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Levallois: Des parents refusent l’inscription d’un bébé non-juif dans une crèche juive

Mathilde, employée non-juive de la crèche juive Beth Hilel à Levallois, a démissionné après que des parents se sont opposés à l’inscription dans la crèche de sa fille non-juive

Levallois-Perret. (Crédit : Google Maps)
Levallois-Perret. (Crédit : Google Maps)

Mathilde, employée non-juive de la crèche juive Beth Hilel à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), a démissionné de ses fonctions après que des parents d’enfants se sont opposés à l’inscription dans la crèche de sa fille non-juive. Dans la foulée, elle a porté plainte pour discrimination au commissariat d’Ermont (Val-d’Oise).

L’histoire a été révélée le 9 août dernier par Le Parisien.

« Lors de mon premier jour de travail [à son retour de congé maternité], j’ai appris que certains parents ne voulaient pas que je m’occupe de leurs enfants. Je me sentais pointée du doigt. Je n’aurais jamais cru que cela pouvait m’arriver », a-t-elle expliqué auprès du journal. Elle travaillait dans la crèche depuis près de 4 ans.

« J’étais en congé maternité depuis le mois de janvier et j’avais obtenu une place pour ma fille à la crèche avec l’accord de ma direction. La crèche ferme au mois d’août, mais j’avais décidé de reprendre à la fin de mon congé maternité pour trois jours afin de me remettre dans le bain », a expliqué la jeune mère de 29 ans. Elle a alors appris que des parents avaient demandé à rencontrer la direction quelques semaines auparavant afin d’exprimer leur opposition à l’inscription de son bébé non-juif de deux mois.

« Même si je ne suis pas parvenue à mettre la main dessus, j’ai appris que plusieurs parents avaient fait une pétition contre la présence de ma fille », a ajouté Mathilde, qui estime que cette fronde a aussi pour origine sa situation de couple.

« Je suis en couple avec une personne transgenre qui est encore administrativement une femme mais dont la transition pour devenir un homme est quasiment achevée », a confié l’auxiliaire de vie. Elle s’est en effet procuré un message issu d’un fil de discussion entre parents qui semble attester cette version.

« La principale problématique ça reste quand même l’enfant non-juif issu d’une relation interdite. Pouvez-vous m’envoyer le nom de tous les parents qui sont d’accord avec le fait que c’est une aberration de prendre une enfant non-juive dans une des sections », peut-on lire dans ce message.

La directrice de la crèche, qui peut accueillir 64 enfants et emploie 16 auxiliaires de puériculture, a réagi immédiatement à la levée de boucliers contre l’auxiliaire.

« Lorsque les parents se sont présentés pour faire cette demande, je les ai recadrés en leur expliquant que la décision ne leur appartenait pas et que même s’ils venaient plus nombreux, nous serions inflexibles », a-t-elle expliqué. « Nous sommes une crèche associative qui accueille tous les enfants de parents résidant à Levallois-Perret sans distinction de religion. La liste des enfants à accueillir nous est transmise par la municipalité auprès de qui les parents font la demande comme partout ailleurs. Il est vrai qu’il y a plus d’enfants juifs car leurs parents font la demande dans notre établissement, mais nous ne faisons pas de différence entre les enfants. »

Elle nuance néanmoins l’opposition des parents. « À peine une dizaine de parents se sont opposés à la présence de ce bébé et leur principale crainte était que l’enfant aille ensuite à l’école juive Beth Hilel, située à proximité, mais qui ne relève pas de la même administration que nous », a-t-elle expliqué, assurant que l’identité du compagnon de Mathilde était connue de nombreux parents.

« Lorsqu’ils ont su qu’elle était enceinte, des parents ont ouvert une cagnotte pour son enfant, ou lui ont offert des vêtements de bébé et un siège auto. Elle n’a jamais été mise à l’écart pour cette raison », a-t-elle indiqué.

La directrice explique aussi que la fronde pourrait avoir pour origine une confusion parmi les parents. « Durant son congé maternité, des parents ont porté plainte car [une ancienne employée] aurait secoué leur enfant. Elle est partie suite à cet incident. Ces parents ont fait la confusion entre Mathilde et son amie [et ancienne collègue]. »

« Le jour où je suis venue chercher mes affaires, une mère de famille m’a dit qu’elle m’assimilait à mon ancienne collègue, tout en me disant que s’ils avaient voulu que leur enfant soit avec des non-Juifs, ils l’auraient mis dans une crèche publique », a expliqué Mathilde.

Elle indique que, malgré le soutien de sa direction, elle a préféré démissionner dès le lendemain de sa reprise anticipée. « Je ne veux pas prendre de risque pour ma fille. C’est dommage car même si je suis athée, je pense que le contact avec des enfants de parents juifs aurait contribué à l’ouverture d’esprit de ma fille, mais j’ai décidé que désormais, je ne mettrais ma fille que dans des structures classiques et non plus confessionnelles, car cela représente trop de problèmes », a-t-elle expliqué.

La procédure et l’enquête suite à la plainte doivent désormais démarrer.

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