Le Jordanie publie en ligne le premier magazine LGBT en arabe
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Le Jordanie publie en ligne le premier magazine LGBT en arabe

Après 8 ans de publication en anglais, le fondateur pense que la demande de contenu dans la langue maternelle des moyen-orientaux gays existe

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Couverture arabe du magazine jordanien My.Kali de mai/juin 2016, avec la combattante d'art martial jordanienne Yara Kakish. (Crédit : capture d'écran)
Couverture arabe du magazine jordanien My.Kali de mai/juin 2016, avec la combattante d'art martial jordanienne Yara Kakish. (Crédit : capture d'écran)

Un magazine gay jordanien en ligne a publié son premier numéro en arabe, décornant les vaches sacrées et repoussant le scandale au sein de la population conservatrice du royaume.

Le magazine en ligne My.Kali, nommé d’après son fondateur Khalid Abdel-Hadi, existe en anglais depuis huit ans.

En publiant un numéro de mai/juin en arabe et en anglais sans précédent il y a quelques semaines, les éditeurs du magazine savaient qu’ils s’ouvraient à plus de critiques chez eux et à la possibilité de danger physique.

Et pourtant, après avoir reçu des demandes de la communauté LGBT arabe de publier dans leur langue maternelle pour « étendre la sensibilisation » à leurs problèmes, Abdel-Hadi a décidé qu’il était temps de sauter le pas, a-t-il déclaré au site panarabe Raseef 22.

Couverture du magazine LGBT jordanien My.Kali en 2009, présentant son fondateur. (Crédit : capture d'écran)
Couverture du magazine LGBT jordanien My.Kali en 2009, présentant son fondateur. (Crédit : capture d’écran)

Le dernier numéro du magazine a deux photos de couverture, une en arabe et une en anglais, de la star jordanienne de jiu-jitsu Yara Kakish, qui n’est pas homosexuelle mais ouvre la voie aux femmes du royaume hachémite en dominant les tournois internationaux de son sport.

MyKali’s #60th issue, May/June 2016, we celebrate it with a double cover (Arabic + English), featuring #Jordanian…

Posted by MyKali Magazine on Wednesday, 11 May 2016

#MyKali’s #60th issue, May/June 2016, we celebrate it with a double cover (Arabic + English), featuring #Jordanian…

Posted by MyKali Magazine on Wednesday, 11 May 2016

Le magazine bilingue ne présente pas les mêmes articles dans les deux langues. Par exemple, il existe un article intitulé en anglais « Qu’avons-nous raté dans le domaine de la drague en ligne ? »

En arabe, les articles sont probablement plus sujets à controverse, et adressés à un public moyen-oriental.

Par exemple, la version arabe présente une interview d’un religieux jordanien marié qui a dû fuir son domicile après avoir dit qu’il était gay. Un jeune auteur irakien se demande si Oum Kalsoum, l’une des chanteuses les plus aimées du monde arabe, avec un statut quasi-divin, était lesbienne.

Oum Kalsoum pendant l'un de ses derniers concerts, en 1968. (Crédit : CC BY domaine public/Wikipedia)
Oum Kalsoum pendant l’un de ses derniers concerts, en 1968. (Crédit : CC BY domaine public/Wikipedia)

Tous les articles de My.Kali ne traitent pas des sujets LGBT. Le magazine aborde aussi les droits des femmes, les politiques personnelles, la liberté d’expression, les nouveaux médias et les arts.

Posted by MyKali Magazine on Saturday, 20 November 2010

Back with a new cover, new content and new stories. #MyKali's March/April 2015 issue Features #Jordan's most transparent…

Posted by MyKali Magazine on Friday, 3 April 2015

De la colère, mais pas de menaces de mort

Les éditeurs de My.Kali ont été accusés par certains en Jordanie d’essayer de « répandre l’homosexualité », de « saper les traditions et la culture de la société jordanienne », et d’agir pour un « agenda étranger ».

Mais dans un communiqué du 19 juillet sur la page Facebook du magazine, le fondateur a écrit qu’ils « ne reçoivent pas de menaces de mort comme cela a été indiqué dans les médias internationaux », et qu’ils n’ont affronté que « des commentaires négatifs sur des pages Facebook de médias locaux. »

Dans un autre communiqué publié en arabe et en anglais le 15 juillet, le fondateur du magazine rejette les critiques de son travail.

« [My.Kali] est purement le produit d’un collectif toujours en mouvement de jeunes arabes et nord-africains hétérosexuels et LGBTQIA qui sont intéressés à présenter les voix marginalisées sur une plate-forme pour exprimer leurs problèmes, leurs intérêts et leur créativité », était-il écrit dans le communiqué.

« La communauté jordanienne LGBTQ a toujours été une part inhérente du tissu social de notre pays », a-t-il ajouté.

Dans un numéro de 2009, le fondateur de My.Kali apparaissait sans tee-shirt en couverture, avec un keffieh jordanien traditionnel sur son torse nu.

« Je voulais participer à une couverture qui donne un sentiment d’appartenance et de fierté, pour refléter la relation entre être LGBT et être arabe/jordanien », avait-il écrit.

Bien que la Jordanie ait légalisé l’homosexualité en 1952, et soit toujours l’un des rares pays du Moyen-Orient à l’avoir fait, un rapport du département d’Etat américain de 2015 sur les droits de l’Homme a conclu que la discrimination était fréquente dans le royaume.

Un sondage du centre de recherche Pew de 2015 a trouvé que 97 % des Jordaniens rejetaient toujours l’homosexualité.

Un mois avant le premier numéro en arabe de My.Kali, le groupe de rock libanais Mashrou’ Leila, dont le leader est ouvertement gay, avait été empêché de jouer un concert à Amman par les conservateurs du pays.

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