« L’insouciance tue mes patients, Trump n’est pas un bon exemple », dit un médecin
Rechercher

« L’insouciance tue mes patients, Trump n’est pas un bon exemple », dit un médecin

"La mort de chaque patient qui n'avait pas à mourir me bouleverse", déclare le docteur Daniel King de Kfar Saba, qui a perdu quatre personnes sous ses soins en une journée

Des employés de la Chevra Kadisha portant des vêtements de protection, portent le corps d'un homme décédé des suites de complications d'une infection au Coronavirus (COVID-19), au salon funéraire Shamgar à Jérusalem, le 29 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des employés de la Chevra Kadisha portant des vêtements de protection, portent le corps d'un homme décédé des suites de complications d'une infection au Coronavirus (COVID-19), au salon funéraire Shamgar à Jérusalem, le 29 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Après quatre décès dans ses services en une seule journée, le Dr Daniel King s’est dit ému, pleurant ses défunts, s’inquiétant pour ses patients et craignant l’impact que les dernières annonces du président américain Donald Trump pourraient avoir sur la situation sanitaire en Israël.

« Les équipes médicales ici souffrent », témoigne le Dr King, l’un des principaux médecins du centre médical Meir à Kfar Saba, où l’on compte actuellement 64 patients malades du coronavirus, dont 13 sont dans un état critique. « Nous ne sommes pas habitués à ce genre de soins intensifs et nous ne sommes pas habitués à ce taux de mortalité. »

« Nous sommes habitués à avoir beaucoup plus de succès, et ce virus est très difficile à traiter », explique-t-il. « C’est une très vilaine maladie, c’est tout ce qu’il y a à dire. »

M. King estime que le non-respect des directives relatives au coronavirus est à l’origine de nombreux décès. « La mort de chaque patient qui n’avait pas à mourir me bouleverse », confie-t-il. Et il s’inquiète du fait que, alors que la population a besoin de bons exemples, les images circulant dans les médias du monde entier leur donnent le contraire.

Le président Donald Trump retire son masque à son retour à la Maison Blanche après son hospitalisation pour cause de Covid-19, le 5 octobre 2020 à Washington. (Win McNamee/Getty Images/AFP)

Lundi, M. Trump a quitté l’hôpital après trois jours de traitement pour infection au COVID-19, en demandant aux Américains de ne pas avoir peur, en supputant qu’il pourrait être immunisé et en entrant à la Maison Blanche sans masque de protection.

En Israël, la police découvre régulièrement des cas de patients infectieux qui enfreignent les ordres de quarantaine, et le premier contrevenant présumé a été inculpé lundi. Le docteur King pense que la conduite de Trump sera considérée par certains Israéliens, infectés ou non, comme une autorisation à adopter une attitude négligente vis-à-vis des restrictions.

« Les gens cherchent des solutions faciles où qu’ils soient, donc si une personne dit ‘je peux être infecté et sortir après quelques jours’, ils pourront se dire : ‘Je ne suis pas le premier à faire ça, c’est Donald Trump qui l’a fait' »

King s’est entretenu avec le Times of Israël mardi, alors que le confinement se poursuit en Israël et que les hôpitaux du pays traitent un total de 1 650 patients contaminés, dont la moitié se trouvent dans un état grave. Il a déclaré que la journée de dimanche, lors de laquelle quatre de ses patients sont morts, avait été le pire jour dans son hôpital en termes de décès depuis le début de la pandémie.

Un patient traité dans l’unité COVID-19 de l’hôpital Meir à Kfar Saba, le 9 septembre 2020. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Si les chiffres de cette semaine concernant les nouveaux patients infectés reflètent une baisse par rapport à ceux de la semaine dernière, M. King pense que cela doit être analysé avec prudence et exhorte la nation à « s’accrocher, car nous devons encore obtenir des taux d’infection beaucoup, beaucoup plus bas ».

M. King trouve particulièrement choquant de voir dans ses services de jeunes patients décéder, et rapporte que, contrairement à la première vague, un nombre significatif de jeunes se retrouvent à l’hôpital.

Le Dr Daniel King de l’hôpital Meir à Kfar Saba. (Autorisation : Meir Medical Center)

« C’est un peu plus effrayant quand vous voyez un homme de 47 ans qui lutte pour maintenir son niveau d’oxygène », dit-il, en précisant qu’il traite actuellement trois personnes de moins de 50 ans dans un état grave. « Nous avons l’habitude de traiter des personnes âgées gravement malades, et maintenant nous voyons aussi des gens plus jeunes qui étaient auparavant en bonne santé. »

Et d’ajouter : « Les jeunes qui arrivent à l’hôpital peuvent finir par être très, très malades. »

Le cinquantenaire, qui a été infecté lors de la première vague avant de se rétablir complètement, se considère chanceux lorsqu’il voit l’impact du virus sur les personnes de 30, 40 et 50 ans.

Au sujet des patients plus âgés, il souligne que la perception selon laquelle il s’agit généralement de personnes ayant de nombreuses pathologies sous-jacentes est erronée. « L’un de ceux qui sont morts dimanche était un homme de 66 ans, que j’avais soigné, et nous avions vraiment tissé des liens », rapporte M. King. « Il avait tellement de choses devant lui. Même ces personnes ‘âgées’ sont souvent en bonne santé lorsqu’elles sont infectées. »

Il indique que parler de « pathologies sous-jacentes » peut être trompeur, car les gens souffrent souvent de pathologies qui ont un impact minimal sur leur vie et présentent un bon pronostic – jusqu’à ce qu’ils attrapent le coronavirus. « Il y a très peu de gens qui n’ont pas consulté un médecin depuis 40 ans, mais beaucoup de ceux que nous voyons ne prennent pas de médicaments et mènent une vie normale », révèle M. King.

À chaque décès, le médecin se retrouve à songer à la probabilité que, dans la chaîne d’infection qui a conduit à la contamination de la personne décédée, quelqu’un n’a pas respecté les règles. « Je ne sais pas précisément comment cet homme qui est mort dimanche a été infecté mais, en général, à un moment donné de la chaîne d’infection, quelqu’un pourrait bien avoir agi de manière imprudente. »

Selon lui, « des gens meurent parce que d’autres personnes ne peuvent pas supporter les restrictions, parce que d’autres personnes disent ‘ça va aller’, parce que d’autres personnes disent ‘ça ne m’arrivera pas’ et n’intériorisent pas que le respect des mesures vise à protéger les autres ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...