Le Gal : « une possible guerre » si l’accord sur le nucléaire iranien s’effondre
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Le Gal : « une possible guerre » si l’accord sur le nucléaire iranien s’effondre

L'ambassadrice française a averti que si les Etats-Unis quittent l'accord, comme l'a menacé Trump, Téhéran le fera également, faisant escalader les tensions

Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)
Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Si les Etats-Unis quittent l’accord sur le nucléaire, Téhéran fera probablement de même, ce qui augmentera les chances de guerre, a prédit l’ambassadrice française au sein de l’Etat juif Hélène Le Gal, s’exprimant dans les médias israéliens, alors que le président français Emmanuel Macron vient d’achever une visite à Washington cette semaine.

Macron s’est rendu en visite d’Etat dans la capitale américaine et a rencontré le président Donald Trump en partie pour évoquer l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, plaidant un « nouvel accord » plus détaillé qui prendrait en compte ce que lui et le président Trump considèrent comme des failles dans la convention existante.

Trump — un opposant féroce à l’accord signé par Téhéran et les grandes puissances internationales – devra dire le 12 mai s’il se retire de l’accord existant lorsque la date butoir de renouvellement du 12 mai arrivera ou s’il se maintient dans les conditions actuelles.

Le Gal a déclaré à Ynet que Macron et Trump entretenaient une « très bonne relation » et que, durant leurs rencontres, ils avaient eu de « très longs entretiens sur un certain nombre de questions et notamment sur l’Iran ».

Le président américain Donald Trump et le président français Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 24 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Nicholas Kamm)

L’envoyée française a ajouté que Macron avait dit à Trump que la France n’était « pas naïve au sujet de l’Iran et du rôle tenu par l’Iran dans la région » mais que les grandes puissances devaient avoir « une approche globale de ce problème, une approche par piliers, et le JCPOA [plan d’action conjoint, le nom officiel de l’accord sur le nucléaire iranien] est l’un de ces piliers ».

Les autres piliers, a continué Le Gal, comprennent un plan concernant ce qui arrivera en 2025, lorsque les sanctions des Nations unies sur l’Iran seront levées et que la résolution 2231 du Conseil de sécurité approuvant le JCPOA expirera, ce qui nécessitera un nouveau vote sur des sanctions ; une approche conjointe sur le programme de missiles balistiques contentieux de l’Iran et la maîtrise du rôle régional de l’Iran, particulièrement en Syrie.

Le Gal a ajouté que Macron et Trump avait évoqué « très minutieusement » ces questions et qu’il fallait travailler à l’application de l’accord sur le nucléaire « avec rigueur, avec des inspections, avec tout ce qui est fourni via la convention ».

Elle a estimé que le pacte sur le nucléaire « empêche l’Iran de lancer un programme militaire nucléaire, au moins jusqu’en 2015. Si la convention est annulée, l’Iran relancera immédiatement son programme. Il faut que le JCPOA empêche l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Nous ne voulons pas que l’Iran dispose de l’arme nucléaire, ni maintenant, ni jamais ».

Si le pacte s’effondre, a-t-elle continué, « il y aura des conséquences énormes parce que je ne pense pas que l’Iran restera dans l’accord si les Etats-Unis s’en vont. La possibilité d’une guerre existe ».

Trump a qualifié de « fou » l’accord sur le nucléaire qu’il considère également comme le « pire » de l’histoire. Il a fait de la disparition de cette convention l’une de ses promesses de campagne pendant la course à la présidentielle de 2016.

Après ses entretiens avec Trump, mercredi, Macron a indiqué que le président américain pourrait bien se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien pour des raisons politiques nationales.

Alors que s’achevait sa visite d’Etat de trois jours, Macron a expliqué aux médias américains qu’alors qu’il ignorait ce que Trump déciderait spécifiquement, il pensait que le leader américain « se débarrassera de cette convention par lui-même pour des raisons nationales ».

« L’analyse rationnelle de toutes ses déclarations me fait penser qu’il ne fera pas tout ce qui est possible pour maintenir » l’accord signé avec l’Iran visant à empêcher la république islamique d’acquérir la bombe atomique, a-t-il expliqué.

La proposition qu’a avancé Macron devant son homologue américain a impliqué la préservation de l’accord existant en premier des « quatre piliers » d’une future convention, comme l’a mentionné Le Gal.

S’exprimant mercredi devant le Congrès américain, Macron a déclaré que « c’est la vérité de dire que cet accord ne prend pas en compte toutes les inquiétudes – et de très graves inquiétudes. C’est vrai. Mais nous ne devons pas l’abandonner avant d’avoir quelque chose de substantiel, de plus substantiel, à la place ».

Au mois de janvier, Trump avait maintenu la convention en vie en levant les sanctions contre l’Iran comme l’exige le pacte tous les six mois. Mais il avait catégoriquement déclaré que ce serait la dernière fois à moins que des changements importants ne soient apportés.

Il avait spécifiquement réclamé trois changements majeurs : L’amendement des clauses de révision, l’interdiction des tests des missiles balistiques par la république islamique – qui contreviennent actuellement aux résolutions de l’ONU mais pas à l’accord sur le nucléaire – demandant également un accès élargi aux inspecteurs au sein des sites militaires iraniens.

Ces demandes avaient été émises sous forme d’ultimatum au Congrès et aux alliés européens des Etats-Unis. Trump avait déclaré que si rien n’était fait pour pallier à ces failles d’ici le 12 mai, date du renouvellement de la levée des sanctions, il abandonnerait l’accord sur le nucléaire.

Alors que cette date ne cesse de se rapprocher, il semble que Macron ait trouvé un terrain d’entente avec Trump.

Eric Cortellessa a contribué à cet article.

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