Le vice-ministre de la Défense israélien revient sur la situation en Israël et le Soudan
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Entretien

Le vice-ministre de la Défense israélien revient sur la situation en Israël et le Soudan

Eli Ben Dahan appelle à l’expulsion des familles des terroristes ; affirme qu'Israël est intéressé par une reprise des relations avec Khartoum

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Eli Ben Dahan sur les lieux d'une attaque au couteau devant les quartiers généraux de l'armée dans le centre de Tel Aviv, le 8 octobre 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Eli Ben Dahan sur les lieux d'une attaque au couteau devant les quartiers généraux de l'armée dans le centre de Tel Aviv, le 8 octobre 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Israël est intéressé par l’établissement de relations avec autant de pays que possible, y compris le Soudan, a déclaré mardi Eli Ben Dahan, le vice-ministre de la Défense.

« Nous n’avons pas à être différent de tout le monde occidental. Le monde occidental – les Etats-Unis et l’Europe – ont des relations avec le Soudan, et avec l’Arabie saoudite et d’autres pays. Je ne pense pas que nous ayons besoin d’être différents », a déclaré Ben Dahan eu Times of Israel. « L’Etat d’Israël pout apporter beaucoup au Soudan, dans beaucoup de domaines. »

Les remarques de Ben Dahan sont la première réponse d’un officiel israélien à cette possibilité, étonnamment soulevée la semaine dernière par le ministre des Affaires étrangères de l’état africain musulman, après des décennies d’hostilités ouvertes entre Jérusalem et Khartoum.

« Cela ne nous dérange pas d’étudier cette proposition », a déclaré le 14 janvier le ministre des Affaires étrangères du Soudan Ibrahim Ghandou, selon les médias soudanais, faisant référence à une demande américaine de normalisation des relations entre le Soudan et Israël comme une condition préliminaire à la levée des sanctions sur le régime. Le ministère des Affaires étrangères israélien a refusé de commenter ce sujet.

Dirigé par le président Omar al-Bachir depuis 1989, le Soudan a été un ennemi vicieux de l’Etat juif et un allié fidèle de l’Iran, mais a récemment eu un désaccord avec Téhéran sur l’implication de ce dernier au Yémen.

Début janvier, le Soudan a coupé ses relations diplomatiques avec l’Iran, à la suite de l’Arabie saoudite, de Bahreïn et d’autres états sunnites. En 2009, Bachir a été inculpé par la cour pénale internationale (CPI) pour les atrocités commises au Darfour.

Le président soudanais Omar al-Bachir pendant un entretien télévisé en janvier 2011. (Crédit : capture d'écran Youtube/AlJazeera English)
Le président soudanais Omar al-Bachir pendant un entretien télévisé en janvier 2011. (Crédit : capture d’écran Youtube/AlJazeera English)

La politique étrangère de Jérusalem devrait être basée sur ses intérêts nationaux et la realpolitik, et ne pas considérer le régime politique ou l’application des droits de l’Homme d’un allié potentiel, a-t-il indiqué.

« Nous ne nous impliquons pas dans ce qui arrive au sein des autres États », a déclaré Ben Dahan, membre du parti religieux de droite HaBayit HaYehudi.

Israël rejette les critiques des autres pays sur sa législation controversée et donc il n’interfère pas avec ce qu’il se passe dans d’autres pays, a-t-il ajouté.

« Notre politique étrangère n’est pas telle que nous disons aux autres pays quel type de gouvernement ils devraient avoir et comment ils s’occupent de leurs citoyens. »

Jérusalem est aussi désireux de normaliser ses relations avec le monde arabe, a déclaré Ben Dahan, rejetant cependant l’assertion souvent faite qu’un tel scénario est dépendant de la création d’un État palestinien basé sur les lignes de 1967.

« La contribution d’Israël au monde arabe pourrait être énorme. Le monde arabe perd à ne pas avoir de relations avec Israël et en ne recevant pas tout ce que l’Etat d’Israël a à offrir. Mais ce n’est pas du tout lié à un État palestinien. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a longtemps salué les alliances tacites entre l’Etat juif et beaucoup de pays arabes sunnites modérés.

La semaine dernière, il a été jusqu’à appeler l’Union européenne (UE) à abandonner ses politiques actuelles vis-à-vis d’Israël et de les remplacer par la position du monde arabe modéré, une affirmation dont Ben Dahan a déclaré qu’il n’arrive pas à la comprendre.

S’exprimant au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, Netanyahu a déclaré jeudi qu’il avait demandé à ses amis européens que les politiques de l’UE « reflètent simplement la politique arabe en cours envers Israël et les Palestiniens ».

Dans une réunion consécutive avec la chef des affaires étrangères de l’UE, Federica Mogherini, le Premier ministre a répété ce message. « Netanyahu a déclaré à Mogherini que l’UE devait adopter les politiques des états arabes modérés vis-à-vis d’Israël parce que l’amélioration des relations avec eux mènent à une amélioration avec les Palestiniens », a déclaré son bureau dans un communiqué.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la Haute Représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos le 21 janvier 2016 (Crédit : Haim Zach / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos le 21 janvier 2016 (Crédit : Haim Zach / GPO)

« Je ne comprends vraiment pas ce qu’a dit le Premier ministre, a déclaré Ben Dahan. Ce n’est pas clair pour moi. » Alors que la relation d’Israël avec l’UE a été secouée ces dernières années, à cause du désir sans relâche de l’UE de pousser Israël vers une solution à deux États, elle est toujours « très importante », a-t-il ajouté. Les liens entre Bruxelles et Jérusalem ne sont « pas du tout comme [notre relation] avec les états arabes : [en Europe] nous avons des relations diplomatiques, il y a des ambassadeurs, il y a un dialogue, et de la coopération dans beaucoup de domaines. »

Les Européens « rêvent qu’ils peuvent construire ici un état palestinien. Et cela ne marche pas vraiment. Cela n’arrive pas, donc ils sont dans une situation difficile », a ajouté le vice-ministre.

La frustration de l’UE sur cette impasse les mène à initier des mesures punitives comme l’étiquetage des produits des implantations, ce qui a causé des tensions, a-t-il déclaré.

« Mais même ainsi, il est impossible de comparer les relations que nous avons avec eux à celles que nous avons avec les pays arabes. Nous n’avons pas de relations diplomatiques avec des pays arabes autres que l’Egypte et la Jordanie. Ce n’est pas du tout similaire. »

’Nous sommes tous en état d’urgence. Ce ne sont pas des jours ordinaires’

Parlant au Times of Israel depuis son bureau de la Knesset, Ben Dahan a également discuté sa proposition de mettre fin à la vague terroriste actuelle et sa vision du futur du conflit israélo-palestinien. Israël, a-t-il déclaré, devrait commencer à déporter les familles des terroristes palestiniens à Gaza ; il souligne que cela mettrait immédiatement un arrêt à la série d’attaques en cours.

« Le seul moyen [de stopper les terroristes] est de les dissuader. Pour expliquer [aux terroristes potentiels] qu’au final, s’ils mènent une attaque, leurs familles seront gravement punies. Je ne pense pas qu’il y ait un plus grand dommage que de les expulser. »

Reconnaissant qu’une telle mesure serait probablement condamnée par la Cour suprême et pourrait violer la loi internationale, Ben Dahan a néanmoins déclaré qu’il ne voyait pas de problèmes à l’expulsion des familles des terroristes, puisqu’elles étaient généralement impliquées ou savaient que le ou la terroriste allait agir.

Au contraire des précédents soulèvements populaires, ou intifadas, la vague terroriste faisant actuellement rage en Israël et en Cisjordanie n’est pas organisée par un groupe terroriste central, mais est le travail d’individus non reliés « qui se lèvent un matin et décident d’attaquer des juifs », a déclaré Ben Dahan. Le seul moyen de combattre efficacement ce phénomène est donc d’accroître la dissuasion, a-t-il argumenté.

Le gouvernement a déjà introduit des peines plus sévères pour les parents de mineurs attrapés en train de jeter des pierres et augmenté les efforts pour accélérer la démolition des maisons des terroristes, a déclaré le vice-ministre.

La maison de Mohammed Abu Shahin, démolie par les troupes israéliennes dans le camp de réfugiés de Qalandiya, près de Ramallah, le 16 novembre, 2015. Shahin a été accusé d'avoir tué un randonneur israélien en juin 2015 (Crédit : Flash90)
La maison de Mohammed Abu Shahin, démolie par les troupes israéliennes dans le camp de réfugiés de Qalandiya, près de Ramallah, le 16 novembre, 2015. Shahin a été accusé d’avoir tué un randonneur israélien en juin 2015 (Crédit : Flash90)

« En plus de tout cela, j’ai vu que nous devrions expulser la famille [d’un attaquant] à l’étranger. Cela n’existe pas encore en Israël », a-t-il déclaré. Israël a auparavant utilisé cette méthode mais a arrêté suite à l’intervention des tribunaux.

Il n’y a pas de loi en Israël qui interdit la déportation des familles des terroristes, donc mettre en place sa proposition devrait simplement contredire « une décision de la cour », a-t-il affirmé.

« Je pense que la cour doit aussi comprendre que c’est un moment d’urgence », a déclaré le rabbin de 61 ans. « Tout comme l’armée, la police et la police des frontières sont tous en état d’urgence – nous sommes tous en état d’urgence. Chacun comprend que ce ne sont pas des jours ordinaires. »

Ben Dahan, ancien vice-ministre des Affaires religieuses, a déclaré qu’il n’était pas déconcerté par la possibilité que sa proposition soit considérée comme une punition collective, et constitue donc une violation des lois internationales. « Tuer des juifs aussi est illégal. Tuer une femme dans sa maison aussi est illégal. Attaquer une femme enceinte aussi est illégal », a-t-il déclaré, faisant référence aux récentes attaques terroristes à Otniel et à Tekoa, respectivement.

Selon les accords d’Oslo, la Cisjordanie et Gaza sont une seule entité, et donc cela ne devrait pas être perçu comme si spectaculaire de déporter une famille palestinienne des montagnes du sud de Hébron, par exemple, en Cisjordanie, à Rafah, à Gaza, a-t-il ajouté.

« Vous iriez les voir et diriez, Monsieur, votre fils a tué une femme à Otniel donc vous et vos enfants partez demain matin en camion, nous vous donnerons votre ticket d’entrée pour Gaza, a-t-il déclaré. Je vous le dis, c’est assez de le faire une fois – cela suffira. Cela ne prendra pas plus qu’une fois. Le terrorisme s’arrêtera. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et même le chef du propre parti de Ben Dahan, le ministre de l’Education Naftali Bennett, n’ont pour l’instant pas appelé à l’expulsion des familles des terroristes à Gaza ; ils pensent apparemment que c’est impossible à cause de la pression internationale ou de contraintes légales, a présumé Ben Dahan.

Il a également reconnu que sa collègue de HaBayit HaYehudi, la ministre de la Justice Ayelet Shaked, pense qu’il n’y a aucune chance pour que l’institution judiciaire accepte une telle proposition. « Et donc ce n’est pas proposé. Je fais confiance à Ayelet quand elle dit que c’est [la position du parti]. Je pense que nous devrions changer [cette position]. »

Les critiques potentielles de la communauté internationale sont une inquiétude légitime, a reconnu le vice-ministre, mais il a maintenu que le bénéfice attendu le justifierait. « Si nous le faisons une fois et que cela empêche la prochaine attaque terroriste, alors je penserais que ça en vaut la peine. »

Ecartant les critiques attendues sur son projet, Ben Dahan a accusé la communauté internationale, y compris les Etats-Unis, « d’hypocrisie » et de « double standard ».

« Si les Américains le veulent, ils arrivent [en terrain ennemi] de manière massive, tuent des civils, ils ne s’inquiètent de rien », a-t-il déclaré, mentionnant des cas dans lesquels les soldats américains ont accidentellement tué des dizaines de civils.

Eli Ben Dahan avec les supporters du parti HaBayit HaYehudi au quartier général du parti après l'annonce des résultats des élections israéliennes pour la vingtième Knesset, le 17 mars 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Eli Ben Dahan avec les supporters du parti HaBayit HaYehudi au quartier général du parti après l’annonce des résultats des élections israéliennes pour la vingtième Knesset, le 17 mars 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Ben Dahan, comme d’autres membres de son parti HaBayit HaYehudi, rejette la mise en place d’un état palestinien et appelle à annexer la Cisjordanie à Israël.

Mais alors que dans le projet de Bennett, chef du parti, Israël n’annexe que la zone C, qui représente environ 60 % du territoire de la Cisjordanie, Ben Dahan défend l’idée d’appliquer la souveraineté israélienne à tout le territoire.

« Je pense qu’une partie de notre problème est que les Palestiniens là-bas ne sont pas certains que nous voulons y rester », a-t-il déclaré. Bientôt les Palestiniens de Cisjordanie auront vécu sous contrôle israélien depuis 50 ans, et désirent toujours l’indépendance, ce qui « signifie qu’ils pensent que peut-être ce n’est pas clair, peut-être que nous [les juifs] seront là [pour toujours, ou] peut-être pas. »

Les Arabes ont cessé d’appeler Israël à rendre le plateau du Golan à la Syrie peu après l’annexion d’Israël, a ajouté Ben Dahan, qui est né au Maroc et est arrivé enfant en Israël.

« Plus personne n’en parle à présent. Si seulement nous disions aujourd’hui clairement que nous voulons rester en Judée et en Samarie [Cisjordanie] pour toujours, c’est à nous, les Arabes comprendraient, [et se demanderaient] si c’est la réalité, que faisons-nous ? Sois nous nous en accommodons, ou nous allons ailleurs, ou nous nous battons. Mais les choses seraient différentes. Dès que vous savez précisément ce que veut l’autre côté, les rêves commencent à s’évanouir. »

La grande majorité des israéliens ne croit plus à une solution à deux états – même le chef de l’opposition et dirigeant de l’Union sioniste Isaac Herzog a admis que cela n’était pas possible actuellement, a déclaré Ben Dahan.

Le dirigeant de l'Union sioniste, le député Isaac Herzog au congrès de la faction à Tel-Aviv, le 8 novembre 2015 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)
Le dirigeant de l’Union sioniste, le député Isaac Herzog au congrès de la faction à Tel-Aviv, le 8 novembre 2015 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Herzog « comprend très bien que son rêve ne se réalisera certainement pas dans les prochaines années. » Alors qu’il est dur d’abandonner publiquement la solution à deux états, à laquelle il s’est accroché pendant si longtemps, il n’y croit plus vraiment, a indiqué Ben Dahan. « C’est un rêve auquel plus personne ne rêve. »

Si Israël devait annexer toute la Cisjordanie, les Palestiniens y vivant devraient être encouragés à émigrer, a-t-il déclaré. « Je pense que le gouvernement devrait aider les Palestiniens [à partir], leur offrir 50 000 dollars pour qu’ils s’en aillent. »

Quiconque voudra rester devra demander la citoyenneté israélienne – mais seulement après 10 ans et s’il passe un sorte de test de loyauté, a déclaré Ben Dahan. Tous les pays occidentaux aujourd’hui demandent de tels tests avant d’autoriser des étrangers à obtenir la citoyenneté, a-t-il affirmé.

« Je dis que nous n’avons pas à faire mieux que les Américains », a-t-il déclaré.

Dix ans après l’annexion d’Israël, le pays évaluerait la conduite de chaque candidat et déciderait si il ou elle est éligible à la citoyenneté israélienne, selon la proposition du vice-ministre.

« Voyons voir comment vous agissez. Voyons voir s’il y a des terroristes dans votre famille ou pas. Voyons voir quelle est votre attitude envers l’Etat, si vous comprenez que c’est le pays des juifs ou pas. Nous vous testerons après 10 ans et verrons. Si oui, vous obtiendrez la citoyenneté israélienne. Pourquoi pas ? »

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