Les rabbins européens ne reconnaissent plus les conversions israéliennes privées
Rechercher

Les rabbins européens ne reconnaissent plus les conversions israéliennes privées

Dans le cadre d'un accord avec le Grand-Rabbinat d'Israël, les conversions par la Conférence des rabbins européens seront reconnues par les instances israéliennes

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

L'immersion au mikvé est nécessaire pour les conversions orthodoxes et conservatrices, et fortement recommandée pour les conversions réformés. (Crédit : Mayyim Hayyim/Tom Kates via JTA)
L'immersion au mikvé est nécessaire pour les conversions orthodoxes et conservatrices, et fortement recommandée pour les conversions réformés. (Crédit : Mayyim Hayyim/Tom Kates via JTA)

La Conférence des rabbins européens a conclu un accord avec le grand rabbinat israélien pour la reconnaissance par les instances rabbiniques publiques israéliennes des conversions au judaïsme réalisées par ses membres.

En échange, les dirigeants religieux israéliens ont accepté de rejeter les conversions israéliennes privées, réalisées hors des auspices de l’Etat. Cet accord a été dénoncé par les Israéliens défenseurs du pluralisme religieux, qui ont demandé au procureur général d’intervenir.

Cet accord semble être bénéfique pour la lutte interne que mène le Grand-Rabbinat contre les conversions par des tribunaux rabbiniques privés, auxquelles il s’oppose. Cela pourrait se révéler aussi problématique pour les convertis israéliens vivant en Europe, et dont la judéité est rejetée par Israël, au motif que la conversion a été réalisée dans le privé.

Mais cela fait considérablement reculer l’influence du rabbinat sur les conversions orthodoxes européennes, laissant la pratique religieuse à la discrétion des dirigeants religieux locaux. Cet accord facilitera également les démarches d’immigration pour ces convertis européens désireux d’installer en Israël.

L’accord, annoncé par Israel Hayom lundi, a été confirmé pas une coalition de 700 rabbins orthodoxes européens, dont les grands-rabbins français et britannique lundi soir.

Le pacte stipule également que les rabbins d’Etat israéliens désireux de procéder à une conversion en Europe doivent en obtenir l’autorisation de la Conférence des rabbins européens.

« Cet arrangement garantira que les normes de conversions sont maintenues en Europe et en Israël, » a déclaré Pinchas Goldschmidt, grand-rabbin de Moscou et président de la Conférence.

Il a salué le veto opposé par l’organisation sur l’identité des rabbins que le Grand-Rabbinat israélien peut dépêcher en Europe pour des conversions. Ce veto est « très lourd de sens », parce qu’il « montre la compréhension du Grand-Rabbinat sur les communautés européennes et la position de nos rabbins en Israël ».

Le rabbin Pinchas Goldschmidt. (Crédit : Flash90)

« Les conversions ont toujours été quelque chose d’important, et nous avons besoin de normes internationales pour garantir que ceux qui ont déjà été convertis puissent se déplacer librement dans le monde juif. C’est une mesure importante et nous sommes fiers du résultat de cette décision. Nous nous approchons d’une communauté juive internationale plus forte et plus unie », a ajouté Goldschmidt.

Cette démarche a suscité l’opposition de l’organisation ITIM, qui administre les tribunaux rabbiniques privés Giyur Ka’Halakha. Ces tribunaux procèdent à des conversions conformes à l’interprétation orthodoxe de la loi juive, mais ne sont pas reconnues par les autorités religieuses.

« Cet accord restreindra considérablement les conversions européennes (les conversions opérées par la CER prennent entre 12 et 36 mois) et cela rendra le mariage, les études en yeshiva, et la participation à d’autres aspects de la loi juive impossible en Europe, pour des millions de citoyens israéliens », a déclaré ITIM dans un communiqué.

Dans une lettre adressée au procureur général Avichai Mandelblit, l’organisation l’a imploré de bloquer cet accord, affirmant que les autorités religieuses n’étaient pas habilitées à conclure des accords qui portent sur les activités religieuses des Juifs de la diaspora.

« Une fois de plus, le Grand-rabbinat conclut des accords politiques au lieu de se préoccuper du bien-être du peuple juif. Il tente à la fois de consolider son monopole sur les conversions en Israël, et d’étendre son influence en Europe », a déclaré le rabbin Seth Farber, directeur de ITIM dans un communiqué.

Le rabbin Seth Farber, chef de l’organisation Itim, photo non datée (Crédit : Itim)

« Itim prendra toutes les mesures légales possibles pour lutter contre cet abus de pouvoir, qui va à l’encontre de la loi juive et ne prend pas en compte les besoins du peuple juif », a-t-il ajouté.

Actuellement, le Grand-Rabbinat, géré par des ultra-orthodoxes, détient le monopole des conversions au judaïsme reconnues par l’Etat. Un projet de loi, qui n’a pas encore été débattu, vise à rationaliser les conversions en un processus uniforme sous les auspices d’une nouvelle instance orthodoxe autorisée par l’Etat.

En juin, Moshe Nissim, ancien ministre de la Justice, des Finances et de l’Industrie, a soumis au Premier ministre Benjamin Netanyahu ses dernières recommandations sur ce projet de loi. Les grands-rabbins d’Israël et 25 rabbins sionistes religieux ont appelé Netanyahu à rejeter la proposition consistant à réviser le système de conversion au judaïsme dans le pays. Le projet de loi avait également été rejeté par les dirigeants reformés et massorti, qui dénonçaient le contrôle exercés par les orthodoxes sur le processus.

Ce projet de loi, qui est l’une des nombreuses tentatives de légiférer la conversion, survient après que la Haute cour de justice a progressivement élargi la définition du Juif, et donc de l’éligibilité à la citoyenneté israélienne.

En mars 2016, la Haute cour avait décidé que les non-Israéliens convertis en Israël par des tribunaux rabbiniques privés, ultra-orthodoxes pour la plupart, mais non-affiliés au Grand-Rabbinat d’Israël, pouvaient demander la citoyenneté.

La cour avait décidé que si les individus résidaient en Israël légalement, leurs conversions seraient jugées valides dans le cadre des demandes de nationalité en vertu de la loi du Retour.

La Loi du Retour stipule que quiconque a au moins un grand-parent juif, ou s’est converti dans un tribunal reconnu hors de l’Etat d’Israël, est éligible à la citoyenneté israélienne. La Loi du Retour ne peut pas, en revanche, accorder à ces citoyens une reconnaissance de judéité par le Grand-Rabbinat israélien.

Depuis 1989, les conversions réalisées en dehors d’Israël par tous les courants du judaïsme sont considérés comme base légale valide dans le cadre de la Loi du Retour. Cependant, depuis 2005, la Haute cour a reporté sa décision sur le statut des conversions en Israël dans le cadre de la Loi du Retour, jusqu’à la décision de mars 2016.

Amanda Borschel-Dan a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...