Le président argentin dit vouloir des résultats dans l’enquête sur l’AMIA
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Le président argentin dit vouloir des résultats dans l’enquête sur l’AMIA

Le président argentin Alberto Fernandez a déclaré devant les responsables juifs que la "condamnation du terrorisme ne peut pas être discutée ni négligée"

Le président argentin Alberto Fernandez, à droite, rencontre le chef du groupe juif AMIA et le père d'une victime de l'attentat à la bombe de l'AMIA à Buenos Aires, le 14 juillet 2020. (Autorisation AMIA/ via JTA)
Le président argentin Alberto Fernandez, à droite, rencontre le chef du groupe juif AMIA et le père d'une victime de l'attentat à la bombe de l'AMIA à Buenos Aires, le 14 juillet 2020. (Autorisation AMIA/ via JTA)

BUENOS AIRES (JTA) — Quelques jours avant le 26e anniversaire de l’attentat à la bombe contre le centre juif de l’AMIA à Buenos Aires, qui a causé la mort de 85 personnes en 1994, le président argentin Alberto Fernandez a expliqué aux responsables juifs son intention de mener à bien la procédure juridique qui a suivi l’attaque. L’affaire a été compliqué par des accusations de corruption et l’assassinat probable du procureur juif Alberto Nisman.

S’exprimant lors d’un événement en ligne jeudi avec Dina Siegel Vann, la directrice du centre Belfer d’AJC pour les affaires latinos et d’Amérique latine, Fernandez a déclaré que la « condamnation du terrorisme ne peut pas être discutée, comme la Shoah, elle ne peut pas être négligée ni tolérée ».

Ces commentaires de Fernandez sont essentiels : sa vice-présidente, Cristina Fernandez de Kirchner, a été poursuivie pendant plusieurs années concernant des accusations selon lesquelles elle aurait comploté avec le gouvernement iranien pour couvrir l’implication de l’Iran dans l’attaque.

Le prédécesseur de Fernandez, le conservateur Mauricio Macri, avait lui aussi pris position sur l’enquête, promettant de rendre justice aux victimes de l’attentat à la bombe et pour la famille Nisman. Ce dernier a été retrouvé mort dans son appartement en janvier 2015 la veille de son intervention au tribunal alors qu’il devait présenter les conclusions de l’enquête.

La vice-présidente argentine Cristina Fernandez de Kirchner sur scène lors d’un meeting avec des militants pour célébrer l’intronisation d’Alberto Fernandez comme nouveau président devant le palais présidentiel à Buenos Aires, le mardi 10 décembre 2019. (AP Photo/Marcos Brindicci)

Il a depuis longtemps été établi que l’Iran et le Hezbollah, groupe terroriste libanais, étaient liés à l’attaque, et sept personnes – six Iraniens et un Libanais – se trouvent sur la liste des personnes les plus recherchées par Interpol depuis 2007. Lors de l’événement en ligne, Fernandez a déclaré que le refus de l’Iran d’extrader des suspects avait été un facteur clef de l’enlisement de l’enquête.

L’Argentine a signé un mémorandum d’accord polémique avec l’Iran en 2013, alors que Cristina Fernandez de Kirchner était présidente, qui stipulait que les deux pays mèneraient une enquête conjointe sur l’attentat. L’accord a été annulé en 2015 après que des critiques ont affirmé qu’il contrevenait aux principes d’indépendance de la branche exécutive. Même si Fernandez s’était opposé à l’accord par le passé, il a déclaré jeudi qu’il s’agissait d’un effort pour faire avancer l’enquête.

« Même le mémorandum avec l’Iran, auquel j’étais opposé, était un moyen de résoudre le problème », a-t-il dit.

Fernandez, ancien avocat et professeur de droit à l’Université publique de Buenos Aires, a révélé que l’une des victimes de l’AMIA, Poala Czyżewski, était l’une de ses anciennes étudiantes.

Le centre communautaire juif AMIA de Buenos Aires après l’attentat, au mois de juillet 1994. (Crédit : Cambalachero/Wikimedia commons)

« Elle était une très bonne étudiante », a-t-il dit. « Paola avait 21 ans quand elle a été tuée dans l’attaque. »

Mardi, Fernandez a rencontré le président du groupe communautaire juif de l’AMIA et Julio Barreiros, le père de Sebastián qui, âgé de 5 ans, est la plus jeune victime de l’attaque terroriste de 1994.

Lors de la réunion à la résidence du président, le chef de l’AMIA Ariel Eichelbaum a appelé à mettre un terme à l’impunité des responsables de l’attaque et a demandé que les alertes rouges d’Interpol sur les suspects iraniens soient maintenues.

« Nous vivons depuis 26 ans avec cette impunité et pas une seule personne n’a été arrêtée pour ce crime contre l’humanité », a déclaré Eichbaum.

Un homme marche dans les décombres après l’explosion d’une bombe à l’Association mutuelle israélite argentine (centre AMIA) à Buenos Aires, le 18 juillet 1994, tuant 85 personnes et en blessant environ 300 autres. (Crédit : Ali Burafi/AFP)

La dernière complication dans l’affaire de l’AMIA concerne le départ à venir d’un juge, qui va atteindre la limite d’âge de 75 ans pour un juge fédéral plus tard ce mois-ci.

« Le simple fait qu’un nouveau juge doive être nommé et qu’il aura à lire [le dossier] et comprendre cette énorme enquête complexe constitue une autre difficulté », a déclaré l’avocat de l’AMIA Miguel Bronfman dans une rencontre en ligne organisée mercredi par l’organisation argentine Avoda. C’est un autre élément qui me donne le sentiment que la justice dans cette affaire est loin d’être obtenue. »

Cette année, pour la première fois, la commémoration de l’attaque terroriste du 18 juillet ne se fera pas sous la forme d’un rassemblement massif devant le siège reconstruit de l’AMIA – elle aura lieu en ligne. L’Argentine est en quarantaine depuis le 20 mars.

Des messages de proches des victimes, de responsables juifs et de l’ancien Premier ministre d’Espagne, Felipe González, seront diffusés pendant l’évènement.

« Cette année, l’événement est virtuel, mais notre cause est aussi réelle que toujours », a noté l’AMIA dans un communiqué.

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