Les Israéliens doivent être aidés dans les programmes de réduction carbone
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Les Israéliens doivent être aidés dans les programmes de réduction carbone

Un rapport de deux ans a dévoilé plusieurs objectifs et un conseil - éviter une répétition du mouvement des Gilets jaunes

Des milliers d'Israéliens manifestent contre le coût de la vie croissant en Israël au centre de Tel Aviv, le 6 août 2011. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty, File)
Des milliers d'Israéliens manifestent contre le coût de la vie croissant en Israël au centre de Tel Aviv, le 6 août 2011. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty, File)

Les initiatives prises en faveur d’un passage à une économie de faible carbone doivent lourdement impliquer la population et inclure une série de mesures qui permettra de garantir que les communautés vulnérables ne seront pas affectées de manière disproportionnée, particulièrement à court-terme, selon un rapport qui a été présenté lundi lors d’une conférence.

Cette nécessité a été clairement établie avec les violentes manifestations hebdomadaires des Gilets jaunes, en France, qui ont balayé le pays en 2018 après une tentative visant à augmenter les prix du carburant, a noté le rapport dont le contenu a été dévoilé lors de la conférence Eli Hurvitz sur l’Economie et la société.

Le nouveau rapport – « Une transformation juste vers une économie à bas carbone » – s’est basé sur deux années de travail livré par l’une des six commissions de haut-niveau qui ont été chargées de préparer des objectifs en termes de réduction des gaz à effets de serre dans le monde, à l’horizon 2050. En conformité avec l’Accord de Paris sur le changement climatique, signé en 2015, ces objectifs doivent être soumis aux Nations unies à la fin de l’année.

Dans le cadre d’un projet global baptisé « Une économie prospère dans un environnement durable », les ministères de l’Energie, de l’Industrie, des Finances (qui comprend le Conseil national de planification) et des Transports ont établi leurs propres commissions.

Des manifestants se rassemblent autour d’une voiture en feu lors d’une manifestation des Gilets jaunes contre la hausse du prix du pétrole et du coût de la vie, le 1er décembre 2018 à Paris. (Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)

Une cinquième se penche sur la macro-économie et une sixième – avec à sa tête le professeur Natan Zussman, professeur adjoint d’économie à l’université Hébraïque de Jérusalem, et avec le soutien de l’Institut israélien de la Démocratie – s’est concentrée sur l’impact social de la mise en œuvre des cibles et sur les moyens d’amoindrir les conséquences des initiatives prises pour les populations vulnérables, comme celles qui travaillent actuellement dans les industries des énergies fossiles qui seront amenées à fermer leurs portes.

Le processus tout entier a été supervisé par le ministère de la Protection environnementale et par l’Institut de la démocratie israélien.

« C’est une réalisation extraordinaire [d’avoir achevé le travail sur les objectifs]. Le problème est que tout le développement des infrastructures est en attente parce qu’il n’y a pas de budget de l’État », a déclaré la directrice de la conférence, Dafna Aviram-Nitzan, qui dirige le Centre pour la gouvernance et l’économie à l’Institut israélien de la démocratie.

Le président américain Donald Trump arrive lors d’un rassemblement MAGA (Make America Great Again) lors de sa campagne à l’aéroport international d’Erie, en Pennsylvanie. Trump a attiré le vote de nombreux ouvriers ayant perdu leurs emplois dans les industries traditionnelles. Photo datant du 20 octobre 2020. (Crédit : SAUL LOEB / AFP)

Faisant référence à la fois au mouvement des Gilets jaunes et à la colère des électeurs de la Rust Belt qui, aux Etats-Unis, avaient perdu leurs emplois dans les industries traditionnelles et qui ont soutenu en grand nombre le président Donald Trump lors des élections de 2016, la commission de Zussman a organisé de larges concertations avec les organisations de la société civile pour essayer de comprendre comment protéger les populations les plus vulnérables tout en leur permettant de bénéficier des avantages d’une économie plus propre.

Le rapport appelle donc l’Institut national d’assurance ou le Bureau central des statistiques – entre autres instances – à donner le coup d’envoi de la transformation en déterminant avant tout les foyers en proie à la pauvreté énergétique. Ce qui peut signifier qu’ils ne peuvent se permettre de chauffer ou de climatiser leurs habitations de façon appropriée ; qu’ils utilisent de vieux systèmes polluants ou qu’ils rencontrent des problèmes de transport lorsqu’ils se rendent au travail, qu’ils veulent accéder à un service ou qu’ils vont faire les courses.

La deuxième phase – et le ministère du Travail serait un partenaire possible – serait d’étudier les éventuels préjudices que pourraient essuyer les populations vulnérables à travers des initiatives telles que des taxes imposées pour décourager un usage élevé du carbone et encourager la mise en place d’une économie plus propre.

Photo d’illustration : Un vieil immeuble d’appartement à Lod, une ville du centre d’Israël. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Parmi les mesures qui pourraient être examinées par le gouvernement, dit le rapport, le financement ou la subvention des vieux murs, des vieilles fenêtres ou des vieux toits pour les populations les plus vulnérables ou une aide financière apportée pour l’achat de panneaux solaires à installer sur les toits ; la réduction des taxes et des droits de douanes sur les climatiseurs ou chauffages éco-énergétiques ; des incitations données aux entrepreneurs pour qu’ils incluent des systèmes plus éco-énergétiques dans les bâtiments qu’ils sont amenés à rénover dans le cadre des plans de rénovation urbaine ; et des investissements dans les infrastructures publiques de transport, dans la périphérie et en milieu rural, pour soulager le poids des taxes liées au carburant qui sont payées par les plus pauvres dans ces secteurs – avec, parmi eux, de nombreux Arabes israéliens.

Une autre suggestion est d’aider les pauvres à remplacer leurs voitures polluantes et gourmandes en carburant par des véhicules d’occasion plus éco-énergétiques et plus propres, et de donner des subventions pour que les plus vieilles voitures soient mises à la casse. Il pourrait également y avoir des incitations en termes d’impôt pour encourager l’achat de véhicules plus récents.

De vieilles voitures dans une serre abandonnée de la communauté agricole de Netiv Haasara, dans le sud d’Israël, le 5 avril 2016. (Crédit : Corinna Kern/Flash90)

Elargir le réseau de la fibre optique pour une connexion internet à grande vitesse réduirait également la nécessité de transports goinfres en énergie en permettant à davantage de personnes de travailler depuis chez elles, au moins partiellement, continue le rapport.

Il appelle aussi à mettre en place des incitations qui encourageront les investissements privés directs dans les secteurs « verts », en augmentant les subventions pour la R&D « verte », et de donner aux usines éco-énergétiques des subventions ou des remboursements d’impôts.

Le rapport souligne l’importance du financement de programmes de formation ou de reconversion pour les populations vulnérables susceptibles de perdre leurs emplois dans les industries polluantes, en se focalisant sur le secteur des énergies renouvelables, sur les nouvelles méthodes de production « vertes » et sur le recyclage et l’économie circulaire. La formation dans des compétences technologiques de base aiderait des ouvriers plus âgés ou inexpérimentés au niveau technique à partir vers des emplois administratifs.

Soulignant l’importance de l’implication publique dans les plans de mesures visant à réduire les émissions de carbone, le rapport recommande également de réduire la TVA – ce qui aiderait les populations les plus défavorisées qui endossent une plus grosse part du fardeau, proportionnellement, que les classes plus aisées pour les aider à faire face aux autres taxes qui pourraient être imposées pour obtenir une économie à zéro carbone.

L’industrie connaîtra également une forte réduction des émissions de gaz à effet de serre, en baisse de 40 % d’ici 2050, selon un plan du ministère de l’Industrie, du Commerce et du Travail. Ce résultat sera obtenu en mettant l’accent sur la réutilisation, la réparation, la remise à neuf et le recyclage pour créer une boucle fermée, en réduisant la nécessité d’extraire de nouvelles ressources de la nature et en laissant une empreinte carbone plus faible tout en générant un minimum de déchets.

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La création d’une économie autour de ce système devrait conduire à une réduction de 47 % des émissions de méthane des décharges d’ici 2030, et de 92 % d’ici 2050, par rapport à 2015, selon les estimations du ministère de la Protection de l’environnement.

Actuellement, les gaz à effet de serre provenant des déchets contribuent à plus de 7 % des émissions totales de gaz à effet de serre. Le ministère souhaite réduire le pourcentage de déchets mis en décharge de 78 % en 2018 à 20 % en 2030 et à un maximum de 5 % d’ici 2050 ; et réduire les émissions de gaz à effet de serre provenant des déchets de 5,5 tonnes d’équivalent dioxyde de carbone en 2018 à 0,5 en 2050.

Pour atteindre ces objectifs, il faudra prendre des mesures telles que la réduction des déchets alimentaires, la séparation des déchets organiques à la source afin qu’ils puissent être bio-compostés, l’étanchéification de tous les sites de décharge et l’installation d’une technologie de capture du méthane, une mesure qui pourrait à elle seule réduire de moitié les émissions de méthane.

Une réduction de 80 % des émissions liées à l’énergie

Samedi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu – l’un des 70 dirigeants mondiaux participant au Sommet de 2020 sur l’ambition climatique – a annoncé qu’Israël était « totalement engagé à réussir la transition des combustibles fossiles aux énergies renouvelables d’ici 2050 ».

En réalité, le plan prévoit une réduction un peu moins drastique, le pays tirant 80 % de son énergie de ressources renouvelables, selon une estimation du ministère de l’Energie.

L’évolution vers des formes d’énergie renouvelable telles que l’énergie solaire et l’hydrogène, ainsi que le stockage de cette énergie et la technologie de capture du carbone, sont présentés comme capables de réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique de 75 à 85 % d’ici 2050.

Un autre objectif vise à accroître l’efficacité énergétique de 1,3 % par an, ce qui contribuera à réduire encore l’impact de la production d’électricité.

La centrale électrique Orot Rabin à Hadera depuis les ruines de Caesarea, en Israël, le 24 juillet 2015. (Crédit : Garrett Mills/Flash 90)

La réalisation de ces objectifs dépendra de conditions telles que les investissements dans les infrastructures d’énergie renouvelable, la recherche de surfaces suffisantes pour l’installation de panneaux solaires, les progrès technologiques (dans le domaine du stockage des énergies renouvelables et, par exemple, le développement de panneaux solaires pour les façades des bâtiments) et l’adoption des réglementations nécessaires. L’installation d’un nombre suffisant de panneaux solaires pour atteindre l’objectif de 2050 nécessitera une surface pouvant atteindre 93 000 hectares, estime le ministère. Cela peut être trouvé sur toutes sortes de surfaces, des toits aux ronds-points, en passant par les plans d’eau et les espaces ouverts.

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