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Leopoldstadt, la dernière pièce de Tom Stoppard, est un choc de 140 minutes

Le spectacle, qui se joue actuellement à New York, retrace l'histoire d'une famille juive à travers l'essor puis la décimation de la communauté juive autrichienne au XXe siècle

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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
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Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)
    
Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard "Leopoldstadt", en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)

NEW YORK – « Qu’avez-vous pensé de ‘Leopoldstadt’ ? », ai-je demandé à tous ceux que je connais qui ont vu la nouvelle pièce de Tom Stoppard. Personne ne dit jamais qu’il a apprécié. « C’est énorme », disent-ils, ou « c’est lourd », ou encore, « c’est quelque chose » à l’instar de deux jeunes hommes qui montaient dans le train en serrant leur livret après avoir vu la pièce.

C’est vraiment quelque chose. La pièce qui dure 140 minutes, sans entracte, avec près de 40 personnages différents, s’étend de 1899 à 1955 et se concentre sur une famille élargie de Juifs viennois. Mais, comme vous pouvez l’imaginer, cette grande famille se réduit considérablement à mesure que le temps passe.

Après y avoir réfléchi pendant quelques jours, mon opinion est passée de la simple stupéfaction à un respect inhabituel. C’est une nouvelle pièce, mais qui ressemble à un classique bien établi. Sa portée, ses personnages et son esprit ont une confiance en soi qui dit : « Je devrais être étudiée, et je le serai ».

C’est surtout un compliment, mais cela implique un peu de travail. Même avec l’arbre généalogique projeté sur un écran entre les scènes, j’ai rapidement renoncé à essayer de déterminer qui était qui ; heureusement que les membres plus âgés de la famille ne cessent de se renvoyer la réplique. Je ne veux pas exagérer en disant que cette pièce cohabitera avec Tchekhov au siècle prochain, mais je dirai que les amateurs de théâtre qui lèvent les yeux au ciel devant des œuvres contemporaines souvent obsédées par le processus de narration, au lieu de raconter une bonne histoire, seront heureux d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent.

L’action de Leopoldstadt ne se déroule pas à Leopoldstadt. La pièce se déroule dans une partie non nommée de Vienne, une partie plus huppée, où une nouvelle classe de Juifs assimilés (ou en voie d’assimilation, pour être plus précis) commence à s’enraciner. Leopoldstadt était, historiquement, la partie de Vienne avec la plus grande concentration de Juifs, et a maintenu un caractère juif jusqu’à la Nuit de Cristal. En intitulant sa nouvelle pièce Leopoldstadt, Stoppard, qui est aujourd’hui  âgé de 85 ans, reprend une vieille expression : « on peut sortir le Juif de Leopoldstadt, mais on ne peut sortir Leopoldstadt du Juif ».

Ou, pour aller plus loin, comme le font l’histoire en général, et l’histoire européenne du XXe siècle en particulier, un Juif peut se convertir au catholicisme et avoir des petits-enfants aux trois quarts goy (non-juif), mais ils finiront quand même dans un train pour les camps de la mort. Cela semble un peu sinistre, mais le spectacle, qui est actuellement à l’affiche au Longacre Theater de New York, après avoir été récompensé par un Olivier dans le West End de Londres, n’est pas à proprement parler une partie de plaisir. Il y a bien des répliques ici et là – ce sont surtout des Juifs qui parlent – mais à part quelques pitreries avec un mohel, on ne peut pas parler de « comédie ».

Certains pensent que ce sera la dernière œuvre du quadruple lauréat des Tony et une fois lauréat des Oscars. Mais quoiqu’il en soit, il s’agit bien d’une véritable synthèse. Ses deux œuvres les plus connues, Rosencrantz et Guildenstern sont morts et Travesties, traitent de l’incapacité d’échapper à un destin annoncé et de l’attrait du badinage intellectuel mitteleuropéen. Leopoldstadt possède les deux, agrémenté d’un soupçon de l’histoire familiale de Stoppard.

Le dramaturge britannique Tom Stoppard. (Crédit : AP Photo/Sang Tan/Dossier)

Alors que la plupart des particularités de la famille fictive Merz sont très différentes de celles de Stoppard, il ne prend même pas la peine de se montrer timide dans les interviews. « Bien sûr que c’est autobiographique sans vraiment être une pièce autobiographique », a-t-il déclaré au New York Times. Dans les dernières scènes, un jeune Anglais, Lenny Chamberlain, se remémorant des souvenirs enfouis, finit par accepter qu’il a été à un moment donné Leopold Rosenbaum, un garçon terrorisé par les nazis. Cette histoire reflète l’histoire vraie du jeune tchèque Tomáš Sträussler, dont la mère veuve a épousé un Britannique et a fait changer son nom en Tom Stoppard.

En grandissant, Stoppard avait vaguement conscience de ses racines juives, que sa mère avait tenté de minimiser. Les rares fois où il en a parlé avec elle, elle lui a simplement dit que le fait d’avoir ne serait-ce qu’un grand-parent juif était suffisant pour le Troisième Reich. Vivant dans un milieu entièrement anglais, il n’a appris que dans les années 1990 que ses quatre grands-parents étaient Juifs et qu’ils étaient tous morts dans des camps de concentration.

Leopoldstadt est donc un double « Et si ? ». Stoppard imagine ce qu’aurait pu être la vie quotidienne de ses aïeux, et aussi ce qu’il serait advenu s’ils avaient été de simples bourgeois viennois. Vienne, sans doute le centre de l’Universau commencement de la pièce, en 1899, est un cadre confortable pour Stoppard. Ses personnages parlent avec humour de Marx, de Freud, de Klimt, de Herzl, de Haydn et de l’hypothèse de Reimann, une théorie mathématique que je n’arrive pas à comprendre, mais dont je reconnais la pertinence.

Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard « Leopoldstadt », en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)

Le premier acte de la pièce se déroule dans ce tourbillon de développement intellectuel, où un marchand optimiste est convaincu que l’Autriche, pays des Lumières, abandonnera bientôt l’antisémitisme et permettra aux Juifs de s’intégrer pleinement à la société. Il a épousé une catholique, qui, curieusement, est le personnage le plus captivé par le seder de Pessah et qui en vient à apprécier les autres traditions religieuses. Son formidable monologue sur ce que les Juifs offrent à la société est contré par un professeur de mathématiques plus pessimiste qui présente l’antisémitisme comme une maladie congénitale incurable de la société et qui part du postulat que, contrairement à d’autres groupes, un Juif ne peut jamais être totalement assimilé. « Je n’observe pas les coutumes juives, sauf en tant que souvenir des liens familiaux », explique-t-il. « Mais pour un goy, je suis un Juif. »

Quand je dis que cette pièce sera étudiée, je parle spécifiquement de dialogues comme celui-ci.

L’histoire saute à l’entre-deux-guerres, puis à la période entourant la Nuit de Cristal, avec une famille abasourdie par sa nouvelle position sociale et dont beaucoup sont dans le déni, et enfin, un épilogue 10 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. La conclusion est une litanie sinistre dans laquelle les personnages des scènes précédentes surgissent tandis qu’un survivant décrit l’endroit où il a été tué. On entend « Auschwitz » si souvent que sa répétition en devient insupportable.

Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard « Leopoldstadt », en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)

Ce qui nous ramène à la question initiale. « Qu’avez-vous pensé de ‘Leopoldstadt’ ? »

Mes pensées se tournent vers le nombre croissant de critiques afro-américains qui ont récemment écrit qu’ils souhaitaient un peu de répit dans les divertissements qui s’attardent sur la « souffrance noire« . En tant que journaliste culturel pour le Times of Israel, je comprends très bien cette position. Je ne sais pas combien de pièces de théâtre, de spectacles ou de films sur la Shoah j’ai dans la tête.

Il y a une volonté compréhensible d’enregistrer le plus grand nombre possible de témoignages de survivants de la Shoah, et, à ce titre, il y a plus de documentaires sur le sujet que jamais. Je pense que la raison pour laquelle les Juifs continueront à créer (et à acheter des billets) des histoires sur la Shoah est en partie due au fait qu’un grand nombre de personnes dans la société ne savent rien sur le sujet (et que certains, qui le savent, le nient). Nous devons faire un effort ; se rendre au théâtre semble être le moins que nous puissions faire.

Une scène de la production de Broadway de la pièce de Tom Stoppard « Leopoldstadt », en octobre 2022. (Crédit : Joan Marcus)

Mais Leopoldstadt, une pièce érudite qui coûte une petite fortune à voir à Broadway, n’est pas susceptible d’apprendre à son public quelque chose qu’il ne savait pas déjà. Là où elle réussit le mieux, curieusement, c’est lorsque l’action transcende les spécificités du lieu. Un déni reste un déni, qu’il s’agisse de dire que l’Autriche ne trahirait jamais ses propres citoyens ou que l’on parle d’une carie dentaire.

La pièce de Stoppard ne traite pas seulement de l’histoire, mais aussi de la condition humaine. Je crois qu’il souhaite nous dire que nous venons tous d’une Leopoldstadt – ou que nous nous y rendrons un jour.

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