L’Égypte ? Israël ? Un accident ? Le mystère règne autour de l’explosion d’un tunnel à Gaza
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L’Égypte ? Israël ? Un accident ? Le mystère règne autour de l’explosion d’un tunnel à Gaza

L’explosion qui a tué 2 personnes a eu lieu quelques heures après une attaque de l’EI contre Israël, mais aussi dans le contexte d’une répression de l’Égypte sur ces tunnels. Il pourrait s'agir d’une défaillance de l’armement qui y est entreposé

Des colonnes du fumée après l'explosion d'un tunnel de contrebande creusé en dessous de la frontière israélo-égyptienne au sud de la bande de Gaza, le 31 août 2013. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des colonnes du fumée après l'explosion d'un tunnel de contrebande creusé en dessous de la frontière israélo-égyptienne au sud de la bande de Gaza, le 31 août 2013. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Le groupe Al-Jazeera a cité des responsables israéliens de la Défense jeudi et a déclaré que l’armée égyptienne était responsable de l’explosion qui a eu lieu près de la frontière entre la bande de Gaza et l’Égypte.

Après l’explosion, le Hamas, qui gouverne dans la bande de Gaza, a accusé Israël d’avoir effectué une frappe aérienne côté égyptien, tuant deux Palestiniens.

Deux Palestiniens ont été tués et cinq blessés dans la nuit de mercredi à jeudi près de la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza, a indiqué le ministère de la Santé du territoire palestinien gouverné par le Hamas terroriste. Le porte-parole du ministère, Achraf al-Qoudra a identifié les victimes. Il s’agit d’Hossam al-Soufi, 24 ans, et Mohammed al-Aqra, 38 ans.

Une source au sein des services de sécurité palestinien a déclaré à Ynet que des armes de contrebande se trouvaient dans le tunnel, à l’est de la frontière de Rafah au moment où les deux hommes ont été tués. Il a ajouté que l’incident s’est produit dans une zone du Sinaï où le groupe État islamique contrôle les tunnels de contrebande et entrepose son arsenal.

Cette source a également indiqué qu’il est possible que les victimes aient été tuées par une explosion à l’intérieur des tunnels de contrebande plutôt que par une frappe militaire.

Voilà qui soulève une troisième éventualité, qui aurait pu causer la destruction des tunnels, une défaillance d’armement plutôt qu’une attaque extérieure.

Pour compliquer davantage les choses, les faits sont survenus quelques heures après le tir de plusieurs roquettes mercredi soir tirées à partir du Sinaï, en Egypte, vers la station balnéaire israélienne d’Eilat, sur la mer Rouge.

Après 12 heures d’incertitudes quant à la provenance de ces roquettes, l’État islamique dans le Sinaï a revendiqué l’attaque dans un communiqué.

« Une section militaire a tiré plusieurs roquettes hier sur les communautés des usurpateurs juifs de la ville d’Eilat », a écrit la branche égyptienne de l’EI dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux.

La détonation dans les tunnels de contrebande a eu lieu quelques heures à peine après l’attaque visant Eilat, mais également au cœur d’une opération militaire égyptienne qui cible ce type d’infrastructures souterraines, ce qui semble indiquer que les tirs de roquettes et l’explosion du tunnels soient deux évènements distincts.

À 15 heures, mercredi, soit 8 heures après les tirs de roquette sur Eilat, l’armée égyptienne a annoncé qu’entre le 17 janvier et le 4 février, elle avait détruit 6 tunnels de contrebande qui relient la péninsule du Sinaï à Gaza.

En 2016, l’armée égyptienne a également signalé qu’elle avait déjà détruit 12 tunnels entre Gaza et le Sinaï dans le cadre de la répression contre le marché souterrain.

Les tunnels de ce genre, gérés par le Hamas du côté de Gaza, et par l’État islamique du côté du Sinaï, sont utilisés à des fins militaires (transfert de matériel et de combattants), commerciales (acheminement de biens dans l’enclave côtière sous embargo).

Les forces égyptiennes se battent contre l’insurrection islamique dans le nord du Sinaï, depuis que l’armée a destitué en juillet 2013 le président islamiste Mohamed Morsi.

En dépit de la pression exercée par l’Égypte, le Hamas a refusé de réprimer la contrebande de l’État islamique dans les tunnels. Au lieu de cela, le groupe terroriste palestinien a transformé cette activité en source de revenus.

Le groupe de la Province du Sinaï de l’État islamique a été fondée en 2011, pour attaquer Israël en tirant des roquettes sur la frontière de 240 kilomètres, ou pour saboter les conduits de gaz entre l’Égypte et Israël.

Mais la plupart des affrontements opposaient l’État islamique au gouvernement égyptien, les incidents à la frontière israélo-égyptienne étant rares.

Depuis le renversement par l’armée en 2013 du président islamiste élu Mohamed Morsi et la répression qui s’en est suivie contre ses partisans, des groupes extrémistes, dont la branche égyptienne de l’État islamique, ont mené de nombreuses attaques contre les policiers et les soldats égyptiens, principalement dans la péninsule du Sinaï.

Les membres des forces de sécurité du Hamas patrouillant le long de la frontière entre la bande de Gaza et l'Egypte le 14 avril 2016 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)
Les membres des forces de sécurité du Hamas patrouillant le long de la frontière entre la bande de Gaza et l’Egypte le 14 avril 2016 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Le 18 août 2011, un commando venu du Sinaï avait tué huit Israéliens dans une triple embuscade au nord d’Eilat. Les forces israéliennes lancées à sa poursuite avaient tué sept assaillants et cinq policiers égyptiens dans des échanges de tirs. L’incident avait déclenché une crise diplomatique entre les deux pays.

Le 9 août 2013, quatre islamistes qui s’apprêtaient à tirer une roquette sur Israël avaient été tués par une frappe aérienne de l’armée égyptienne, selon les forces de sécurité égyptienne.

En 2015, des roquettes avaient été tirées depuis le Sinaï et atterri dans le sud d’Israël. Aucune victime n’avait été à déplorer mais le groupe de la Province du Sinaï avait revendiqué ce geste.

Avi Issacharoff et l’AFP ont contribué à cet article.

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