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L’envoyée US fustige le parti-pris anti-Israël du Conseil de sécurité de l’ONU

Linda Thomas-Greenfield a condamné le Hamas pour la détention de civils israéliens et du corps de deux soldats et dénoncé avec vigueur les violences des habitants d'implantation

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice américaine aux Nations unies, lors d'une prise de parole à Ankara, en Turquie, le 4 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Burhan Ozbilici)
Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice américaine aux Nations unies, lors d'une prise de parole à Ankara, en Turquie, le 4 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Burhan Ozbilici)

L’ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, a utilisé la session mensuelle organisée par le Conseil de sécurité sur la question du Moyen-Orient, mardi, pour critiquer la focalisation disproportionnée de l’instance sur le conflit israélo-palestinien. Elle a également condamné les violences récentes commises par des habitants d’implantation à l’encontre de Palestiniens, exhortant Israël à lancer des enquêtes.

« Ce conseil passe énormément de temps sur le conflit israélo-palestinien – ce qui est à la fois compréhensible et conforme à l’agenda. Mais beaucoup trop souvent, le fond même de ces discussions se concentre presque entièrement sur les critiques et les contre-attaques d’Israël », a-t-elle déclaré dans son allocution.

« J’espère sincèrement qu’à l’avenir, les membres du conseil feront de leur mieux pour adopter une approche plus équilibrée. Il y a également d’autres pays et d’autres situations dans la région qui méritent que le Conseil de sécurité y prête attention et qui ne doivent pas être négligés », a-t-elle ajouté.

Ce positionnement est adopté depuis longtemps par les administrations américaines successives, mais il s’était affirmé d’une manière particulièrement nette sous le mandat de l’ex-président Donald Trump, quand son ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, avait utilisé cette plateforme pour interpeller régulièrement les membres du Conseil, les accusant de partialité anti-israélienne.

Thomas-Greenfield a aussi utilisé son temps de parole pour répéter les points de discussion chers à l’administration Biden concernant le conflit.

Elle a noté que « les acteurs humanitaires doivent pouvoir bénéficier d’un accès régulier, anticipé et durable à Gaza », critiquant apparemment l’État juif qui contrôle la plus grande partie des postes-frontières permettant de pénétrer dans l’enclave côtière placée sous blocus sécuritaire.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à droite) rencontre l’ambassadrice américaine à l’ONU Linda Thomas-Greenfield à New York, le 27 septembre 2021. (Avi Ohayon/GPO)

Elle a vivement recommandé aux pays étrangers de suivre l’exemple de l’administration Biden qui a donné 318 millions de dollars, cette année, à l’agence controversée des réfugiés palestiniens de l’ONU, l’UNRWA. Elle a toutefois appelé l’organisation à « prendre les mesures nécessaires pour garantir sa durabilité financière » dans un contexte d’accusations de corruption et de partialité anti-israélienne lancées à l’encontre de l’agence.

Évoquant le groupe terroriste palestinien du Hamas, à la tête de Gaza, Thomas-Greenfield a appelé le groupe au pouvoir à Gaza à mettre un terme à « sa détention cruelle de deux civils israéliens », Hisham al-Sayed et Avera Mengistu, et à restituer les dépouilles de deux soldats morts au combat dans la bande, Hadar Goldin et Oron Shaul.

Elle a exprimé aussi sa profonde préoccupation après des violences récentes commises par des habitants d’implantations à l’encontre de Palestiniens et de leurs biens, appelant le gouvernement israélien à enquêter sur ces attaques « et notamment sur la réponse apportée par les forces de sécurité israéliennes » qui ont souvent été filmées en train d’ignorer ces agressions.

Les ambassadeurs israélien et palestinien se lancent des piques

Les représentants non-membres des missions israélienne et palestinienne aux Nations unies se sont, eux aussi, exprimés pendant cette session du Conseil de sécurité.

L’envoyé israélien à l’ONU, Gilad Erdan, a vivement critiqué l’Autorité palestinienne pour l’argent versé aux prisonniers de sécurité incarcérés en Israël pendant son discours prononcé lors de cette séance mensuelle consacrée au Moyen-Orient.

S’adressant à l’ambassadeur palestinien Riyad Mansour, Erdan a dit : « Monsieur l’ambassadeur, n’avez-vous pas honte de vous présenter ici, devant le Conseil de sécurité, alors que votre gouvernement verse des centaines de millions de dollars à des terroristes ? »

Si l’AP affirme que ces paiements équivalent aux allocations versées aux détenus par les systèmes d’aide sociale, dans tous les pays, Ramallah a fait savoir que des négociations étaient en cours avec l’administration Biden (hostile à ces versements) pour réexaminer cette politique.

Erdan a accusé Mansour d’hypocrisie pour ses paroles prononcées sur les droits de l’Homme devant le Conseil « alors que vos forces de police s’en prennent à des activistes de la société civile jusqu’à ce que mort s’en suive, comme cela a été le cas de Nizar Banat. »

« Comment pouvez-vous affirmer représenter les Palestiniens quand 80 % des Palestiniens n’en peuvent plus du président Abbas ? », a continué Erdan, en référence à des sondages récents qui montrent que la grande majorité des Palestiniens voudrait que le président de l’AP présente sa démission. Abbas avait été nommé pour une période de cinq ans.

L’ambassadeur israélien aux Nations unies, Gilad Erdan, à gauche, s’exprime devant le Conseil de sécurité, alors que l’envoyé palestinien Riyad Mansour se tient à sa droite et l’ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield est à sa gauche, le 19 pctpbre 2021. (Capture d’écran/United Nations TV)

Erdan n’a pas épargné non plus le Conseil de sécurité qui crée « une réalité mensongère dans laquelle toute accusation lancée par les Palestiniens à l’encontre à Jérusalem est la question la plus urgente figurant à l’ordre du jour, alors que le terrorisme et la destruction semés par l’Iran et ses groupes mandataires dans toute la région sont un élément presque secondaire ».

Mansour, pour sa part, a dit que l’opposition d’Israël à la solution à deux États ne devait pas finir par déterminer l’action – ou le manque d’action – de la communauté internationale en faveur d’une telle issue du conflit. Il a remarqué que les précédents chefs de gouvernement israéliens qui s’étaient opposés à l’établissement d’un État palestinien avaient été néanmoins placés dans l’obligation de prendre part à des négociations de paix.

« Il y a trente ans, quand la conférence pour la paix de Madrid a été organisée, elle n’a pas exprimé la volonté des parties mais elle a reflété une volonté forte de la communauté internationale qui n’a pas laissé aux parties d’autres choix que d’y participer », a continué Mansour. « La conférence n’a pas été une réussite en elle-même mais elle a entraîné une dynamique qui a permis aux initiative de paix d’atteindre une nouvelle dimension et d’obtenir des avancées. »

Dans ses propos prononcés devant le Conseil de sécurité, Mansour a ajouté que « si on avait évalué les chances de réussite lorsque c’était [Yitzhak] Shamir qui était Premier ministre, on aurait pu croire que les efforts seraient vains dès le départ, et inutiles par conséquent. Les déclarations et les positionnements politiques des différents Premiers ministres israéliens ne peuvent en aucun cas être un facteur décisif pour déterminer si des efforts de paix ont une chance d’aboutir ».

Le Premier ministre actuel, Naftali Bennett, s’oppose à une solution à deux États et il a clairement indiqué qu’il ne rencontrerait pas le président de l’AP Mahmoud Abbas – sans même parler de négocier avec lui. Il est néanmoins à la tête d’un gouvernement d’unité dont le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, partisan de la solution à deux États, prendra la barre au mois de novembre 2023.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, rencontre les ministres du Meretz Nitzan Horowitz, au centre gauche, et Isawi Frej, au centre droit, le 3 octobre 2021. (Crédit : Meretz)

« D’une crise à une autre »

S’exprimant devant le Conseil au début de la session, l’envoyé spécial pour le Moyen-Orient des Nations unies Tor Wennesland a averti qu’en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza, « la stagnation politique attise les tensions, l’instabilité et un sentiment d’impuissance qui ne cesse de s’approfondir ».

Il a ajouté : « On ne peut plus se contenter d’avancer en vacillant d’une crise à une autre. Notre approche face à la situation actuelle ne peut plus être fragmentaire – incident par incident, sur une base quotidienne de problèmes à régler à court-terme ».

Comme il le fait chaque mois, Wennesland a condamné les implantations, les expulsions, les démolitions et les saisies de biens palestiniens par Israël.

L’envoyé des Nations unies a aussi réclamé « un plus grand nombre d’initiatives parallèles de la part du gouvernement d’Israël, de l’AP et de la communauté internationale » de manière à relever « les défis politiques, sécuritaires et économiques déterminants qui empêchent le progrès ».

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