Les Palestiniens doivent « vouloir s’aider eux-mêmes », pour un diplomate émirati
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Interview

Les Palestiniens doivent « vouloir s’aider eux-mêmes », pour un diplomate émirati

Durant un entretien-fleuve avec le ToI, un responsable de la diplomatie émiratie a évoqué la question palestinienne, la vente des F-35 aux EAU et le "nouveau Moyen-Orient"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Omar Saif Ghobash
Omar Saif Ghobash

WASHINGTON — Un haut-responsable émirati a rejeté, lundi, les accusations lancées par les Palestiniens qui ont estimé que la normalisation des liens entre sa nation du Golfe et l’Etat juif allait se faire au détriment de Ramallah.

« Il faudrait qu’ils aient la volonté de s’aider eux-mêmes aussi et peut-être qu’au lieu d’utiliser les critiques et autres vœux de malédiction traditionnels, ils devraient observer ce que nous nous efforçons de faire réellement », a déclaré le vice-ministre à la diplomatie culturelle et publique des EAU, Omar Saif Ghobash, dans un entretien.

Ghobash a affirmé que la « connectivité » qui sera renforcée par le biais du pacte de normalisation conclu entre les Emirats et Israël « va aider plutôt qu’entraver » la cause palestinienne.

Un point de vue qu’il avait également défendu dans une interview diffusée par le journal The National.

« Notre paix avec Israël servira la cause palestinienne d’une manière qui reste imprévisible aujourd’hui », avait-il déclaré.

« En tant qu’économie majeure, en tant qu’acteur majeur au Moyen-Orient et grâce à nos relations dans le monde entier, nous serons en mesure de défendre de l’intérieur la question palestinienne, de faire des déclarations et de mettre la pression concernant les Palestiniens en faveur de ces derniers », avait-il ajouté.

« Nous servirons mieux la cause palestinienne par le biais d’une relation directe en ayant des liens économiques et commerciaux avec les Israéliens plutôt qu’en restant à l’extérieur du jeu, en attendant le déroulement de l’Histoire », avait-il poursuivi.

Ghobash avait également indiqué que son pays était impatient de pouvoir s’entretenir avec l’importante population arabe d’Israël « pour découvrir ce qu’a été son expérience. Voir ce qu’est leur vision sur la question de la paix. Voir la manière dont ils envisagent la question du judaïsme et d’Israël ».

« Il y a de nombreuses, très nombreuses voix palestiniennes à entendre… Nous pourrons le faire une fois que nous aurons installé une ambassade, une fois que nous aurons une présence là-bas et une fois que les Israéliens palestiniens seront également en mesure de venir aux Emirats arabes unis. Cela va être une période très excitante, fascinante », avait-il continué.

En réponse aux critiques de la décision prise par Abou Dhabi de normaliser les liens avant la mise en place d’un Etat palestinien, Ghobash avait déclaré que son pays était « sorti de la logique qui prédomine dans le discours arabe depuis longtemps – qui est que les Etats du Golfe devaient être une sorte de cadeau à offrir aux Israéliens après l’établissement d’un Etat palestinien ».

Une approche qui, avait-il affirmé, était terminée. « Nous signalons essentiellement que ce type d’approche est terminée. Nous sommes les maîtres de notre propre destin. Nous lutterons pour nos intérêts », a-t-il déclaré.

Il s’est entretenu avec le Times of Israël depuis son hôtel situé aux abords de Washington alors qu’il se préparait pour la cérémonie de signature qui a eu lieu mardi à la Maison Blanche en présence d’autres diplomates des Emirats – avec à leur tête le ministre des Affaires étrangères Abdullah bin Zayed Al Nahyan — et d’une délégation bahreïni.

Soulignant qu’Abou Dhabi a été en capacité d’obtenir une concession majeure de la part d’Israël au cours des négociations de l’accord – une concession qui a pris la forme d’une suspension à long-terme des plans d’annexion de territoires de la Cisjordanie de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu – Ghobash a encouragé l’Autorité palestinienne à reprendre les pourparlers avec Jérusalem.

Le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah Bin Zayed Al-Nahyan, au centre, avec le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, et le leader du Hamas, Ismail Haniyeh, après l’ouverture du Sommet arabe à Riyadh, le 28 mars 2007. (Crédit : AP Photo/Awad Awad, Pool)

« En utilisant ce que nous sommes parvenus à obtenir, nous encourageons les Palestiniens à revenir vers les Israéliens et vers les autorités américaines et à repenser ce qui peut être possible », a-t-il dit.

Il a insisté sur le fait que son pays avait évolué au cours des années, une évolution qui avait dorénavant fait naître de nouveaux intérêts « autres que les intérêts arabes et islamiques traditionnels » – et qui aura finalement abouti à la décision prise, le mois dernier, de normaliser les relations de l’Etat du Golfe avec l’Etat juif.

« Mais si nous avons découvert que nous avons effectivement de nouveaux intérêts, cela ne signifie pas que nous renonçons pour autant à nos allégeances traditionnelles », a-t-il continué.

Ghobash a affirmé que ces « nouveaux intérêts » et ces « allégeances traditionnelles » pouvaient coexister sans difficultés dans la nouvelle politique mise en place par les Emirats arabes unis concernant Israël – ce qui permettra à Abou Dhabi de faire avancer la cause palestinienne de manière plus efficace en « parlant directement à nos amis et partenaires israéliens de certains sujets qui nous inquiètent ».

« Nous n’allons pas négocier au nom des Palestiniens mais nous disons qu’il y a une nouvelle marge de manœuvre qui permettra dorénavant d’aller de l’avant – et nous avons la certitude que nous avons créé cette marge de manœuvre grâce à cet accord », a-t-il ajouté.

Ghobash a évoqué le pacte avec excitation, insistant sur le fait qu’il se distinguerait rapidement des traités signés par l’Etat juif avec l’Egypte et la Jordanie qui, selon de nombreux observateurs, n’auront débouché que sur un climat de « guerre froide ».

« L’une des principales idées sur laquelle nous nous sommes accordés, c’est que nous mettrons en place une paix chaleureuse et nous nous attendons à ce qu’il y ait un grand nombre d’interactions individuelles dans le cadre de cet accord, ce qui n’a pas été le cas des autres formes de paix conclues dans la région », a-t-il continué.

Des Palestiniennes au cours d’une manifestation contre l’accord de normalisation conclu entre les Emirats arabes unis et Israël à Gaza, le 19 août 2020. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Alors qu’il lui était demandé pourquoi il était si sûr que l’accord conclu pourrait avoir des répercussions jusque sur le terrain, Ghobash a évoqué la confiance placée par les Emiratis dans leurs dirigeants.

« Lorsque les dirigeants décident qu’il y a une direction à prendre, le peuple considère qu’on lui donne un feu vert et il suit – il n’y a pas de tabou intouchable », a-t-il expliqué.

Ghobash, qui a été ambassadeur des EAU en Russie et en France, a également souligné que le monde arabe, plus largement, n’en était clairement plus au même point qu’il y a 26 ans, lorsque le dernier accord de paix – entre Israël et la Jordanie – avait été signé. Il a noté que la population émiratie était relativement plus jeune que d’autres dans la région et qu’elle était, dans l’ensemble, plus connectée au monde.

« Il y avait déjà un intérêt fort et beaucoup de curiosité concernant l’alimentation casher, l’hébreu en tant que langue, le mode de vie et ce que sont réellement les Israéliens », a-t-il expliqué.

« Vous savez, un grand nombre d’Emiratis regardent ‘Fauda’… une image est donc en train de se dessiner », a-t-il dit en souriant, évoquant la série israélienne à succès diffusée sur Netflix. « Un grand nombre de jeunes Emiratis m’ont d’ores et déjà confié qu’ils voulaient se rendre à Tel Aviv et dans d’autres endroits en Israël, et qu’ils veulent vraiment pouvoir échanger avec des personnes appartenant au même groupe d’âge que le leur. »

Il avait noté dans son interview accordée à The National qu’il avait toujours été désireux de voir son pays établir des relations pleines et entières avec l’Etat juif, ajoutant que « peut-être, comme de nombreux Emiratis et Arabes du Golfe, c’est une perspective à laquelle j’ai toujours beaucoup pensé sans être capable de véritablement en parler ».

Il avait ajouté qu’il avait le sentiment qu’un « tabou énorme » avait été levé « dans la façon dont nous pouvons regarder le monde arabe, et dans la manière également de nous regarder nous-mêmes ».

La mannequin israélienne May Tager, à gauche, se couvre d’un drapeau israélien aux côtés d’Anastasia Bandarenka, une mannequin vivant aux Emirats, qui s’est enroulée dans un drapeau des EAU au cours d’une séance photo à Dubaï, aux Emirats arabes unis, le 8 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Kamran Jebreili)

Lors de sa rencontre avec le Times of Israël, Ghobash s’est dit également séduit par l’idée de la mise en place d’une fondation de type Birthright qui permettrait de faire venir de jeunes Emiratis au sein de l’Etat juif au cours de voyages organisés.

« Ce serait une idée fantastique », s’est-il exclamé. « Ce ne serait manifestement pas Birthright, puisque nous n’avons assurément pas de ‘droit de naissance’, mais peut être simplement un ‘droit à venir simplement découvrir' », a-t-il ajouté, tout en rigolant.

Il a ensuite évoqué les inquiétudes israéliennes relatives aux efforts livrés par les Emirats arabes unis pour acquérir des avions de combat de modèle F-35 auprès des Etats-Unis – des appareils à la technologie avancée qui, selon Israël, seraient susceptibles de mettre en péril « l’avantage militaire qualitatif » de l’Etat juif dans la région.

Ghobash a minimisé la signification de cet éventuel achat, le qualifiant de « mineur en comparaison avec le changement gigantesque vers lequel nous avançons dans notre relation ».

« Le réel bénéfice, ici, ce n’est pas un système d’armement, mais c’est en fait un Moyen-Orient différent où nous acceptons de ne pas être d’accord », a-t-il poursuivi.

Ce qui suit est une retranscription de l’entretien qui a été révisé pour davantage de clarté et de concision.

The Times of Israël: Y a-t-il des initiatives culturelles que vous souhaitez développer avec Israël en résultat de cet accord ?

Omar Saif Ghobash: Mon bureau s’est entretenu avec le département chargé de la diplomatie publique au sein du ministère des Affaires étrangères israélien. Nous avons échangé des idées dans le cadre de toute une série de différentes questions. L’une des principales idées sur laquelle nous nous sommes accordés, c’est que nous mettrons en place une paix chaleureuse et nous nous attendons à ce qu’il y ait un grand nombre d’interactions individuelles dans le cadre de cet accord, ce qui n’a pas été le cas des autres formes de paix conclues dans la région.

Et pourquoi, selon vous ?

Je pense que les dirigeants, aux Emirats, entretiennent une relation différente avec la population qu’en Egypte et en Jordanie – des pays qui ont conclu des traités de paix avec Israël il y a des décennies. Nous sommes plus étroitement impliqués auprès des autorités. Nous avons de l’admiration pour elles. La relation qui nous unit à nos dirigeants est peut-être plus profonde, plus historique.

Lorsque les dirigeants décident qu’il y a une direction à prendre, le peuple considère qu’on lui donne un feu vert et il suit – il n’y a pas de tabou intouchable.

Je pense également que nous faisons la paix 26 ans après le dernier pays qui avait fait la paix avec Israël. Nous avons ici une population bien plus jeune et qui est bien plus connectée, plus globalisée, que les populations arabes d’il y a 26 ans.

Il y avait déjà un intérêt fort et beaucoup de curiosité concernant l’alimentation casher, l’hébreu en tant que langue, le mode de vie et ce que sont réellement les Israéliens. Il y a aussi beaucoup plus, sur le terrain, de volonté d’interagir avec des personnes que nous ne connaissons pas, et c’est en partie ce qui rend ce travail attrayant, excitant et beaucoup plus facile que cela a pu être le cas pour mes homologues il y a 26 ans.

Les délégués des EAU saluent l’avion d’El Al au départ à la fin des pourparlers de normalisation entre Israël et les EAU, avec les Etats-Unis, à Abou Dhabi, le 1er septembre 2020. (Bureau du porte-parole d’El Al)

La question d’Israël n’est donc absolument pas taboue aux Emirats arabes unis ?

Eh bien, je pense qu’au cours des derniers mois, voire des dernières années, il y a eu des signes clairs que les choses changeaient beaucoup sur la question. Par exemple, on a vu Israël prendre part à la conférence de l’Agence internationale des énergies renouvelables à Abou Dhabi en 2015, et il y a eu tous ces événements sportifs qui ont eu lieu là-bas où les Israéliens ont été accueillis, et où l’hymne national israélien a même été joué.

Cela fait longtemps que les dirigeants nous ont signalé de manière très claire qu’il ne devait plus y avoir de tabou.

Si vous voulez être intégré au sein de la communauté globale et que vous avez l’ambition d’être un acteur mondial, d’héberger chez vous des événements mondiaux, alors il faut se conformer aux règles.

Ce sentiment de normalisation pour les Israéliens qui venaient aux Emirats arabes unis ou pour les personnes de foi juive qui vivent d’ores et déjà ici, ce n’est pas une nouveauté. Et je pense que le tabou traditionnel arabe et islamique au sujet d’Israël – enfin, c’est comme ça que je vois les choses – a commencé à se briser.

C’est quelque chose d’intéressant et c’est une bonne chose, pour être honnête. Parce que ça nous permet de réfléchir en allant au-delà de toutes les contraintes et de toutes les restrictions, et je pense que c’est une perspective très excitante pour les rapports individuels pour les mois et les années à venir.

Coude-à-coude entre le conseiller à la sécurité nationale israélienne Meïr Ben-Shabbat et un fonctionnaire émirati avant de monter à bord de l’avion quittant Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis, le 1er septembre 2020. (NIR ELIAS / POOL / AFP)

Y a-t-il certaines choses que les Israéliens pourront apprendre de la culture et de l’expérience des Emiratis ?

Je pense que nous sommes, en fait, une société très multiculturelle dans le sens où 90 % de notre population est étrangère, et pourtant, nous parvenons à maintenir certaines perspectives et valeurs très traditionnelles. Cela sera intéressant pour les Israéliens de voir comment nous continuons à maintenir notre identité qui, si elle nous relie au passé, ne nous empêche pas d’être fortement concentrés sur le présent et sur l’avenir.

Je suppose que les Israéliens ont certaines idées fixes sur ce que sont les Arabes. Ils vont se rendre compte que les opinions, ici, sont très diverses, et ils seront agréablement surpris de la manière dont nous réussissons à gérer ces opinions différentes et à coexister aux Emirats.

Et le contraire ? Pensez-vous que les Emiratis pourront apprendre de la culture et de l’expérience israéliennes ?

Vous savez, de nombreux Emiratis regardent « Fauda » et « Unorthodox » sur Netflix : une image est donc d’ores et déjà en train de se dessiner. Un grand nombre de jeunes Emiratis m’ont d’ores et déjà dit qu’ils voulaient se rendre à Tel Aviv et dans d’autres endroits en Israël, et qu’ils veulent vraiment pouvoir échanger avec des personnes appartenant au même groupe d’âge que le leur.

C’est quelque chose sur lequel nous allons aussi travailler – les échanges d’étudiants entre les deux pays, les échanges universitaires, en plus des échanges entre les jeunes entrepreneurs. Et c’est très excitant.

Le chef du Conseil national de sécurité israélien, Meïr Ben-Shabbat (2e à droite), portant un masque de protection, alors qu’il se prépare à quitter Abou Dhabi le 1er septembre 2020, à l’issue d’une visite sans précédent sur la normalisation entre Israël et les EAU. (NIR ELIAS/POOL/AFP)

Y a-t-il d’autres initiatives spécifiques en chantier ?

C’est encore un peu tôt pour évoquer des initiatives spécifiques, parce que nous nous focalisons pour le moment sur la signature de l’accord. Nous recueillons des suggestions de nos amis israéliens et aussi chez nous. Il y a, par exemple, des galeries d’art à Dubaï qui ont fait de très belles ventes, au fil des années, à des clients israéliens, mais elles devaient se faire de manière indirecte en l’absence de liens financiers. Mais maintenant, il va y avoir des liaisons formidables qui vont être établies dans le domaine culturel.

Je suis très conscient de l’intérêt porté par certains diplomates à la réalisation de l’accord dans les meilleurs délais. Notre mission, au sein du bureau de la diplomatie publique et culturelle du ministère des Affaires étrangères, sera d’assurer à long-terme la continuation du développement des liens interpersonnels. Nous allons devoir persévérer à long-terme pour garantir le maintien d’une relation énergique entre nos deux peuples. Et c’est en partie là-dedans que je suis moi-même impliqué.

On va continuellement chercher des partenaires, en Israël, pour voir ce qui est possible de réaliser ensemble. Que ce soit dans la musique, dans l’éducation, dans des visites ponctuelles, dans des séries de conférences… Il y a tant de sujets différents.

Pour les Juifs du monde entier, il y a un programme appelé Birthright – qui permet à ces derniers de venir en Israël pendant dix jours dans le cadre d’un voyage organisé. Est-ce là l’exemple d’une idée que vous pourriez reprendre pour la mettre en place ?

Absolument. Ce serait une idée fantastique. Ce ne serait manifestement pas Birthright (puisque nous n’avons assurément pas de ‘droit de naissance’) mais peut être simplement le ‘droit à venir simplement découvrir’ !

Que pensez-vous que signifie cet accord aux yeux de la communauté juive qui vit aux Emirats ?

Je suis très proche de la communauté juive des Emirats et cela a toujours été, pour moi, une source de fierté d’avoir joué un rôle – même modeste – mais un rôle toutefois dans sa nouvelle visibilité en lui montrant que, quelles que soient les craintes ressenties face à une éventuelle exposition publique, ces inquiétudes étaient sans objet et que des garanties lui seraient amenées lorsqu’elle sortirait de l’ombre.

Des membres de la communauté juive de Dubaï tenant un rouleau de la Torah apporté à Abou Dhabi pour marquer l’importance de l’arrivée des délégations israélienne et américaine pour finaliser un accord de normalisation avec Israël, dans un hôtel d’Abou Dhabi le 31 août 2020. (NIR ELIAS/AFP)

Alors que ce « tabou » au sujet d’Israël est maintenant brisé, comme vous le dites, et avec ce rapprochement entre les Emirats arabes unis et Israël, voyez-vous encore une opportunité de faire avancer la cause palestinienne ? Cette dernière est-elle considérée comme n’ayant rien à gagner ?

Peut-être que les traditionnalistes considéreront qu’ils n’ont en effet rien à gagner mais nous avons très clairement exprimé notre attachement à la cause palestinienne, et nous avons la conviction qu’il s’agit d’une cause juste et qu’il faut rendre justice aux Palestiniens. Les Etats du Golfe ont changé au cours des vingt dernières années, ils ont développé leurs économies et leurs relations politiques avec de nombreux pays différents. Nous sommes une société plus large et plus profonde que dans le passé, et il y a de nombreux autres intérêts que nous avons à côté des intérêts arabes et islamiques traditionnels.

Mais si nous avons découvert que nous avons effectivement de nouveaux intérêts, cela ne signifie pas que nous renonçons pour autant à nos allégeances traditionnelles.

Nous pensons que nous allons être en mesure de peut-être mieux servir encore la cause palestinienne dans le cadre d’une relation normalisée avec Israël. Certains peuvent être en désaccord avec nous, mais nous pensons que cela nous permettra, en définitive, de parler à nos amis et partenaires israéliens de certains sujets qui nous inquiètent.

C’est donc cela que vous répondez aux Palestiniens qui affirment que cet accord s’est apparenté à « un coup de poignard dans le dos » ? Que cet accord les aidera finalement à long-terme ?

Eh bien, s’ils y réfléchissent en appréhendant la question à partir du point de vue que je viens d’exposer, alors oui, ce pacte pourrait les aider immensément. Mais pour ça, ils doivent vouloir s’aider eux-mêmes également et il faut que, peut-être, au lieu de recourir aux critiques et vœux de malédiction traditionnels, ils observent ce que nous nous efforçons de faire réellement. Le lien que renforcera cet accord va aider bien plus qu’il n’entravera la cause palestinienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer à Washington, le 14 septembre, la vieille de la signature des Accords d’Abraham à la Maison Blanche. (Crédit : Avi Ohayon / GPO)

Alors que l’annexion n’est plus d’actualité, y a-t-il une nouvelle demande tangible à l’égard d’Israël sur la question palestinienne que d’autres pays du Golfe – qui emboîteraient le pas aux Emirats arabes unis et au Bahreïn – pourraient soulever au cours de leurs propres négociations de normalisation ?

Eh bien, les Palestiniens ont établi très clairement que personne ne pourrait parler en leur nom à l’exception d’eux-mêmes – et c’est bien. En utilisant ce que nous avons réussi à obtenir avec la suspension de l’annexion, nous encourageons les Palestiniens à revenir vers les Israéliens et vers les autorités américaines et à repenser ce qui peut être possible. Nous n’allons pas négocier en leur nom mais disons qu’il y a une nouvelle marge de manœuvre qui permettra dorénavant d’aller de l’avant – et nous avons la certitude que nous avons créé cette marge de manœuvre grâce à cet accord.

Concernant la vente par les Américains d’avions de type F-35, pensez-vous que les Israéliens ont le droit de s’inquiéter de ce qu’une telle acquisition par votre gouvernement mettrait en péril son avantage technologique militaire dans la région ?

Nous reconnaissons que cela fait partie de la relation qu’entretiennent les Etats-Unis et Israël. On ne va pas dire que cela n’a rien à voir avec Israël. D’un autre côté, la question de l’équipement dans le domaine de la Défense est finalement mineure si on la compare avec le changement gigantesque vers lequel nous avançons dans notre relation.

Le réel bénéfice, ici, ce n’est pas un système d’armement, mais c’est en fait un Moyen-Orient différent où nous acceptons de ne pas être d’accord. Si on peut le faire avec les Israéliens et que nous pouvons le faire avec les autres Etats arabes, alors nous serons en mesure de mieux définir nos intérêts et de les défendre. Et c’est là où nous en sommes essentiellement : Un Etat souverain se tourne vers un autre Etat souverain en lui faisant part de sa volonté de paix.

Anat Peled a contribué à cet article.

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