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Les conversions auraient servi de moyen de pression contre le gouvernement

Le grand rabbin David Lau a confirmé l'accélération du rythme de conversions validées, mais a nié toute motivation politique en lien avec l’éviction de la réforme de Matan Kahana

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le grand rabbin ashkénaze d'Israël David Lau visitant le lycée Neve Shmuel à Efrat, le 17 octobre 2021. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Le grand rabbin ashkénaze d'Israël David Lau visitant le lycée Neve Shmuel à Efrat, le 17 octobre 2021. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Selon un groupe de défense des droits religieux, le grand rabbin David Lau aurait considérablement augmenté son taux d’approbation des conversions au judaïsme et ce après que les réformes proposées par le gouvernement, auxquelles il s’était opposé au début de l’année, ont échoué.

Ce changement indique que les motivations de Lau n’étaient pas fondées sur des préoccupations religieuses, comme il l’avait initialement prétendu, mais qu’elles étaient plutôt de nature politique, a déclaré la semaine dernière le rabbin Seth Farber, responsable du groupe de défense ITIM, au Times of Israel.

Le bureau de Lau a démenti l’accusation, affirmant que toute accélération  du rythme auquel le grand rabbin signait les documents de conversion était le résultat d’une meilleure logistique et non un acte politique. Selon lui, ce n’était qu’une coïncidence si les documents avaient soudainement été signés plus rapidement.

« Des gens ont souffert, économiquement et émotionnellement, parce qu’ils n’obtenaient pas ce document de validation. C’est inexcusable », a déclaré Farber. « Mais maintenant, sous prétexte qu’il n’y a plus d’opportunité politique, les documents sont de nouveau signés à un rythme ‘normal’. »

Dans le système israélien, un individu en phase de conversion au judaïsme passe par un processus religieux avec un rabbin local. Il étudie pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d’achever sa conversion en s’immergeant dans un bain rituel, ou mikveh. S’ils ne le sont pas déjà, les hommes sont également circoncis ; s’ils le sont, une petite quantité de sang est prélevée de leur pénis lors d’un rituel symbolique.

Après quoi, ils sont reconnus comme Juifs selon la loi religieuse, mais pas selon la loi israélienne. Pour cela, ils doivent faire reconnaître officiellement leur conversion par le Grand rabbinat d’Israël, par le biais d’un document de conversion signé.

Lau, grand rabbin ashkénaze, supervise actuellement les conversions, tandis que son homologue séfarade Yitzhak Yosef supervise les questions relatives à la casheroute.

Une fois signés, ces documents de conversion sont déposés auprès de l’Autorité de conversion, sous la direction du bureau du Premier ministre.

Le grand rabbin ashkénaze David Lau, à gauche, et le grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef lors d’une réunion d’urgence contre une nouvelle proposition de révision du système de conversion au judaïsme, le 3 juin 2018. (Crédit : Autorisation du porte-parole du Grand rabbinat)

Sans le document de conversion signé, un converti – bien qu’incontestablement Juif – peut se heurter à toutes sortes de problèmes bureaucratiques en Israël. Par exemple, une personne qui s’est convertie au judaïsme mais qui n’a pas encore reçu sa confirmation du rabbinat peut célébrer son mariage mais ne pourra pas l’enregistrer auprès du ministère de l’Intérieur, ce qui aura des implications fiscales.

L’année dernière, Lau avait annoncé qu’il ne signerait plus les documents de conversion – la dernière étape légale du processus – en raison de la décision du ministre des Affaires religieuse de l’époque, Matan Kahana, de nommer le rabbin Benayahu Brunner à la tête de l’autorité gouvernementale chargée de la conversion. La nomination de Brunner n’était qu’une petite étape dans le plan global de Kahana pour réformer le processus de conversion du pays, qui a longtemps été au centre de la controverse. Selon le plan de Kahana, le pouvoir d’approuver les conversions serait à nouveau accordé aux rabbins municipaux, ce qui éloignerait le pouvoir du Grand rabbinat qui a actuellement l’autorité exclusive en la matière. Cette réforme, aurait en théorie, permis une plus grande concurrence et par conséquent, de meilleurs services.

Le bureau de Lau a soutenu que son refus de signer les documents de conversion était dû au fait qu’il ne faisait pas confiance à Brunner, qui est affilié à des courants plus libéraux du monde orthodoxe, et qu’il devait donc vérifier chaque conversion une à une avant de signer. Lau n’a pas complètement cessé de signer les documents de conversion, mais il a considérablement ralenti le processus, ce qui a entraîné un retard important.

Le nombre exact de convertis qui n’ont pas encore reçu leur document de conversion signé n’est pas encore connu, car le Grand rabbinat ne publiera ces chiffres qu’à la fin de l’année. Toutefois, on pense qu’il est questions de centaines de personnes sur les quelque 2 000 convertis annuels.

En 2021, après seulement quelques mois de ralentissement, 123 étaient dans l’attente. C’est plus de cinq fois le nombre recensé en 2019 et près de neuf fois le nombre de 2017, année où seules 14 personnes n’avaient pas reçu leur document de conversion signé.

Selon Farber, dont l’organisation travaille étroitement avec les convertis et avec les bureaux gouvernementaux concernés, le grand rabbin a commencé à rattraper son retard, en signant des documents de conversion à un rythme sensiblement plus rapide, une fois que le gouvernement s’est effondré en juin et que les perspectives de réforme de la conversion de Kahana ont été enterrées avec lui.

Farber a déclaré qu’il n’avait pas encore de preuve concrète de ce changement apparent de nature politique, mais que c’était « plus qu’anecdotique ».

« Nous avons questionné l’autorité de conversion et ils ont répondu que les documents étaient en train d’être signés », a déclaré Farber, notant que les documents n’étaient toujours pas signés aussi rapidement qu’ils pourraient l’être.

Le rabbin Seth Farber, directeur de l’ITIM. (Crédit : Autorisation)

« Nous sommes satisfaits que la question commence à être résolue, mais nous espérons que l’autorité de conversion agira plus rapidement pour réparer les dommages qu’elle a causés », a-t-il ajouté.

Le bureau de Lau a confirmé qu’il signait les documents plus rapidement, mais a nié que cela était dû à un changement de politique ou le résultat de l’évincement de la réforme de conversion proposée par Kahana.

« Lorsque vous commencez à vérifier les cas un à un, le processus est évidemment plus lent mais avec le temps, il s’améliore. Il n’y a aucun lien avec la réforme, qu’elle soit passée ou non », a déclaré son porte-parole.

« Si vous considérez que nous faisons trop bien notre travail, nous pouvons y remédier », a-t-il plaisanté.

Farber s’est moqué de la réponse du bureau du grand rabbin, la qualifiant de « cynique ».

Farber a allégué que la conduite de Lau au sujet des conversions constituait une violation de l’exigence biblique « d’aimer le converti » et de l’interdiction biblique de « nuire au converti ». (Dans la tradition juive, il s’agit techniquement de deux lois distinctes.)

« La tradition juive insiste sur le respect et l’amour que nous devons porter aux convertis. L’interdiction de tourmenter le converti est une pierre angulaire de la tradition halakhique », a déclaré Farber.

« Si nous avions un grand rabbin qui violait les lois du Shabbat, il ne resterait pas grand rabbin longtemps. Mais lorsque le grand rabbin viole explicitement l’interdiction de la Torah de nuire au converti, nous continuons simplement notre routine quotidienne et la plupart des gens ne sourcillent même pas. »

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