L’histoire d’un kibboutz situé à l’extérieur de Jérusalem et construit sur un ancien palais
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L’histoire d’un kibboutz situé à l’extérieur de Jérusalem et construit sur un ancien palais

Les jardins archéologiques de Ramat Rachel racontent l’histoire des légionnaires romains, de rois judéens et des conquérants assyriens

  • Un arbre poussant dans une sculpture conçue par un résident de Ramat Rachel au poste d'observation Yair dans le kibboutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Un arbre poussant dans une sculpture conçue par un résident de Ramat Rachel au poste d'observation Yair dans le kibboutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • L'allée menant aux jardins archéologiques de Ramat Rachel découvert par hasard en 1954 (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    L'allée menant aux jardins archéologiques de Ramat Rachel découvert par hasard en 1954 (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une sculpture de « pierres croulants  » derrière les fouilles archéologiques à Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une sculpture de « pierres croulants » derrière les fouilles archéologiques à Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les chapiteaux décoratifs Proto-éoliques, qui se trouvaient autrefois sur des colonnes, sont vieux de plus de 2 500 ans (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les chapiteaux décoratifs Proto-éoliques, qui se trouvaient autrefois sur des colonnes, sont vieux de plus de 2 500 ans (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une statue de la matriarche Rachel créée en 1954 exposée en dehors de la maison d'hôtes du Kibbutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une statue de la matriarche Rachel créée en 1954 exposée en dehors de la maison d'hôtes du Kibbutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les Juifs vivant à l'époque des Romains dans la région de Ramat Rachel ont construit les columbariums découverts sur le site, qui ont été utilisés pour élever des colombes (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les Juifs vivant à l'époque des Romains dans la région de Ramat Rachel ont construit les columbariums découverts sur le site, qui ont été utilisés pour élever des colombes (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les ruines d'une villa romaine de l'époque probablement utilisés pour loger des représentants du gouvernement (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les ruines d'une villa romaine de l'époque probablement utilisés pour loger des représentants du gouvernement (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La vue depuis le poste d'observation, d'où l'on peut le monastère Mar Elias (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La vue depuis le poste d'observation, d'où l'on peut le monastère Mar Elias (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une ancienne grotte funéraire juive dans les jardins archéologiques de Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une ancienne grotte funéraire juive dans les jardins archéologiques de Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le secrétaire du Kibbutz Jossef (Joha) Engel à côté de ruines datant du 8ème siècle avant notre ère au Kibboutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le secrétaire du Kibbutz Jossef (Joha) Engel à côté de ruines datant du 8ème siècle avant notre ère au Kibboutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Une statue touchante se trouve juste en dehors de la maison d’hôtes rénovée du Kibboutz Ramat Rachel. Créé par le sculpteur David Polus en 1954, il représente la matriarche Rachel, tenant une torche dans une main et protégeant deux jeunes enfants avec l’autre. Polus a appelé la sculpture : « et les enfants sont retournés dans leur pays d’origine », évidemment inspiré des versets 31:16 de Jérémie, surtout, quand vous connaissez l’histoire du kibboutz.

Ramat Rachel a été fondée en 1926 entre Jérusalem et Bethléem par de jeunes idéalistes du contingent de Jérusalem Gdud le Haavoda de Trumpeldor – une brigade de travail qui a joué un rôle dans le développement physique de la Jérusalem moderne. Trois ans plus tard, quand les Arabes se sont révoltés dans tout le pays, Ramat Rachel a été complètement brûlée.

Pourtant, les résidents sont revenus et le kibboutz a prospéré. Avec des poulaillers, une laiterie, une boulangerie et une buanderie, ils ont monté une entreprise de camionnage qui marchait bien. Au moment où la guerre d’Indépendance a éclaté en 1948, le kibboutz comptait 200 membres et 150 enfants.

Immédiatement après que l’Etat d’Israël a été déclaré, la position de Ramat Rachel est devenue précaire au mieux. Pendant une courte période, au cours de violents combats, le kibboutz a été conquis et reconquis à plusieurs reprises. Enfin, le 25 mai 1948, Ramat Rachel a été reprise pour la dernière fois par les résidents et une unité du Palmach.

Une statue de la matriarche Rachel créée en 1954 exposée en dehors de la maison d'hôtes du Kibbutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Une statue de la matriarche Rachel créée en 1954 exposée en dehors de la maison d’hôtes du Kibbutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Un an et demi s’est passé avant que les 42 kibbutzniks reviennent à Ramat Rachel. Les rares qui sont revenus, y compris les veuves de guerre, étaient encore persuadés que le kibboutz avait un avenir. Ceci malgré le fait que Ramat Rachel soit située directement sur la nouvelle frontière avec la Jordanie, entourée de villages arabes et complètement coupée de toute autre implantation juive.

En outre, les produits laitiers, la boulangerie, la buanderie et les poulets ont tous été détruits pendant la guerre. L’establishment israélien ne croyait pas dans la capacité du kibboutz de survivre, a expliqué le secrétaire du kibboutz Jossef (Joha) Engel et ils n’ont absolument pas proposé de l’aide. L’avenir avait l’air plutôt sombre.

Le secrétaire du Kibbutz Jossef (Joha) Engel à côté de ruines datant du 8ème siècle avant notre ère au Kibboutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Le secrétaire du Kibbutz Jossef (Joha) Engel à côté de ruines datant du 8ème siècle avant notre ère au Kibboutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Engel est arrivé en 1966 avec un groupe de jeunes soldats pionniers – le premier afflux de sang neuf depuis la guerre. Peu de temps après, tout a changé, car la guerre des Six Jours de 1967 a ouvert les frontières et Ramat Rachel a été revitalisée. Une nouvelle auberge de jeunesse a étonnamment marché, de sorte que le kibboutz a construit un grand hôtel et un grand centre sportif. Depuis Ramat Rachel a absorbé les immigrants en provenance d’Afrique du Sud, les gens des villes israéliennes, les groupes de jeunes militaires, tous devenant une partie d’une entreprise qui est restée fidèle aux valeurs de base du kibboutz.

Avec ses autres attractions, Ramat Rachel jouit d’un site archéologique fantastique qui est ouvert aux visiteurs toute la journée, tous les jours. Développé par le Fonds national juif (FNJ-KKL), le ministère du Tourisme et Ramat Rachel lui-même, il est le seul en son genre dans le pays dans lequel une entreprise privée comme un kibboutz a investi du temps et de l’argent mais qui cependant refuse encore de faire payer les frais d’entrée.

L'allée menant aux jardins archéologiques de Ramat Rachel découvert par hasard en 1954 (Crédit : Shmuel Bar-Am)
L’allée menant aux jardins archéologiques de Ramat Rachel découvert par hasard en 1954 (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Appelé les Jardins archéologiques de Ramat Rachel, le site a été découvert en 1954, lorsque le kibboutz a décidé de construire un château d’eau au sommet d’une colline. Parce que des tessons antiques et une grotte funéraire juive ont été trouvés à proximité au début des années 1930, l’Autorité des Antiquités d’Israël a parrainé une opération de sauvetage du site. Ce fut au cours de ces fouilles que l’archéologue Yochanan Aharoni a déterré des artefacts datant de l’époque des rois de Judée.

Pendant les huit années suivantes, plus de fouilles ont été réalisées, avec des résultats qui semblaient indiquer qu’une citadelle royale avait été construite sur la colline le chemin pendant le 8e siècle avant notre ère. Aharoni a conclu qu’il devait appartenir à un roi de Judée – peut-être Johaikim ; d’autres pensaient que le palais du roi Ezéchias se tenait sur le site. Et pendant un demi-siècle, tout le monde supposait qu’ils avaient à faire à des restes de Judée.

Une ancienne grotte funéraire juive dans les jardins archéologiques de Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Une ancienne grotte funéraire juive dans les jardins archéologiques de Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Des fouilles ont recommencé en 2004 qui ont eu des résultats étonnants : le palais était beaucoup plus grand qu’on ne le pensait à l’origine et avait été diversement habitée : par les Assyriens, les Perses et les Babyloniens. Incroyablement, malgré le fait qu’il n’y ait pas de source d’eau importante dans la région, le site dispose d’une grande collection de bassins pour se baigner et les citernes.

Quatre sculptures en pierres qui semblent être à deux doigts de s’écrouler ont été créées dans les Jardins de Ran Morin, qui a conçu et développé le site entre 1996 et 2002. À l’époque, les limites du palais judéen semblaient claires et Morin a placé quatre structures rocheuses « croulants » aux coins de chaque mur. Aujourd’hui, bien sûr, à la suite des fouilles menées par l’archéologue Oded Lipschits, le site va bien au-delà des supposées limites initiales.

Une sculpture de « pierres croulants  » derrière les fouilles archéologiques à Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Une sculpture de « pierres croulants » derrière les fouilles archéologiques à Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Près du château d’eau dont la construction allait avoir des conséquences profondes, trois chapiteaux proto-éoliques datant du 8e siècle avant notre ère sont exposés. Les chapiteaux proto-éliques sont des pierres rectangulaires comportant un triangle central et des décorations sur les deux côtés. Sur les 25 découverts en Israël, dix ont été retrouvés ici et prouvent les récits sur l’élégance de l’ancien palais.

Les chapiteaux décoratifs Proto-éoliques, qui se trouvaient autrefois sur des colonnes, sont vieux de plus de 2 500 ans (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Les chapiteaux décoratifs Proto-éoliques, qui se trouvaient autrefois sur des colonnes, sont vieux de plus de 2 500 ans (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Lorsque les Hasmonéens (Maccabés) sont arrivés au pouvoir au deuxième siècle avant notre ère, ils ont détruit la citadelle et ses jardins luxuriants – apparemment dans le but d’éliminer toute trace de la domination étrangère à Jérusalem et ses environs. Des mikvaot (bains rituels) d’une période où il y avait une implantation juive ici ont été alimentés par l’eau qui avait irrigué les jardins élaborés du palais.

Quinze pièces d’argent d’un type avec lequel les Juifs payaient la taxe du Temple aux Romains ont été découvertes dans l’un des columbariums. Les Juifs ont construit des columbariums pour élever des colombes qu’ils vendaient aux pèlerins qui passaient par là sur leur chemin vers le Temple de Jérusalem. Engel estime que, comme la maison d’hôtes du kibboutz d’aujourd’hui, il y aurait eu un « hôtel » ici pour que les voyageurs y passent la nuit.

Les Juifs vivant à l'époque des Romains dans la région de Ramat Rachel ont construit les columbariums découverts sur le site, qui ont été utilisés pour élever des colombes (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Les Juifs vivant à l’époque des Romains dans la région de Ramat Rachel ont construit les columbariums découverts sur le site, qui ont été utilisés pour élever des colombes (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les résidents suivants étaient byzantins, qui ont construit des églises, l’une sur l’autre du 4e au 8e siècles. Les vestiges d’une église, avec des mosaïques, sont visibles sur le site. Les archéologues estiment que pendant cette période, il y avait 5 000 personnes qui vivaient et cultivaient dans cette zone.

Non loin d’un complexe byzantin, il y a les ruines d’une villa romaine de l’époque qui abritaient probablement des fonctionnaires et des officiers romains importants. En effet, Aharoni a découvert un établissement de bains dont les piliers ont été estampillés du sceau de la dixième légion.

Les ruines d'une villa romaine de l'époque probablement utilisés pour loger des représentants du gouvernement (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Les ruines d’une villa romaine de l’époque probablement utilisés pour loger des représentants du gouvernement (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les tunnels de communication le long de la passerelle sont les vestiges les plus modernes, utilisés de 1948 à 1967. Un événement tragique a eu lieu au cours de ces dangereuses années à la frontière le 23 septembre 1956.

En assistant à la 12e conférence de l’Israel Exploration Society au kibboutz, les participants se sont rendus sur les lieux des fouilles. Beaucoup d’entre eux étaient debout sur le toit du château d’eau pour écouter les explications d’Aharoni, quand un tireur d’élite jordanien a tiré de son poste à côté du monastère Elias Mar à proximité. Quatre personnes ont été tuées tandis que 17 autres ont été blessées, dont l’un est décédé plus tard des suites de ce qui est devenu connu dans l’Histoire sous le nom de l’ « incident des archéologues ».

Au cours de leur visite dans les jardins, les visiteurs peuvent voir un chêne qui semble sortir d’un gros tas de pierres. Des sculptures comme celles-ci sont la marque de Ran Marin et la principale caractéristique du poste d’observation Yair (Engel), qui a une histoire émouvante.

Un arbre poussant dans une sculpture conçue par un résident de Ramat Rachel au poste d'observation Yair dans le kibboutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Un arbre poussant dans une sculpture conçue par un résident de Ramat Rachel au poste d’observation Yair dans le kibboutz Ramat Rachel (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Un kibbutznik de troisième génération, qui est né et a grandi à Ramat Rachel, le fils d’Engel Yair était un amoureux de la nature, un joueur de basket très prometteur et un poète doué. Quand il était dans en 11e année, la classe de Yair a fait un voyage scolaire en Pologne et a participé à la Marche des vivants. Avant leur visite prévue à Auschwitz, Yair a composé un poème intitulé Six Million Brothers qui a été lu à la cérémonie de commémoration du camp.

À 18 ans, Yair s’est porté volontaire pour entrer dans les Navy Seals. En 1966, après seulement 16 mois dans l’armée, il a été tué dans un accident lors d’un entrainement sous-marin. Le poste d’observation Yair a été inauguré en sa mémoire sur le bord des jardins trois ans plus tard.

De ce belvédère, il y a une vue magnifique sur la Vieille Ville de Jérusalem et sur le nouveau Jérusalem : vous pouvez même voir le mont du Temple, en dépit de tous les gratte-ciel en construction, et la route beaucoup oh combien importante entre le lieu de naissance de David (Bethléem) et le lieu de son repos final (Jérusalem).

La vue depuis le poste d'observation, d'où l'on peut le monastère Mar Elias (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La vue depuis le poste d’observation, d’où l’on peut le monastère Mar Elias (Crédit : Shmuel Bar-Am)
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