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Les Juifs norvégiens veulent ajouter leurs jours fériés au calendrier national

Le débat actuel est l'un des nombreux différends entre les dirigeants communautaires juifs et les autorités des sociétés majoritairement laïques de Scandinavie et d'Europe du Nord

Un homme juif portant une kippa tient un drapeau norvégien le jour de la Constitution à Oslo. (Crédit : Fishman/ullstein bild/Getty Images/JTA)
Un homme juif portant une kippa tient un drapeau norvégien le jour de la Constitution à Oslo. (Crédit : Fishman/ullstein bild/Getty Images/JTA)

JTA – La communauté juive de Norvège a déclaré qu’elle déposerait une requête auprès de la Cour suprême du pays si les Juifs pratiquants n’obtenaient pas la reconnaissance d’un plus grand nombre de leurs jours fériés dans le calendrier national.

La loi actuelle sur les jours fériés nationaux, qui a été mise à jour l’année dernière, garantit à tous les employés 12 jours de congé, dont beaucoup sont liés aux fêtes chrétiennes. En plus de ces jours, les non-chrétiens ont droit à des congés payés pendant deux jours supplémentaires de leur choix.

Dans le cadre de ce système, les Juifs, les musulmans et les membres d’autres confessions reconnues travaillant dans le secteur public, des fonctionnaires aux enseignants, sont contraints de travailler pendant certaines de leurs fêtes. Le problème se pose moins dans le secteur privé, car les entreprises privées ont tendance à tenir compte des besoins religieux de leurs employés.

Les Juifs ne peuvent travailler le jour du Shabbat, qui tombe le samedi, et une dizaine d’autres jours dans l’année, dont certains tombent le week-end.

Le mois dernier, le mouvement de jeunesse du Parti libéral de Norvège a publié un document de synthèse appelant à une révision de la loi actuelle. La proposition donnerait aux employés 12 jours de congé à la date de leur choix au lieu de faire de certaines dates du calendrier chrétien des jours fériés.

Cette proposition résoudrait le problème que pose à certains Juifs la question des jours fériés, a écrit Ervin Kohn, ancien dirigeant de la communauté juive d’Oslo et membre de son conseil d’administration, dans une tribune publiée au début du mois sur le site utrop.no. Mais Kohn émet néanmoins des réserves sur la proposition car « il est important que nous ayons, en tant que société, des jours fériés communs », écrit-il.

Au lieu de cela, poursuit Kohn, les Juifs et les autres non-chrétiens devraient bénéficier de six ou sept jours fériés supplémentaires afin d’éviter une situation qui « autorise les employeurs à forcer les employés juifs à enfreindre les règles des fêtes juives ».

Cette situation pose problème lorsqu’elle est examinée à l’aune des « droits de l’Homme internationaux, des droits de l’Homme européens et de l’article 16 de la Constitution norvégienne, qui garantit à tous les habitants de la Norvège la libre pratique religieuse », a-t-il ajouté.

« La loi implique que les Juifs norvégiens pratiquants sont obligés de choisir s’ils veulent transgresser leur religion le jour de Yom Kippour, de Rosh Hashanah ou de Pessah », a déclaré M. Kohn dont l’épouse enseigne depuis longtemps dans une école publique, à la Jewish Telegraphic Agency.

Si la loi n’est pas modifiée, la communauté juive d’Oslo déposera une requête auprès de la Cour suprême de Norvège, éventuellement avec d’autres partenaires de différents groupes confessionnels, au motif que la loi sur les fêtes nationales est en contradiction avec les libertés religieuses garanties par la constitution, a déclaré M. Kohn à la JTA.

Le débat actuel est l’un des nombreux différends entre les dirigeants communautaires juifs et les autorités dans les sociétés majoritairement laïques de Scandinavie et d’Europe du Nord, où des coutumes telles que la circoncision et l’abattage casher ont été jugées barbares.

Aux États-Unis, le titre VII du Civil Rights Act de 1964 oblige les organisations qui salarient au moins 15 personnes à prendre des dispositions raisonnables pour les travailleurs qui souhaitent observer une fête religieuse. Les lois des États peuvent également s’appliquer aux employeurs non couverts par le titre VII. Mais les employeurs peuvent être exemptés s’ils peuvent démontrer que le fait d’accommoder les souhaits des travailleurs dans ce contexte leur cause un préjudice grave.

Dans plusieurs pays européens, les fêtes juives ne sont reconnues comme telles que pour les employés juifs.

La Norvège compte environ 1 400 Juifs, et la plupart ne sont pas strictement pratiquants. La Norvège est l’une des nations les plus laïques d’Europe. Selon une étude du Pew Research Center de 2018, seulement 51 % des personnes interrogées se sont identifiées comme chrétiennes, soit le deuxième taux le plus bas parmi les 15 pays européens échantillonnés (le moins chrétien était les Pays-Bas, avec seulement 43 %). Seuls environ 2 % de la population fréquentent régulièrement l’église, selon certaines estimations.

La circoncision, qui est obligatoire dans le judaïsme et l’islam, a également posé problème pour les Juifs de Norvège. De multiples responsables norvégiens, dont le médiateur pour les droits de l’enfant, ont qualifié cet acte de maltraitance infantile, exigeant qu’il y soit mis fin.

Mais une loi de 2015 qui autorise le personnel non médical à circoncire les garçons a reconnu le droit aux Juifs d’organiser des cérémonies de circoncision ou brit milah, malgré les pressions exercées pour les interdire, a noté M. Kohn. « Cela fait de la Norvège une lumière parmi les nations d’Europe. D’un autre côté, nous avons toujours l’interdiction de la shechitah« , a déclaré Kohn, en utilisant le mot hébreu pour l’abattage casher.

La production de viande casher et halal, qui exige que les animaux soient tués alors qu’ils sont conscients, sans être étourdis au préalable, est également illégale en Norvège. Des lois exigent l’étourdissement en Norvège depuis les années 1930 et on pense qu’elles visaient à rendre la Norvège inhospitalière pour les Juifs.

« La Norvège est un bon pays pour les minorités », a déclaré Kohn, ajoutant que les Juifs norvégiens « s’y épanouissent ».

Mais, a-t-il ajouté, « il y a quelques angles morts ».

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