Un hiver pluvieux à l’horizon, qui ne compensera pas le manque d’eau en Israël
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Un hiver pluvieux à l’horizon, qui ne compensera pas le manque d’eau en Israël

Les Israéliens répondent à la campagne de préservation de l'eau alors que cette dernière connaît une pénurie jamais vue depuis 98 ans et que la désalinisation prend de l'ampleur

Des vaches dans un champ surplombant le lac de Tibériade, dans le nord d'Israël, le 18 février 2017 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Des vaches dans un champ surplombant le lac de Tibériade, dans le nord d'Israël, le 18 février 2017 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

L’Autorité de l’eau a expliqué que ses prévisions météorologiques remises à jour entrevoient des chutes de pluies plus abondantes que la moyenne l’hiver prochain, après cinq ans de grave sécheresse.

Ces prévisions sont plutôt une bonne nouvelle, mais ces pluies ne devraient pas être suffisantes pour combler le grave déficit dans les cours d’eau, les lacs et les nappes phréatiques israéliens, a fait savoir l’agence de ressource et de planification officielle de l’eau dans un communiqué paru lundi.

« La pénurie accumulée au cours des cinq dernières années de sécheresse est énorme », a établi le communiqué.

« Les sources d’eau naturelles manquent d’environ 2,5 milliards de mètres-cubes d’eau. Nous avons besoin d’un hiver inhabituellement puissant pour remédier à ces manques ».

La sécheresse a mené ces réservoirs naturels et les cours d’eau à un niveau de pénurie jamais constaté depuis 98 ans, selon les données de l’Autorité de l’eau.

L’Autorité a lancé une campagne publique de sensibilisation au mois de mai intitulée « Israël s’assèche… encore », qui a pour objectif de recommander vivement aux Israéliens de faire attention à leur usage de l’eau.

Les Israéliens n’ont pas ressenti la sécheresse actuelle de manière aussi vive que lors d’autres épisodes de sécheresse passés dans la mesure où Israël, ces dernières années, a construit cinq usines de désalinisation massives sur la côte méditerranéenne qui fournissent dorénavant environ 70 % de l’eau potable consommée dans le pays directement depuis la mer. L’Etat recycle également environ 86 % de ses eaux usées pour l’usage agricole.

L’Autorité a vivement recommandé à « tous d’utiliser l’eau de manière plus efficace et de ne pas la gaspiller ». Pour leur part, des travaux d’infrastructure continuent, qui apporteraient de l’eau désalinisée depuis l’océan vers de vastes secteurs du pays. Des plans sont également envisagés prévoyant l’établissement de deux nouvelles usines de désalinisation plus grandes sur la côte méditerranéenne, en plus des cinq déjà en fonctionnement.

Le changement climatique est un facteur déterminant dans le déclin de 20% des ressources d’eau naturelle dans le pays au cours des trente dernières années, estiment les responsables israéliens de l’eau. « Nous constatons cela dans la baisse spectaculaire des flux des cours d’eau et des rivières et ailleurs », a établi le communiqué.

Un sondage récent effectué par l’Autorité de l’eau a révélé que 91 % des Israéliens indiquent être actifs dans la préservation de l’eau en réponse à la campagne télévisée lancée par l’Autorité. 92 % disent avoir été convaincus par cette campagne que la pénurie était une réalité et qu’elle exigeait une réduction de l’utilisation de l’eau.

Il n’y a pas de données disponibles sur les changements actuels de l’usage de l’eau ces derniers mois.

Le mois dernier, l’Autorité de l’eau avait averti qu’Israël était entré dans sa sixième année de sécheresse officielle, avec un grand nombre de lacs, de lits de rivière et de nappes phréatiques qui connaissaient une baisse sans précédent en 100 ans, et le lac de Tibériade qui se trouvait dangereusement proche de sa « ligne noire », le niveau au dessous des canalisations d’entrée des pompes qui envoient l’eau du lac aux villes avoisinantes.

Le lac de Tibériade, la plus grande réserve d’eau naturelle en Israël, se trouvait à ce moment-là à 214,2 mètres au-dessous du niveau de la mer, soit 80 centimètres plus bas que lors du lancement de la campagne de sensibilisation, cinq mois auparavant, et à plus d’un mètre en-dessous de la zone de danger représentée par la ligne rouge inférieure. En 2001, le lac se trouvait en plus mauvaise posture encore, à 214,81 mètres au-dessous du niveau de la mer – ce qui avait été baptisé la « ligne noire » du lac.

Des enfants jouent dans les fontaines du Teddy Kollek Park de Jérusalem, le 26 juillet 2016 (Crédit : Zack Wajsgras/Flash90)

La ligne noire désigne un niveau dangereusement bas susceptible de créer des problèmes écologiques irréversibles, et notamment une augmentation de la salinité de l’eau et une prolifération des algues pouvant entraîner des dégâts permanents à la qualité de l’eau ainsi qu’à la faune et à la flore. L’année dernière, l’Autorité de l’eau a dû pomper 17 000 tonnes de sel dans le lac de Tibériade pour garantir que les niveaux d’eau, en chute libre, ne la rendaient pas trop salée.

Les responsables craignent dorénavant que le plus grand lac d’eau douce israélien ne baisse encore d’un centimètre par jour avant que les premières pluies ne surviennent pendant l’automne, ce qui entraînerait de graves dommages écologiques dans la zone. Des plans sont actuellement en cours d’étude au sein de l’Autorité de l’eau, avec pour objectif de verser dans le lac de Tibériade l’eau des ruisseaux et autres sources situées à proximité.

Cette chute du niveau de l’eau, ces dernières semaines, a causé l’apparition d’une nouvelle île sur le lac de Tibériade, au large de la côte du Kibbutz Maagan. Si les prévisions se confirment, cette île pourrait même se trouver connectée à la terre ferme.

Au mois de juillet, des chercheurs qui ont contrôlé presque 200 000 personnes en Israël ont découvert que ceux qui buvaient de l’eau désalinisée montraient un risque plus élevé de maladie cardiaque que ceux qui buvaient de l’eau naturellement douce.

Dans un article publié le mois dernier par le journal scientifique Environmental Research, les chercheurs ont écrit que sur une période de dix ans, 170 personnes des services de santé Clalit – plus grand fournisseur de soins de santé en Israël – avaient été suivies sur la base du type d’eau qu’elles consommaient. La moitié des personnes se trouvaient dans des zones approvisionnées en eau désalinisée, tandis que l’autre résidait dans des communautés utilisant une eau naturellement douce.

Les scientifiques ont découvert une hausse de 6 % de l’incidence de maladies cardiaques parmi les consommateurs d’eau désalinisée, selon un reportage diffusé mercredi soir par la chaîne Hadashot et consacré à cette étude. Selon les estimations de certains chercheurs, ce chiffre pourrait même s’élever à 10 %.

Les scientifiques estiment que le processus de désalinisation purifie l’eau, supprimant certains minéraux qui se forment naturellement et que le corps obtient à partir de l’eau de source. Ces minéraux pourraient rapidement être ajoutés à l’eau désalinisée avant qu’elle ne soit distribuée dans les foyers.

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