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Les premiers arbres fruitiers cultivés dans la Vallée du Jourdain, il y a 7 000 ans

Une étude consacrée à une analyse de charbon trouvé à Tel Tsaf révèle la présence d'oliviers et figuiers - les premiers exemples de vergers d'une société opulente

Photo d'illustration : Récolte des olives dans la vallée du Jourdain, le 5 novembre 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/FLASH90)
Photo d'illustration : Récolte des olives dans la vallée du Jourdain, le 5 novembre 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/FLASH90)

Les premiers cas d’appropriation, de domestication et de culture par les êtres humains d’arbres fruitiers, dans le monde, sont survenus il y a environ 7 000 ans dans la Vallée du Jourdain, selon une étude qui a été conjointement menée par l’université de Tel Aviv et par l’Université hébraïque de Jérusalem.

Les chercheurs ont tiré leurs conclusions après avoir analysé des échantillons de charbon qui ont été trouvés sur le site de Tel Tsaf, qui date de l’âge du cuivre, dans la vallée du Jourdain. Ils ont découvert du bois provenant d’oliviers et de figuiers – et pourtant l’olivier n’est pas un arbre qui pousse naturellement dans ce secteur.

La docteure Dafna Langgut, cheffe du laboratoire d’archéo-botanique et des environnements antiques de l’université de Tel Aviv, spécialisée dans l’identification des restes végétaux, indique qu’il a été possible d’identifier les arbres par leurs structures anatomiques, même s’ils ont été réduits à l’état de charbon.

« Le bois était le ‘plastique’ de l’antiquité », dit-elle. « Il était utilisé pour la construction, pour fabriquer des outils ou des meubles et il était source d’énergie. C’est la raison pour laquelle l’identification des restes d’arbres découverts sur les sites archéologiques – à partir du charbon des foyers, par exemple – est déterminante pour comprendre quels étaient les arbres qui poussaient dans l’environnement naturel de l’époque et pour mieux connaître la période à laquelle les humains ont commencé à cultiver des arbres fruitiers ».

Les analyses de charbon réalisées par Langgut à Tel Tsaf ont révélé la présence d’arbres habituellement trouvés dans le secteur, mais aussi la présence d’oliviers et de figuiers.

« Les oliviers poussaient dans la nature sur la terre d’Israël mais il n’y en avait pas dans la vallée du Jourdain », note-t-elle. « Ce qui signifie que quelqu’un les a amenés intentionnellement ici – qu’il a amené le savoir-faire autour de l’olivier et la plante elle-même dans un endroit qui est en-dehors de son habitat naturel. »

« En archéo-botanique, c’est considéré comme une preuve de domestication par l’Homme – ce qui signifie que nous disposons ici de la preuve la plus ancienne de l’appropriation de l’olivier par l’être humain, une preuve sans précédent où que ce soit dans le monde. »

Les restes microscopiques et vieux de 7000 ans de bois d’olivier carbonisé (Olea) découvert à Tel Tsaf, dans la Vallée du Jourdain. (Autorisation : Dafna Langgut)

Langgut a aussi identifié les restes de branches appartenant à un figuier, qui poussait naturellement dans la vallée du Jourdain.

Alors que le bois de figuier ne présentait que peu de valeur pour le feu ou pour la réalisation d’outils et de meubles, elle en a conclu que les branches étaient issues de travaux d’élagage, une méthode qui est encore utilisée aujourd’hui pour améliorer le rendement d’un arbre en termes de récolte.

La docteure Dafna Langgut de l’université de Tel Aviv. (Crédit : Université de Tel Aviv)

Les restes de charbon ont été collectés par le professeur Yosef Garfinkel de l’Institut d’archéologie de l’université Hébraïque, qui dirige les fouilles à Tel Tsaf.

« Tel Tsaf était un important village préhistorique dans le centre de la vallée du Jourdain, au sud de Beit Shean, qui a été habité il y a entre 7 200 et 6 700 ans », explique Garfinkel.

« De grandes maisons avec des cours ont été découvertes sur le site, chacune avec plusieurs granges où étaient entreposées les céréales. Les capacités de stockage étaient jusqu’à 20 fois plus importantes que ne l’étaient les besoins caloriques d’une seule famille – il s’agissait donc d’un important patrimoine ».

« La richesse du village se manifeste dans la production de poteries élaborées, qui sont peintes avec un talent remarquable. De plus, nous avons trouvé des objets achetés ailleurs : des poteries issues de la culture obeïde en Mésopotamie, des obsidiennes en provenance d’Anatolie, une alène en cuivre (un petit outil pointu utilisé pour creuser des trous, en particulier dans le cuir) qui venait du Caucase, et plus encore, » continue-t-il.

Le professeur Yosef Garfinkel. (Autorisation : université hébraïque)

Langgut et Garfinkel n’ont pas été surpris de découvrir que les habitants de Tel Tsaf avaient été les premiers dans le monde à cultiver intentionnellement les oliviers et les figuiers dans la mesure où cultiver des fruits est un symbole de luxe et que le site est connu pour ses richesses exceptionnelles, a noté le communiqué de presse conjoint.

« La domestication des arbres fruitiers est un processus qui s’étend sur de nombreuses années et qui convient donc à
une société d’abondance plutôt qu’à une société tenue de se battre pour survivre », dit Langgut.

« Les arbres ne donnent des fruits que trois ou quatre ans après avoir été plantés. Dans la mesure où les vergers nécessitent un investissement initial substantiel puis qu’ils durent ensuite longtemps, ils ont une grande signification aux niveaux économique et social en matière de propriété des terres et de transmission aux générations qui suivent – des caractéristiques qui laissent penser aux balbutiements d’une société complexe. »

« De plus, il est très possible que les résidents de Tel Tsaf aient commercialisé des produits dérivés des arbres fruitiers, comme des olives, de l’huile d’olive, des figues séchées, qui ont une longue durée de conservation. De tels produits peuvent avoir permis la mise en place d’un commerce à longue distance qui a entraîné l’accumulation de richesses matérielles, et peut-être même la taxation – toutes ces initiatives initiales qui ont transformé les locaux en société, avec une hiérarchie socio-économique soutenue par un système administratif », continue-t-elle.

Silos arrondis Tel Tsaf. (Crédit : Boaz Garfinkel / Université hébraïque)

Langgut remarque qu’en plus des éléments attestant d’une culture précoce des fruits, les chercheurs ont aussi découvert certains des plus anciens exemples de tampons, ce qui suggère les tous débuts des procédures administratives.

« Dans l’ensemble, nos découvertes indiquent de la richesse et les toutes premières avancées vers une société complexe à de multiples niveaux, avec la catégorie des agriculteurs qui se trouve complétée par les catégories des administrateurs et des commerçants », dit-elle.

Cette dernière recherche est parue au mois de mai dans le journal à comité de lecture Scientific Reports, du groupe qui publie Nature.

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