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L’épouse de Khashoggi veut poursuivre NSO pour le piratage de son téléphone

Hanan Elatr va intenter des poursuites contre tous les responsables présumés, dont l'Arabie saoudite et les UAE, qui auraient installé le logiciel espion Pegasus sur son téléphone

Des personnes tiennent des affiches du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, à l'occasion du deuxième anniversaire de sa mort, près du consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre 2020. (Crédit : Emrah Gurel/AP)
Des personnes tiennent des affiches du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, à l'occasion du deuxième anniversaire de sa mort, près du consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre 2020. (Crédit : Emrah Gurel/AP)

L’épouse du journaliste saoudien Jamal Khashoggi a l’intention d’intenter un procès aux États-Unis contre NSO Group, alléguant que le logiciel espion Pegasus de la société israélienne a été utilisé pour pirater son téléphone portable.

Hanan Elatr, qui a épousé Khashoggi quelques mois avant qu’il ne soit tué et son corps démembré au consulat saoudien d’Istanbul, a également l’intention de poursuivre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis qui auraient installé le logiciel sur son portable, selon le quotidien The Guardian jeudi.

« Il est important de rendre responsables toutes les personnes impliquées dans ce crime horrible. Mon mari était un homme pacifique. Je crois en la justice américaine », a déclaré Elatr, qui vit aux États-Unis où elle a demandé l’asile politique.

Pour l’aider dans sa démarche, Elatr espère obtenir plusieurs appareils électroniques ayant appartenu à Khashoggi et qui sont actuellement retenus par les autorités turques. Son avocat a tenté d’obtenir ces appareils auprès de l’ambassade de Turquie à Washington l’année dernière, mais on lui a répondu qu’elle devait intenter une action en justice en Turquie.

Agnès Callamard, directrice d’Amnesty International, qui a dirigé l’enquête des Nations unies sur le meurtre de Khashoggi, a exprimé son soutien aux démarches entamées par Elatr.

« Le gouvernement turc a clairement indiqué qu’il n’avait pas l’intention de poursuivre ni l’enquête ni le procès », a indiqué Callamard dans un communiqué, en référence à la décision prise par un tribunal turc en avril de suspendre le procès des 26 suspects et de renvoyer l’affaire en Arabie saoudite.

« Celle-ci devrait donc remettre tous les éléments de preuve encore entre ses mains à ceux qui sont réellement et authentiquement déterminés à révéler la vérité sur le meurtre de Jamal », a-t-elle ajouté.

« Établir si ses téléphones ont été piratés, s’il était sous surveillance numérique, identifier les logiciels espions – ce sont tous des éléments cruciaux à la fois pour faire éclater la vérité et pour comprendre et prévenir le ciblage des dissidents.  »

La rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnes Callamard, répond aux questions sur un rapport concernant le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi le 19 juin 2019, à Genève. (Crédit : Fabrice Coffrini / AFP)

Agnès Callamard a également indiqué que les responsables turcs avaient rejeté ses requêtes précédentes pour que les appareils électroniques de Khashoggi soient examinés par d’autres cyber-experts, notamment par le FBI.

NSO a affirmé que son logiciel espion n’a jamais été utilisé pour attaquer les téléphones de Khashoggi ou d’Elatr avant le meurtre de l’éminent critique saoudien.

Selon une publication du Washington Post de l’année dernière, le logiciel espion aurait été placé sur le téléphone d’Elatr alors qu’elle était interrogée par des agents de sécurité à l’aéroport de Dubaï quelques mois avant le meurtre de Khashoggi. Le groupe de recherche Citizen Lab a déclaré que les activités d’espionnage avaient été menées par un client des Émirats arabes unis, tandis que le journal américain a affirmé qu’il s’agissait d’une agence gouvernementale des Émirats arabes unis.

Elatr, qui est Égyptienne, et Khashoggi se sont mariés lors d’une cérémonie religieuse musulmane en 2018, certifiée ultérieurement par un religieux basé en Virginie. D’après le Washington Post, où Khashoggi était chroniqueur au moment de son assassinat, elle était la quatrième épouse du journaliste saoudien, qui a divorcé de ses trois épouses précédentes.

Avant d’être tué dans le consulat d’Istanbul, Khashoggi s’y était rendu accompagné de sa fiancée turque Hatice Cengiz. Dans une chronique de 2018 pour le New York Times, Cengiz a déclaré que Khashoggi s’était rendu au consulat pour obtenir un document certifiant son divorce, mais n’a pas précisé s’il s’agissait d’Elatr.

NSO Group a fait face à un torrent de critiques internationales sur les allégations selon lesquelles il aiderait les gouvernements à espionner les dissidents et les militants des Droits de l’Homme. NSO insiste sur le fait que son produit est uniquement destiné à aider les pays à lutter contre la criminalité et le terrorisme.

La question a suscité des tensions diplomatiques avec de nombreux pays alliés d’Israël, qui ont exigé des explications après la publication de renseignements indiquant que le logiciel était utilisé dans leur pays. Le ministère américain du Commerce a inscrit NSO sur sa liste noire, restreignant les liens de la société basée à Herzliya avec les entreprises américaines en raison d’allégations selon lesquelles elle « permettait à des gouvernements étrangers de mener des activités de répression transnationale ».

NSO fait également l’objet de poursuites de la part d’Apple et de Facebook, qui accusent la société israélienne d’avoir pénétré dans leurs produits.

Illustration : Un homme tenant un téléphone avec le logo du groupe NSO. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’entreprise a également souffert suite à une décision israélienne prise à la fin de l’année dernière de renforcer sa supervision des cyber-exportations. Cette décision, prise à la suite de critiques selon lesquelles le contrôle de l’industrie de la surveillance numérique par Israël était trop laxiste, a réduit le nombre de pays pouvant acheter des cyber-logiciels israéliens de plus de 100 à 37.

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