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Le niveau de la mer s’élèvera plus vite que prévu dans le monde – étude en Israël

Dans une recherche, des experts prédisent une élévation potentielle de 2 mètres d'ici 2100 et de 5 mètres à l'horizon 2050, sans maîtrise des émissions de gaz à effet de serre

Un surfer entre dans la mer méditerranée sur une plage de Netanya, une ville côtière lors de la pire tempête de l'hiver, cette année-là, le 5 janvier 2018. (Crédit : AFP Photo/Jack Guez)
Un surfer entre dans la mer méditerranée sur une plage de Netanya, une ville côtière lors de la pire tempête de l'hiver, cette année-là, le 5 janvier 2018. (Crédit : AFP Photo/Jack Guez)

Le niveau moyen de la mer pourrait s’élever d’un demi-mètre à l’horizon 2050, de deux mètres d’ici 2100 et de 5 mètres d’ici 2150 si les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter pendant tout le siècle, selon une nouvelle recherche portant sur l’impact de la fonte de la calotte glaciaire.

Ce qui est beaucoup plus pessimiste que ce que les spécialistes des Nations unies ont pu anticiper à ce jour, a déclaré Pam Pearson, fondatrice et directrice de l’ICCI (International Cryosphere Climate Initiative) lors d’une conférence publique organisée à Tel Aviv par l’Administration chargée de la préparation au changement climatique qui est placée sous l’autorité du ministère de la Protection environnementale.

L’année dernière, l’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) des Nations unies avait prédit qu’à l’horizon 2100, le niveau moyen de la mer augmenterait d’un-demi mètre à un mètre en deux siècles, en fonction des différents scénarios envisagés en matière d’émissions à effet de serre.

Mais l’ICCI vient de présenter de nouvelles prévisions dans le cadre d’une recherche qui a été réalisée l’année dernière. Dans cette étude, les chercheurs ont intégré les niveaux de la mer connus dans l’Histoire de la terre en y ajoutant les observations faites dans le cadre de la fonte des glaciers, ces dernières décennies, avec des projections pour l’avenir envisageant divers scénarios d’augmentation de réduction des émissions et des températures.

La scientifique en chef du ministère de la Protection environnementale, Noga Kronfeld-Schor, va rapidement rencontrer les instances gouvernementales pour leur soumettre les nouveaux chiffres dans le but de contribuer aux planifications du pays à long-terme sur la question du climat.

Mardi, le quotidien Haaretz a indiqué que les informations reçues de plus de 20 sources appartenant à des instances gouvernementales, à des autorités locales et au milieu scientifique indiquaient que l’élévation du niveau de la mer présentait un risque potentiel pour les usines de dessalement, pour les falaises, pour les infrastructures d’assainissement et même pour certaines structures de défense proches des rivages en Israël.

Il n’y a pas d’instance ou de budget consacré à la question du niveau de la mer au sein de l’État juif, a fait remarquer le journal. Cette problématique toute particulière est traitée, entre de nombreuses autres, par l’Administration chargée de l’état de préparation du pays au changement climatique.

Les effets d’une élévation de cinq mètres du niveau de la mer sur la côte du nord du pays, une image créée par Pam Pearson qui a utilisé des données de la page web Surging Seas sur le site Climate Central, et qui a été présentée lors d’une conférence de l’administration chargée de la préparation du pays au sein du ministère de la Protection environnementale au musée d’histoire naturelle Steinhardt de Tel Aviv, le 20 septembre 2022.

« Une grande partie de la fonte des glaces devrait être irréversible », a déclaré Pearson lors de cette conférence qui a eu lieu au musée d’histoire naturelle Steinhardt, s’exprimant en visio depuis les États-Unis.

« Les décisionnaires politiques ne réalisent pas encore les graves ramifications de la fonte de la calotte glaciaire dans le monde », a-t-elle ajouté. Et aujourd’hui, a continué Pearson, les scientifiques tentent de faire prendre conscience au monde que le dégel de la cryosphère (où l’eau est bloquée sous forme de glace) affectera le système mondial « de manière irréversible, à échelle de temps humaine, touchant notamment les lignes côtières ».

« Nous sommes en territoire inconnu parce que nous n’avions jamais observé une hausse aussi rapide des émissions de gaz à effet de serre, des températures, dans toute l’Histoire de la Terre », a poursuivi Pearson, présentant des images de différentes parties d’Israël et de l’Égypte dans le contexte de différents scénarios d’élévation du niveau de la mer.

Ces scénarios, sélectionnés sur un site interactif mis au point par Climate Central, montrent une grande partie de la côte adjacente à la baie de Haïfa, dans le nord d’Israël, submergée suite à une élévation de deux mètres du niveau de la mer. Ainsi, une bonne part des plages de Dor de Nahsholim, très populaires, situées au nord du centre de l’État juif, disparaîtrait sous les eaux, comme ce serait le cas également pour les plages de Nitzanim et de Zikim, au sud.

Les vagues s’écrasent sur le front de mer dans la ville côtière de Netanya lors de la pire tempête de l’hiver, cette année-là, le 5 janvier 2018. (Crédit : AFP Photo/Jack Guez)

Si les températures globales devaient s’élever de 3 degrés Celsius – et les politiques actuelles en matière de climat anticipent une augmentation de 3,1 degrés – une élévation nette et imparable pourrait avoir lieu dès 2060, a expliqué Pearson.

Avec une élévation de trois mètres, montre le site internet Climate Central, l’eau de mer atteindrait presque Nesher, une ville du district de Haïfa.

Elle plongerait également dans l’eau Alexandrie et une grande partie du delta du Nil, en Égypte.

La capacité de l’humanité à mettre un terme à cette tendance dépendra de la réussite à non seulement réduire les émissions à effet de serre, mais également à supprimer le dioxyde de carbone qui se trouve dans l’atmosphère.

Pour le moment, le dioxyde de carbone est absorbé à petite échelle et les technologies dites « de séquestration du carbone » n’en sont qu’à leurs balbutiements.

De plus, les émissions sont encore en hausse. « Nous suivons encore un modèle correspondant à ce que les scientifiques qualifient de niveau d’émissions très élevé, le même modèle qui est susceptible d’entraîner des scénarios extrêmes d’élévation du niveau de la mer », a noté Pearson.

Les responsables doivent aussi s’attarder sur les tempêtes qui entraînent une hausse anormale de la quantité d’eau qui est renvoyée vers les rivages, a-t-elle dit.

L’Institut de recherche océanographique et limnologique israélien, qui contrôle le niveau de la mer depuis 1992, a enregistré une augmentation moyenne de 4,6 millimètres par an – à comparer avec le chiffre global de 3,25 millimètres – s’ajoutant à un total de 13,8 centimètres.

Alon Zask, le directeur de l’Institut qui a aussi récemment été à la tête de l’administration en charge de la préparation au changement climatique, a déclaré à Haaretz que pour ses futures prévisions, son équipe s’appuierait sur les calculs internationaux – son bureau étant incapable de procéder à ce type de calculs.

Les nouvelles données internationales seront intégrées dans une carte du risque climatique qui est actuellement développée par le ministère de la Protection environnementale.

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