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L’enquête du FBI sur la mort de Shireen Abu Akleh est « une grave erreur », dit Gantz

Cette initiative est une volte-face des USA qui avaient dit qu'ils n'enquêteraient pas sur la mort de la journaliste américano-palestinienne ; La famille salue la démarche

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Shireen Abu Akleh, journaliste pour le réseau Al Jazeera, se tient près d'une caméra de télévision avec la vieille ville de Jérusalem en arrière-plan. (Crédit: Al Jazeera Media Network via AP)
Shireen Abu Akleh, journaliste pour le réseau Al Jazeera, se tient près d'une caméra de télévision avec la vieille ville de Jérusalem en arrière-plan. (Crédit: Al Jazeera Media Network via AP)

Le FBI (Federal Bureau of Investigation) va lancer une enquête sur la mort de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh, qui aurait apparemment été tuée par un soldat israélien, ont fait savoir des responsables américains dans la journée de lundi.

Israël a immédiatement exclu toute perspective de coopération dans le cadre de ces investigations.

Les officiels américains auraient fait part de leur décision à leurs homologues israéliens au début du mois, a confié un responsable proche du dossier au Times of Israel, lundi, confirmant une information transmise par la Quatorzième chaîne.

Abu Akleh, 51 ans, qui portait un gilet avec l’écusson « Presse » et un casque, avait été tuée le 11 mai pendant des affrontements opposant les soldats israéliens à des Palestiniens armés, des heurts qui avaient éclaté après un raid militaire dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, dans un contexte d’offensive antiterroriste plus large.

Une enquête de l’armée a établi qu’elle avait été touchée par une balle probablement tirée par un soldat israélien, par erreur. L’Autorité palestinienne, de son côté, a prétendu qu’elle avait sciemment été prise pour cible.

La décision prise par les États-Unis représente une volte-face après que l’administration Biden a répété, pendant des mois, qu’elle n’ouvrirait pas sa propre enquête, préférant s’appuyer sur les investigations réalisées par les autorités israéliennes et palestiniennes.

La famille d’Abu Akleh et les membres Démocrates du congrès – avec parmi eux des députés relativement modérés, qui sont connus pour leur fort soutien apporté à la relation bilatérale américano-israélienne, comme les sénateurs Robert Menendez et Corey Booker – ont exercé des pressions en faveur d’une enquête américaine.

Le ministre de la Défense Benny Gantz a écrit sur Twitter que la décision prise par les États-Unis d’enquêter sur la mort « malheureuse » de la journaliste était « une grave erreur ». Il a noté que l’armée avait fait ses propres investigations, dont les conclusions avaient été transmises à l’administration Biden.

Une bannière montrant la journaliste d’Al Jazeera tuée par balle Shireen Abu Akleh accrochée à un bâtiment surplombant l’église de la Nativité à Bethléem, en Cisjordanie, le 14 juillet 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« J’ai clairement dit aux représentants américains que nous nous tenions aux côtés des soldats de Tsahal, que nous ne coopérerons à aucune enquête extérieure et que nous ne permettrons aucune intervention étrangère dans les affaires intérieures d’Israël », a écrit Gantz sur Twitter.

Le ministre de la Défense avait exprimé des propos similaires au mois de septembre quand le porte-parole adjoint du département d’État avait indiqué que les États-Unis poussaient l’État juif à réexaminer ses protocoles d’engagement – les règles qui entourent la capacité des militaires à tirer à balle réelle – dans le sillage de la mort d’Abu Akleh.

Le Premier ministre Yair Lapid s’était également insurgé à ce moment-là, dénonçant une tentative visant à « dicter » à Israël ses politiques. Les États-Unis avaient semblé revenir sur leurs paroles à la fin de la même semaine, le porte-parole du département d’État, Ned Price, affirmant que ce n’était ni à Washington « ni à un autre pays ou entité de dire précisément ce que Tsahal ou toute autre organisation militaire ou sécuritaire dans le monde ce qu’elles sont en droit de faire ».

Le ministère des Affaires étrangères a décliné une demande de commentaire lundi, comme cela a été le cas du département d’État américain. Un porte-parole de Lapid a aussi refusé de s’exprimer.

La famille d’Abu Akleh et des responsables du ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne n’avaient pas répondu à notre demande de commentaire au moment de la rédaction de cet article.

Cette annonce est faite alors qu’un nouveau gouvernement dirigé par l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses alliés d’extrême-droite devrait bientôt arriver au pouvoir au sein de l’État juif – ce qui pourrait renforcer les frictions entre Jérusalem et Washington. Netanyahu n’a fait aucun commentaire de son côté.

Si de telles investigations restent relativement rares, une enquête du FBI sur la mort d’un citoyen américain à l’étranger n’est pas sans précédent.

Il n’est pas inhabituel que le FBI ou d’autres enquêteurs américains lancent des investigations sur les décès non-naturels des citoyens américains, en particulier s’ils étaient employés par le gouvernement. Une enquête peut aussi être ouverte s’ils ont été blessés alors qu’ils ne se trouvaient pas dans le pays.

Toutefois, de telles investigations ne sont pas la norme et il est rare – voire sans précédent – qu’elles soient lancées dans un pays allié des États-Unis comme l’est Israël – un pays qui, selon Washington, est doté d’un système judiciaire crédible et indépendant.

Un porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche a déclaré que « nos pensées vont à la famille d’Abu Akleh, qui pleure sa perte immense. Non seulement Shireen était une citoyenne américaine, mais elle était aussi une journaliste qui ne connaissait pas la peur et dont le travail et la poursuite de la vérité lui auront permis de gagner le respect des téléspectateurs dans le monde entier ».

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