Le courageux soldat juif qui a sauvé un bataillon américain en 1918
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Le courageux soldat juif qui a sauvé un bataillon américain en 1918

En s’infiltrant derrière les lignes ennemies pour contacter une unité alliée, Abraham Krotoshinsky a aidé des centaines de soldats américains à survivre

Soldats américains pendant la bataille de la forêt d'Argonne, en France, en 1918. (Crédit : General Photographic Agency/Getty Images/JTA)
Soldats américains pendant la bataille de la forêt d'Argonne, en France, en 1918. (Crédit : General Photographic Agency/Getty Images/JTA)

JTA – Les choses ne semblaient pas bien se présenter pour les plus de 500 soldats des forces alliées piégés par l’armée allemande dans la forêt d’Argonne, en France, en novembre 1918. Non seulement ils étaient sous le feu des Allemands, mais ils étaient aussi bombardés d’obus par les Américains qui ne savaient pas qu’ils étaient là.

La nourriture, l’eau et les munitions diminuaient. Les soldats, surnommés le Bataillon perdu, avaient envoyé des messagers prendre contact avec le reste des forces américaines, mais aucun n’avait réussi à dépasser ou à survivre à la ligne de feu allemande.

Cette situation est restée figée, jusqu’à ce qu’un soldat juif ne s’avance. En l’honneur de Memorial Day, la journée américaine de commémoration des soldats tombés au combat qui a lieu cette année lundi, nous racontons l’histoire de ce soldat, Abraham Krotoshinsky, à l’aide des archives de JTA et d’autres documents historiques.

« Notre situation apparaissait et était désespérée et sans espoir », racontait Krotoshinsky, membre de la 77 division de la 308e Infanterie de New York, qui s’est porté volontaire pour tenter de dépasser les Allemands.

Attaque du 369e régiment d'infanterie américain durant l'offensive Meuse-Argonne, en septembre et octobre 1918. (Crédit : H. Charles McBarron, Jr./Domaine public/WikiCommons)
Attaque du 369e régiment d’infanterie américain durant l’offensive Meuse-Argonne, en septembre et octobre 1918. (Crédit : H. Charles McBarron, Jr./Domaine public/WikiCommons)

Voici le témoignage de la mission de Krotoshinsky, publié dans le livre The Jew in the American World.

Une nouvelle demande de volontaires a été faite. Je me suis avancé. Un autre soldat qu’ils avaient envoyé avec moi a dû y retourner peu après. J’ai continué seul. J’ai commencé à l’aube, mais il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte que j’étais une cible pour les Allemands. J’ai couru dans un espace ouvert, j’ai descendu une vallée et j’ai remonté une vallée dans des buissons. Je me souviens avoir rampé, allongé sous les buissons, m’être enterré dans des trous. D’une manière ou d’une autre, et je ne sais toujours pas comment à ce jour, je me suis retrouvé dans les tranchées allemandes à la tombée du jour. J’ai vu plusieurs d’entre eux fumer des cigarettes.

Je savais que s’ils savaient que j’étais là, les salutations que je recevrais ne seraient en aucune sorte amicales. Je me suis caché sous des buissons, allongé sur le ventre, faisant le mort. Un Allemand qui, à en juger par la pression, n’a jamais rien su d’un régime, a marché sur l’un de mes doigts, mais je me suis empêché de faire le moindre bruit.

Ensuite, j’ai rampé vers une autre tranchée allemande, désertée. Vous pouvez imaginer mon excitation quand j’ai entendu parler un bon anglais. Aucune musique ne m’a jamais semblé aussi belle.

Krotoshinsky a alors rapporté la situation aux soldats américains, qui se sont alors arrêtés de tirer sur son bataillon et ont envoyé une équipe de secours, avec du matériel médical et de la nourriture.

Grâce à son courage, 194 membres du bataillon ont pu quitter la forêt d’Argonne sains et saufs. Les autres ont été tués, blessés ou capturés par les Allemands.

Krotoshinsky a reçu la Distinguished Service Cross, la deuxième plus haute distinction de l’armée américaine, du général John J. « Black Jack » Pershing, qui a dirigé les forces américaines sur le front occidental pendant la Première Guerre mondiale.

Malgré sa bravoure, le soldat juif est resté humble sur son rôle dans le sauvetage du Bataillon perdu.

« Ce que j’ai fait, me semble-t-il, n’était rien d’héroïque, rien qui ne mérite toute cette agitation, un numéro que j’ai mené parce que je le voulais, et si le prochain avait été aussi chanceux que moi, il aurait lui aussi été capable de le faire », a-t-il dit.

Krotoshinsky est né en 1092 à Plotsk, qui était alors sous contrôle russe mais se trouve à présent à Pologne. Après avoir immigré à New York en 1917, il a été embauché comme barbier avant d’entre enrôlé dans l’armée.

Krotoshinsky était passionné par son nouveau pays.

« L’Amérique, ma terre d’adoption, m’a toujours été plus précieuse que la terre de ma naissance, sur laquelle je me considère comme un étranger », a-t-il écrit, en citant l’antisémitisme en Russie.

Après la guerre, il est retourné à New York, où il a été fêté comme un héros de guerre et a été naturalisé citoyen américain, selon le livre Good Americans: Italian and Jewish Immigrants During the First World War.

Avec l’aide de Nathan Straus, magnat juif des grands magasins, il a ensuite suivi ses rêves sionistes et immigré en Palestine mandataire, où il a vécu dans une ferme, s’est marié et a eu deux enfants. Des difficultés financières l’ont forcé à retourner aux Etats-Unis, où le héros de guerre a aussi eu du mal à gagner sa vie.

Les choses ont cependant commencé à se présenter sous un meilleur jour quand un législateur de Harlem, le représentant Fiorello LaGuardia, a appris en lisant le journal les difficultés de Krotoshinsky. En 1927, JTA avait annoncé que le futur maire de New York avait été si ému par la situation du héros de guerre qu’il avait fait campagne auprès du président Calvin Coolidge pour qu’il signe un décret exécutif pour que Krotoshinsky puisse travailler comme employé de poste sans avoir à passer l’examen habituellement nécessaire.

« Le salaire n’avait pas été annoncé, mais il devrait fournir un gagne-pain au vétéran et à sa famille », selon JTA.
Coolidge a signé l’ordre et Krotoshinsky a occupé ce poste jusqu’à sa mort en 1953, à l’âge de 60 ans.

En 2001, le réseau A&E a diffusé un téléfilm intitulé « Le Bataillon perdu », avec l’acteur Ricky Schroder dans le rôle du commandant du bataillon, le major Charles White Whittlesey.

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