Les Juifs allemands réclament une répression de l’antisémitisme
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Les Juifs allemands réclament une répression de l’antisémitisme

Près de 40 groupes juifs ont vivement recommandé à Berlin d'exiger des organisations qu'elles renoncent publiquement au sentiment anti-juif et au BDS pour recevoir des fonds

Un participant porte une kippa lors d'un rassemblement "Berlin porte la kippa" pour protester contre l'antisémitisme devant le centre communautaire juif le 25 avril 2018 à Berlin, en Allemagne. (Carsten Koall/Getty Images via JTA)
Un participant porte une kippa lors d'un rassemblement "Berlin porte la kippa" pour protester contre l'antisémitisme devant le centre communautaire juif le 25 avril 2018 à Berlin, en Allemagne. (Carsten Koall/Getty Images via JTA)

Des douzaines d’organisation juives en Allemagne ont appelé le gouvernement à réprimer l’antisémitisme suite à une série d’attaques anti-juives.

Dans une lettre ouverte signée par 38 groupes, le Forum juif pour la démocratie et contre l’antisémitisme (JFDA) dans le pays a fait part, lundi, d’une déclaration politique, recommandant vivement à Berlin de conditionner les fonds versés aux organisations civiles et religieuses à l’émission de communiqués publics affirmant le rejet de l’antisémitisme sous toutes ses formes.

Cette déclaration a appelé les autorités à prendre les victimes d’attaques plus au sérieux et à augmenter leurs investissements dans les projets de soutien et dans les programmes de promotion de la démocratie. Elle a appelé une reconnaissance de ce que l’antisémitisme est « une attaque commise contre la communauté démocratique libérale entière ».

Elle a également recommandé que tous les groupes gouvernementaux ou financés par l’Etat adoptent la définition de travail de l’antisémitisme définie par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance), qui fait entrer certaines critiques de l’Etat juif ainsi que le soutien apporté à la campagne BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) dans le cadre de l’antisémitisme.

Une meilleure compréhension de l’antisémitisme sous toutes ses formes est nécessaire dans le système judiciaire et au sein de la police allemande, parmi les jeunes scolarisés, parmi les réfugiés et dans les médias du pays, a continué la déclaration.

Elle a également établi que la lutte contre l’antisémitisme devait prendre en compte sa prévalence au cours des siècles, disant que la haine anti-juive se distingue d’autres préjugés tels que la haine anti-musulman.

La chancelière allemande Angela Merkel durant une interview accordée à la Dixième chaîne de la télévision israélienne, diffusée le 22 avril 2018. (Crédit : capture d’écran Dixième chaîne)

« On ne peut pas se battre avec succès contre l’antisémitisme en le considérant comme une sous-catégorie du racisme », a indiqué la déclaration en allemand. « Il est impossible de faire une équivalence entre l’antisémitisme, le racisme et l’islamophobie ».

Lala Süsskind, présidente du JFDA, a expliqué au site d’information Deutsche Welle que cette déclaration s’adressait également aux organisations musulmanes, mettant en garde contre une sous-estimation de l’antisémitisme parmi les musulmans en Allemagne. Elle a expliqué que nier les tendances anti-juives parmi les groupes musulmans par crainte que cela vienne nourrir l’islamophobie « porte préjudice » à la lutte contre l’antisémitisme et revient à « se moquer des victimes ».

Aiman Mazyek, président du conseil central des musulmans d’Allemagne, a répondu en disant au site internet qu’il ne pensait pas que cette initiative juive était directement dirigée contre son organisation, affirmant d’autre part : « je prends note de cet appel et je pense qu’il est juste et important de mettre en exergue toutes les questions douloureuses, de faire tous les efforts possibles pour combattre l’antisémitisme, et nous restons engagés dans cette lutte avec toute la puissance sociale qui est mise à notre disposition ».

Aiman Mazyek, président du conseil central des musulmans d’Allemagne (Crédit : Commons wikimedia/Christliches Medienmagazin pro)

Mais Süsskind a qualifié cette réponse de « regrettable » et a ajouté que la déclaration devait être « explicitement comprise comme une invitation lancée à tous les groupes religieux, aux partis politiques et aux associations sociales », a fait savoir Deutsche Welle. « Il y a peu d’associations musulmanes avec lesquelles il est possible de parler ouvertement », a-t-elle déploré en évoquant des tentatives menées dans le passé de dialogue entre Juifs et musulmans sur le sujet.

Le gouvernement allemand doit encore répondre à l’appel lancé par l’organisation juive, a fait savoir l’article paru sur le site, ajoutant que le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer a d’ores et déjà promis la semaine dernière d’augmenter le financement annuel du Conseil central des Juifs d’Allemagne qui passera de 10 millions à 13 millions d’euros en raison des « menaces croissantes pour la vie juive en Allemagne ».

« Ceux qui menacent nos citoyens juifs nous menacent tous », aurait dit Seehofer.

La sonnette d’alarme a été tirée concernant un renouveau de l’antisémitisme en Allemagne de la part de l’extrême-droite et d’un large afflux de demandeurs d’asile majoritairement musulmans depuis 2015.

L’Allemagne avait été choquée par une affaire d’antisémitisme au mois d’avril qui avait impliqué un migrant syrien qui avait fouetté à l’aide de sa ceinture un arabe israélien qui arborait la kippa. Une vidéo de l’agression, dans la rue, filmée par la victime sur son smartphone, avait entraîné une vaste indignation dans le public lors de sa diffusion sur les réseaux sociaux et avait été à l’origine de vastes rassemblements de rue en solidarité avec les Juifs.

Un tribunal a condamné Knaan al-Sebai, 19 ans, migrant syrien d’origine palestinienne, pour agression et il a été condamné à quatre mois de détention.

Un arabophone se prépare à fouetter un homme non-Juif portant une kippa lors d’une attaque antisémite à Berlin dans une vidéo diffusée le 18 avril 2018 (Capture d’écran: Twitter)

Dimanche, un groupe de dix personnes – qui seraient des Syriens – a été arrêté après avoir agressé un homme dans un parc de Berlin, qui portait en pendentif l’étoile de David. La police a déclaré que la victime s’était approchée du groupe pour emprunter un briquet mais que sa cigarette lui avait été enlevée.

L’un des hommes a ensuite arraché son étoile de David au jeune homme de 25 ans, tandis que le groupe lançait « des insultes à caractère antisémite ». L’attaquant aurait frappé la victime au visage de manière répétée avant de s’enfuir. L’homme a été admis à l’hôpital, souffrant de coupures à la tête.

La chancelière Angela Merkel, s’entretenant avec la télévision israélienne au mois d’avril, avait déclaré être « attristée » par le fait que son pays n’ait pu éradiquer « pour de bon » l’antisémitisme et qu’à ce jour, les écoles, les jardins d’enfants juids et les synagogues devaient encore être protégées par la police.

« Nous avons maintenant des réfugiés, par exemple, ou des gens d’origine arabe, qui apportent un différent type d’antisémitisme dans le pays », a-t-elle dit. « Mais malheureusement, l’antisémitisme existait avant cela ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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