Les touristes israéliens pourront-ils suivre les strictes règles des Emirats ?
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Les touristes israéliens pourront-ils suivre les strictes règles des Emirats ?

L'accord de paix devrait permettre de faire des EAU une destination prisée des Israéliens, mais les Juifs locaux mettent en garde contre des normes sociales très strictes

  • Le rabbin Yaakov Eisenstein, à droite, supervise la préparation des plats au Elli's Kosher Kitchen, à Dubaï, le 5 octobre 2020. (Crédit :  GIUSEPPE CACACE / AFP)
    Le rabbin Yaakov Eisenstein, à droite, supervise la préparation des plats au Elli's Kosher Kitchen, à Dubaï, le 5 octobre 2020. (Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP)
  • Un avion d'Etihad Airways qui transporte une délégation des Emirats arabes unis pour une visite officielle en Israël atterrit à l'aéroport Ben-Gurion, près de Tel Aviv, le 20 octobre 2020. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Un avion d'Etihad Airways qui transporte une délégation des Emirats arabes unis pour une visite officielle en Israël atterrit à l'aéroport Ben-Gurion, près de Tel Aviv, le 20 octobre 2020. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • La photo d'une femme, portant des écouteurs et en train de danser, affichée sur un mur de la Jumeirah Beach Residence à Dubaï, le 16 novembre 2020. (Crédit : Giuseppe CACACE / AFP)
    La photo d'une femme, portant des écouteurs et en train de danser, affichée sur un mur de la Jumeirah Beach Residence à Dubaï, le 16 novembre 2020. (Crédit : Giuseppe CACACE / AFP)
  • Erel Margalit, fondateur et président de Jerusalem Venture Partners (JVP), lors d'un séjour avec les membres d'une délégation du secteur hi-tech au  Dubai Financial Market (DFM), le 22 octobre 2020. (Crédit : Karim SAHIB / AFP)
    Erel Margalit, fondateur et président de Jerusalem Venture Partners (JVP), lors d'un séjour avec les membres d'une délégation du secteur hi-tech au Dubai Financial Market (DFM), le 22 octobre 2020. (Crédit : Karim SAHIB / AFP)
  • Les membres d'une délégation israélienne de high-tech passent devant une affiche du dirigeant de Dubaï, le cheikh Mohammed bin Rashid al-Maktoum, lors d'une réunion avec leurs homologues émiratis au siège des Accélérateurs d'avenir de Dubaï, le 27 octobre 2020. (Karim Sahib/AFP)
    Les membres d'une délégation israélienne de high-tech passent devant une affiche du dirigeant de Dubaï, le cheikh Mohammed bin Rashid al-Maktoum, lors d'une réunion avec leurs homologues émiratis au siège des Accélérateurs d'avenir de Dubaï, le 27 octobre 2020. (Karim Sahib/AFP)
  • L'hôtel de luxe Burj Al Arab, au premier plain, et le Burj Dubai, l'immeuble le plus grand du monde, en arrière-plan, à Dubaï, aux Emirats arabes unis, le 3 janvier 2010. (Crédit :  AP Photo/Kamran Jebreili)
    L'hôtel de luxe Burj Al Arab, au premier plain, et le Burj Dubai, l'immeuble le plus grand du monde, en arrière-plan, à Dubaï, aux Emirats arabes unis, le 3 janvier 2010. (Crédit : AP Photo/Kamran Jebreili)
  • Des responsables de DP World et de la firme israélienne Agrexco au marché de Dubaï, au mois de novembre 2020. (Crédit :  DP World)
    Des responsables de DP World et de la firme israélienne Agrexco au marché de Dubaï, au mois de novembre 2020. (Crédit : DP World)

JTA — Chevy Fleischman et une amie ont pris l’habitude de quitter Israël chaque année pour voyager dans une contrée éloignée à l’occasion de leurs anniversaires respectifs. L’année dernière, elles s’étaient envolées pour le Maroc. L’année précédente, elles avaient choisi de partir en vacances au Pérou.

Pour leur prochaine aventure, Fleischman, Juive orthodoxe et mère de cinq enfants, espère se rendre dans un pays qui, s’il est plus proche, a été toutefois interdit aux touristes israéliens jusqu’à une date récente : les Emirats arabes unis. Elle est impatiente de bronzer sur les plages, d’explorer les rues de Dubaï et de découvrir les magnifiques panoramas de la région désertique.

Elle est aussi enthousiaste à l’idée de se rendre dans un endroit où elle n’aura pas besoin d’apporter avec elle une valise entière de produits casher, comme cela a pu être le cas de précédents voyages. Le premier restaurant casher de Dubaï, le Kaf, vient d’ouvrir ses portes au Burj Khalifa, l’immeuble le plus haut du monde. De multiples hôtels proposent également une alimentation casher.

« Cela fait des années que nous avions envie d’aller dans un autre pays du Moyen-Orient, mais je suis née en Israël et c’était impossible de le faire », explique Fleischman à JTA. « Cela fait longtemps qu’on attendait d’avoir une chance d’aller dans un autre pays du Moyen-Orient et, dès que nous avons appris que Dubaï allait s’ouvrir, cette destination est entrée sur notre liste des priorités. »

Les EAU, une petite et riche nation, située à seulement trois heures de Tel Aviv par avion, espère devenir la prochaine destination touristique prisée par les Israéliens. Les deux pays ont signé un accord de normalisation à la Maison Blanche en septembre dernier, ce qui a permis d’établir des relations diplomatiques pleines et entières et des liens commerciaux entre les deux Etats. Ce traité a été une avancée historique pour Israël qui tente, depuis des décennies, de nouer des relations avec les pays arabes.

Photo d’illustration : Le rabbin Yaakov Eisenstein, à droite, supervise la préparation des plats au Elli’s Kosher Kitchen, à Dubaï, le 5 octobre 2020. (Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP)

Pour les Israéliens ordinaires, le plus important changement est peut-être l’ajout de cette destination à la liste de pays dans lesquels ils peuvent se déplacer. Israël étant un pays minuscule, les voyages internationaux pour ses citoyens sont fréquents et les Israéliens apprécient pouvoir profiter de vols peu onéreux vers l’Europe avoisinante et ailleurs. Les jeunes Israéliens qui terminent leur service militaire entreprennent souvent des voyages plus lointains et plus longs, notamment vers l’Inde ou l’Amérique du Sud.

Les EAU souhaitent se positionner comme une option peu chère et facile d’accès pour une évasion de week-end – en particulier dans le contexte de la pandémie de coronavirus, alors que les Israéliens s’irritent d’être bloqués chez eux depuis des mois. Les transporteurs aériens israéliens ont déjà noté un intérêt significatif de la part des touristes et les lignes aériennes explorent le potentiel des EAU en tant que destination pour des séminaires d’entreprise ou pour des voyages organisés. Un accord portant sur la non-nécessité de visa entre les deux Etats a été signé au mois d’octobre – avec pour conséquence qu’il est dorénavant plus facile pour les Israéliens d’entrer aux Emirats que de pénétrer sur le sol des Etats-Unis.

Le premier avion de touristes israéliens s’est posé à Dubaï au début du mois. Lundi, la compagnie El Al, le transporteur national israélien, a annoncé qu’elle mettrait en place 14 vols par semaine vers les EAU dès le mois prochain. D’autres compagnies aériennes prévoient de lancer des lignes entre les deux pays au mois de décembre.

Il est difficile de dire comment la pandémie et la crise économique qui en a découlé affecteront les chiffres du tourisme. Mais certains Israéliens organisent d’ores et déjà leur séjour.

Des délégués des EAU saluent l’avion d’El Al au départ, à la fin des pourparlers de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis, à Abou Dhabi, le 1er septembre 2020. (Bureau du porte-parole d’El Al)

« Les gens, là-bas, ont l’air chaleureux et amicaux et les panoramas à découvrir valent le coup », explique Rona Michelson, une guide touristique israélienne. « Les Emirats semblent avoir beaucoup à offrir. » Michelson ajoute qu’elle est d’ores et déjà en train de préparer un voyage aux EAU.

Tout séjour comprendra probablement une visite des sites touristiques majeurs et des attractions commerciales – comme Burj Khalifa, le musée du Louvre d’Abou Dhabi, le parc intérieur à thème Warner Bros. et le Dubai Mall, qui s’enorgueillit de compter environ 1 300 magasins. À visiter également, l’archipel Palm Jumeirah, un ensemble d’îles artificielles.

Mais certains Israéliens sont toutefois inquiets à l’idée de se rendre dans cette monarchie constitutionnelle connue pour ses répressions des libertés civiles. Selon un rapport publié cette année par Human Rights Watch, la liberté d’expression, aux Emirats, est limitée et « en particulier dans les cas liés à la sécurité de l’Etat, où les individus courent un grave danger de détention arbitraire et clandestine et sont susceptibles de subir de mauvais traitements, des acte de torture, d’être placés en confinement prolongé ou à l’isolement, sans aucun accès à une aide juridique ».

« Les Israéliens ne comprennent pas que les Emiratis ne sont pas comme les Egyptiens ou les Palestiniens avec lesquels ils ont pu être en contact », explique Claire Blumenthal, une Juive américaine qui a vécu dans les deux pays pendant de longues périodes. « Boire de l’alcool n’est pas illégal mais si vous êtes dans la rue, il est interdit d’avoir un comportement ivre. Vous écoperiez d’une amende et vous seriez emprisonné. »

Les sanctions contre la consommation d’herbe sont encore plus sévères, raconte-t-elle.

« Ce n’est pas le Sinaï », continue-t-elle, en référence au désert égyptien adjacent en Israël où les Israéliens se rendent depuis longtemps pour consommer de la marijuana. « C’est Dubaï. Vous serez emprisonné à vie. Si Dubaï est un haut-lieu pour faire la fête, il est impossible de faire les choses ouvertement et je pense que les Israéliens doivent bien avoir conscience de cela. »

La photo d’une femme, portant des écouteurs et en train de danser, affichée sur un mur de la Jumeirah Beach Residence à Dubaï, le 16 novembre 2020. (Crédit : Giuseppe CACACE / AFP)

Voyager dans le pays peut également être dangereux pour les femmes. En 2016, une ressortissante britannique avait été arrêtée après avoir affirmé qu’elle avait été violée par deux de ses compatriotes au cours de vacances passées à Dubaï. Selon Human Rights Watch, « les femmes qui dénoncent un viol peuvent tout autant être poursuivies pour relation sexuelle consentie » en raison d’un article du code pénal émirati qui interdit les « attentats à la pudeur ».

« Dubaï s’efforce de conserver sa réputation promue de tolérance, de modernité, de progressisme, axée sur le bonheur et la positivité tout en sanctionnant régulièrement des femmes qui viennent rapporter un crime sexuel », avait écrit Radha Stirling, fondatrice du groupe Detained in Dubai, dans un journal britannique, The Independent, en 2016. « Tout le glamour, le faste et autres feux d’artifices présentés dans la presse internationale ne suffisent pas à déguiser l’image négative que des exemples tels que celui-ci sont susceptibles d’entraîner. »

Thani Al Shirawi, membre fondateur du Conseil commercial EAU-Israël, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes, explique pour sa part que les Emirats tentent actuellement d’enseigner à leurs citoyens « la doctrine de la tolérance » à l’égard des visiteurs étrangers et notamment des Israéliens. En plus de la nourriture casher dans les hôtels, une équipe de football des EAU, Al-Nasr Dubai, vient juste de signer un contrat avec Dia Saba, qui joue au sein de l’équipe nationale israélienne.

Al Shirawi estime que les Israéliens se sentiront plus à l’aise lors de leur séjour dans le pays qu’en Egypte et en Jordanie, des pays voisins de l’Etat juif qui sont en paix avec Israël depuis des décennies, dans la mesure où Israël et les Emirats ne se sont jamais affrontés au cours d’une guerre.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, à gauche, salue le ministre des Affaires étrangères Sheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyan, avec le ministre Allemand des Affaires étrangères Heiko Maas face à eux au musée de la Shoah à Berlin, le 6 octobre 2020. (Crédit : MICHELE TANTUSSI / POOL / AFP)

« Nous devons saluer nos leaders parce qu’ils ont fait de la tolérance une doctrine et ils ont réclamé l’acceptation de tout un chacun », poursuit-il.

Les membres de la communauté juive de Dubaï, qui était restée sous les radars jusqu’à une date récente et qui est composée d’expatriés venus du monde entier, sont aussi enthousiastes face à l’arrivée potentielle de nombreux Israéliens. Selon les estimations, 1 500 Juifs vivraient aux Emirats arabes unis.

« Je pense que ce que nous avons fait jusqu’à présent, c’est construire les structures de base pour une vie communautaire juive mais qu’à l’avenir, ces structures seront utilisées pour créer une communauté à part entière et mature », a commenté au mois d’août Ross Kriel, président du Conseil juif des Emirats. « Nous imaginons des écoles, un centre communautaire vibrant, de multiples lieux de culte, des restaurants casher et tout ce qui permet de créer une vie communautaire dynamique », a-t-il ajouté.

Indépendamment de ce qu’offre le pays et de la date à laquelle ils pourront se rendre aux EAU, certains Israéliens se disent heureux à l’idée de pouvoir se rendre dans un autre pays si proche mais qui leur était interdit jusqu’à cette année.

« Je suis très, très excité et je partirai à la première occasion », dit Yoni Mann, un immigrant américain vivant à Jérusalem. « C’est excitant d’aller enfin découvrir à quoi ressemble une paix chaleureuse avec nos cousins arabes. »

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