Les juifs de Slovaquie espèrent que la visite du pape améliorera les relations
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Les juifs de Slovaquie espèrent que la visite du pape améliorera les relations

Le pape François doit rencontrer des membres de cette communauté, y compris des survivants de la Shoah, lundi sur la place Rybne, dans un quartier traditionnel juif de Bratislava

Le pape François fait le signe de croix lors de son audience générale hebdomadaire, sur la place Saint-Pierre, au Vatican, le 8 mai 2019. (Crédit : AP Photo/Alessandra Tarantino)
Le pape François fait le signe de croix lors de son audience générale hebdomadaire, sur la place Saint-Pierre, au Vatican, le 8 mai 2019. (Crédit : AP Photo/Alessandra Tarantino)

Les dirigeants juifs espèrent que la visite du pape François en Slovaquie cette semaine contribuera à améliorer les relations entre les catholiques et les juifs dans ce pays profondément marqué par la collaboration avec les nazis, où l’antisémitisme reste très présent.

Sous les ordres d’un régime fantoche nazi dirigé par un prêtre catholique Josef Tiso, des dizaines de milliers de juifs slovaques ont été déportés et tués pendant la Seconde Guerre mondiale et la communauté autrefois florissante ne compte plus aujourd’hui qu’environ 2 000 personnes.

Le pape François doit rencontrer des membres de cette communauté, y compris des survivants de la Shoah, lundi sur la place Rybne, dans un quartier traditionnel juif de Bratislava, où se trouvait autrefois une synagogue.

« Nous avons d’abord pensé que Sa Sainteté ne rencontrerait que les autorités juives les plus hautes, quelque part dans un bureau », a indiqué Richard Duda, président de l’Union centrale des communautés juives de Slovaquie.

« Nous avons été positivement surpris quand le Vatican a annoncé que le pape François se rendrait sur la place Rybne, un lieu très symbolique et émouvant pour notre communauté », a-t-il déclaré à l’AFP.

Place Rybne à Bratislava (Crédit : Lure/CC BY-SA 3.0)

Selon lui, la place est un symbole de cohabitation pacifique des communautés catholique et juive. Pendant des siècles, il y avait deux lieux de culte – la cathédrale Saint-Martin et une synagogue, démolie par le gouvernement communiste en 1969 pour faire place à un pont.

Un mémorial érigé sur cette place en 1996 commémore les 105 000 victimes de la Shoah en Slovaquie.

Moins de 300 survivants sont restés dans le pays, à l’issue de la guerre.

« C’était notre priorité de donner une chance aux survivants de l’Holocauste de voir le pape François. Je pense que ce sera un moment symbolique et fort pour eux, car ces personnes ont souffert toute leur vie », a encore déclaré M. Duda.

« Nous nous attendons à ce que le pape pose une nouvelle brique dans la construction du dialogue judéo-catholique, pour le rendre plus intense », a-t-il dit.

Le niveau d’antisémitisme en Slovaquie reste élevé.

Une étude publiée l’an dernier par Globsec, un groupe de réflexion slovaque, a révélé que 51 % des Slovaques estiment que « les Juifs ont trop de pouvoir et contrôlent secrètement les gouvernements et les institutions du monde entier ».

Il s’agit du niveau le plus élevé des 10 pays d’Europe centrale et orientale étudiés.

Les juifs slovaques ont été persécutés pendant une grande partie du 20e siècle.

Après la création en 1939 de la première République slovaque, un pays totalitaire satellite de l’Allemagne nazie, plusieurs lois anti-juives ont été adoptées et ont servi de base aux déportations.

Jozef Tiso (Crédit : Domaine public)

Le président Jozef Tiso avait accepté d’envoyer des dizaines de milliers de juifs dans les camps de la mort allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.

Après la guerre, la plupart des survivants ont émigré ou ont caché leur identité juive.

Sous le communisme, les juifs ont été poursuivis et emprisonnés pour ce qu’ils ont appelé des crimes sionistes présumés, et le régime a interdit de pratiquer leur religion.

La Révolution de velours en 1989 a été une étape positive pour la communauté juive avec l’introduction de la liberté de culte.

Ce n’est que jeudi que Bratislava a présenté ses excuses officielles pour l’héritage sombre de l’époque Tiso.

« Le gouvernement slovaque se sent en devoir moral d’exprimer publiquement ses regrets pour les crimes commis par le pouvoir en place à l’époque, », lit-on la déclaration officielle.

« Cette déclaration adoptée par le gouvernement est certainement une bonne nouvelle et une étape positive, » a déclaré à l’AFP Ivica Bumova, historienne à l’Université Comenius de Bratislava.

« Chaque excuse est un pas en avant dans la condamnation des actes anti-juifs de notre histoire. Elle aurait peut-être dû venir plus tôt, mais l’important est qu’elle ait été formulée ».

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