visa de travail. D’autres ont un visa d’affaires, qui peut coûter jusqu’à 12 000 shekels la première année, ou un visa d’étudiant. Certains disent avoir été frustrés par la bureaucratie pour obtenir leur visa, d’autres affirment que le processus s’est déroulé comme une lettre à la poste. Selon l’ambassade Royale de Thaïlande à Tel Aviv, la citoyenneté est réservée aux enfants des ressortissants thaïlandais.

Malgré le développement rapide auquel elle assiste, avec les premiers grands magasins d’alimentation, la construction de nouvelles routes et de nouveaux bâtiments, Berger dit sentir « ici un lien avec l’esprit, la nature, la vie simple, qui nous inspire ».

Les Berger ont ouvert la Yoga House, qui propose des cours, un hébergement, un restaurant végétarien, un jardin et une piscine. Parmi les autres sociétés prospères appartenant à des Israéliens sur l’île, il y a le centre de retraite Wonderland et Bustan, un restaurant haut de gamme. Il y a même un restaurant qui s’appelle Capara.

Une plage de l’île de Ko Pha Ngan, en Thaïlande. (Crédit : Ruth Mason)

Les Thaïlandais locaux semblent avoir bien accueilli cet afflux.

« Certains touristes israéliens sont impolis, mais ceux qui vivent ici et comprennent la culture sont très bien », déclare Mata Ketkuntjongphaisan, 37 ans, qui travaille dans l’industrie du tourisme.

Maria, propriétaire d’une maison d’hôtes qui a rejoint les nombreux Russes venus s’installer sur l’île après l’invasion de l’Ukraine, explique que l’afflux d’étrangers peut sembler menaçant pour certains habitants, mais qu’ils bénéficient également de la création de nouvelles entreprises et d’opportunités d’emploi.

Suli Avraham est arrivé sur l’île thaïlandaise de Ko Pha Ngan six mois avant la pandémie de coronavirus. (Crédit : Ruth Mason)

« Les Thaïlandais ont une attitude différente face à la vie », explique Maria, qui a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas divulgué. « On dit ici ‘sabai, sabai’, c’est-à-dire se détendre et profiter de la vie. Ils sont sensibles à vos émotions, à ce que vous êtes. Si vous êtes quelqu’un de bien, peu importe d’où vous venez, ils vous acceptent. »

Suli Avraham, 54 ans, a grandi dans une famille marocaine-française-espagnole particulièrement créative, dans la ville de Beer Sheva, dans le sud d’Israël. Dès l’âge de 7 ans, son père l’emmenait se promener dans le désert et lui posait des questions sur la vie et l’univers. Sa mère accueillait des femmes bédouines et Avraham raconte qu’elle passait beaucoup de temps dans l’atelier d’art, aménagé dans son école et opérant en dehors des heures de cours, ce qui a eu un grand impact sur sa vie. Adulte, elle a travaillé dans le désert du Sinaï et en Inde, et a constaté « qu’il y avait une autre façon de vivre ».

« Je revenais d’Inde et j’allais à l’épicerie du coin le dimanche matin et wow, c’était 100 shekels pour quelques petits pains et du lait », raconte Avraham. « C’est alors que j’ai senti que je ne pouvais plus vivre en Israël : la circulation, le stress, les prix… J’avais une amie qui s’était installée ici, j’ai vu comment elle vivait et je me suis dit que je voulais la même vie…. Je suis arrivée avec mes trois enfants six mois avant le début du COVID… J’ai trouvé ici une maison pour mon esprit ».

En plus d’une ligne de vêtements biologiques faits main baptisée Mamalika, Avraham a ouvert Naranaya, une école Waldorf/verte qui met l’accent sur le soutien émotionnel des enfants. Elle est passée de neuf à 80 enfants en 18 mois. Son objectif est de former des « leaders verts ».

Elle observe un changement dans le type d’Israéliens qui s’installent à Ko Pha Ngan.

« Ces derniers temps, il y a plus d’hommes d’affaires, mais ils ont le cœur ouvert », dit-elle.

Ingénieur en biotechnologie de formation, Uriel Sadeh, 37 ans, s’est découvert un don pour l’enseignement et a changé de carrière. Natif de la ville de Yahud, dans le centre d’Israël, Sadeh était commandant dans les parachutistes et diplômé de l’université Ben Gurion. Il est arrivé à Ko Pha Ngan il y a un an avec sa femme et son fils en bas âge, désireux de faire un voyage en famille et de voir le monde.

Uriel Sadeh, ingénieur en biotechnologie, s’est installé sur l’île idyllique de Ko Pha Ngan en Thaïlande. (Crédit : Ruth Mason)

Depuis, il a mis en place un mouvement de jeunes « qui crée des espaces sûrs pour que les adolescents puissent s’épanouir », explique-t-il. La plupart des participants sont israéliens, mais il invite également des Thaïlandais et des enfants de travailleurs étrangers birmans à se joindre gratuitement à ses groupes.

Comme d’autres, Sadeh dit que lui et sa famille manquent à ses parents, mais qu’ils sont heureux d’avoir trouvé leur place.

« Un phénomène nouveau est en train de se produire dans le monde », déclare-t-il. « Les familles de nomades numériques créent des communautés d’expatriés à Chang Mai, au Portugal, à Ibiza, à Bali… Le monde est devenu petit. Le monde est devenu une maison. »

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