L’Iran est-il le nouvel Irak ? Voici les similitudes, et les grandes différences
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Analyse

L’Iran est-il le nouvel Irak ? Voici les similitudes, et les grandes différences

Alors que les États-Unis assènent des avertissements sérieux à l'Iran, plusieurs éléments rappellent ceux qui ont précédé la guerre en Irak de 2003, notamment le facteur israélien

Ron Kampeas
Un hélicoptère livre des équipements au porte-avions américain USS Abraham Lincoln en Méditerranée qui se dirige vers le Golfe persique, le 8 mai 2019. (Crédit : US Navy/Michael Singley)
Un hélicoptère livre des équipements au porte-avions américain USS Abraham Lincoln en Méditerranée qui se dirige vers le Golfe persique, le 8 mai 2019. (Crédit : US Navy/Michael Singley)

WASHINGTON (JTA) – L’administration américaine émet de graves avertissements au sujet d’une nation du golfe Persique ? On parle de guerre et on s’interroge sur la qualité des renseignements récoltés. Et ceux qui soutiennent la confrontation avec l’Iran comme ceux qui ne le font pas citent Israël comme un facteur.

Si le discours sur la guerre en Iran semble familier, c’est peut-être parce que certains éléments rappellent ceux qui ont précédé la guerre en Irak de 2003, notamment le facteur israélien.

La grande différence : Israël – sous le Premier ministre Ariel Sharon – et ses partisans se méfiaient de l’aventure irakienne de George W. Bush. Israël, sous la direction du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a été un fervent partisan de l’attitude conflictuelle de l’administration Trump à l’égard de l’Iran.

Voici un comparatif.

Les armes

Irak : L’administration Bush s’est vantée d’avoir fait état d’éléments de ce qu’elle a dit être un programme d’armement nucléaire planifié par l’Irak et un programme d’armes chimiques existant. Les rapports d’après-guerre ont montré que les preuves étaient au mieux spéculatives et que les preuves du contraire avaient parfois été effacées. (Le même fonctionnaire irakien, le gendre de Saddam Hussein, qui a dit aux services de renseignements étrangers que l’Irak avait un programme d’armes chimiques, a également déclaré qu’il avait été démantelé en 1995. Mais les responsables de l’administration Bush, au premier rang desquels se trouve le secrétaire d’État Colin Powell, n’ont pas mentionné ce dernier point.)

Le chef de la sécurité de l’usine de chlore de Falloujah II, Mohammed Abid, marche parmi les bidons de chlore dans la cour de l’usine à Mulahimah, Irak, le jeudi 2 octobre 2003. Autrefois le « meilleur exemple » d’un programme d’armement déguisé de la CIA, l’usine chimique abandonnée est aujourd’hui davantage le symbole de l’écart entre la peur et la réalité dans la crise irakienne. (AP Photo/Greg Baker)

Iran : L’Iran possède l’infrastructure nécessaire pour produire des armes nucléaires, mais manque de matières fossiles en quantité suffisante et de tout le savoir-faire nécessaire, selon un rapport du Congressional Research Service daté du 10 mai. L’Iran affirme que son programme est pacifique, mais de nombreux services de renseignement occidentaux – dont Israël, de façon spectaculaire après le vol massif, il y a un an, d’archives iraniennes – ont affirmé que son objectif, du moins avant 2015, était de se procurer l’arme nucléaire. En vertu de l’accord nucléaire, l’Iran s’est engagé pour les 10 à 15 prochaines années à n’enrichir son uranium qu’à des niveaux adéquats pour la recherche médicale.

Les inspecteurs

Irak : Saddam Hussein, après la guerre du Golfe de 1991, a accepté de démanteler ses programmes d’armes de destruction massive et de permettre aux inspecteurs de l’ONU de vérifier leur conformité. Tout au long des années 1990, les inspecteurs se sont plaints des obstructions que Saddam Hussein leur a imposées et du non-respect de la lettre de l’accord, par exemple en ne leur permettant pas de visiter certains sites désignés. Cependant, à la veille de la guerre en Irak, Hans Blix, un inspecteur nucléaire qui était l’un des critiques les plus virulents de Saddam Hussein, a rapporté qu’il n’y avait aucune preuve que les armes de destruction massive revendiquées par l’administration Bush étaient un prédicat pour la guerre.

Iran : L’agence d’inspection nucléaire de l’ONU affirme que l’Iran respecte l’accord de 2015, qui prévoit l’échange de l’allégement des sanctions contre un retour en arrière dans le programme nucléaire iranien. (Le président Donald Trump a retiré les États-Unis de l’accord il y a un an.) Les critiques de l’accord affirment que ses inspections ne sont pas suffisamment intrusives et que l’Iran peut entraver considérablement les inspections d’un site non couvert par l’accord. Les inspecteurs n’ont pas encore exigé une telle inspection.

M. Mahmoud Ahmadinejad, alors président iranien, visite l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, à quelque 322 kilomètres au sud de la capitale iranienne, Téhéran, en 2008. (AP/Bureau présidentiel iranien)

Les mauvais acteurs

Irak : L’administration Bush a prétendu que Saddam avait des liens avec Al-Qaïda, l’organisation terroriste à l’origine des attentats terroristes du 11 Septembre 2001 à New York et Washington. Il n’existe pas de tels liens, et l’insistance de certains responsables sur leur existence a eu pour effet négatif d’accroître le profil et la popularité en Irak de terroristes qui ne bénéficiaient pas auparavant d’un large soutien.

Iran : L’Iran entretient depuis longtemps des liens avec des groupes d’insurgés de toute la région, principalement les milices terroristes du Hezbollah au Liban, qu’Israël considère comme l’un de ses plus redoutables ennemis. Sous la direction de l’Iran, le Hezbollah a joué un rôle crucial dans le combat, la répression et la victoire du régime d’Assad dans la guerre civile lancée par les dissidents en 2011. L’administration Trump affirme également que le soulèvement des Houthi au Yémen n’aurait pas eu lieu sans le soutien de l’Iran, et les Etats-Unis soutiennent la tentative saoudienne de l’écraser. Les détracteurs du soutien de Trump à la guerre saoudienne au Yémen affirment que le soulèvement est indigène et que le soutien iranien est exagéré, et que les États-Unis soutiennent effectivement une initiative qui a fait de nombreuses victimes civiles.

Un char de l’organisation terroriste du Hezbollah est aperçu dans la région de Qara dans la région de Qalamoun, en Syrie, le 28 août 2017. (Crédit : AFP / Louai Beshara)

Le renseignement

Irak : L’administration Bush a rendu publiques ses affirmations, fondées sur le renseignement, selon lesquelles l’Irak possédait des armes de destruction massive et était allié à des terroristes qui avaient pris pour cible les États-Unis. Ces revendications ont permis de susciter un large soutien bipartisan en faveur de la guerre. Au sein des communautés occidentales du renseignement – y compris aux États-Unis –, Washington a réduit au silence ou calomnié les dissidents qui ont déclaré que les renseignements étaient erronés. Ces déclarations ont été confirmées après la guerre lorsqu’on a découvert que ces renseignements avaient été déformés ou fondés sur des sources douteuses.

Iran : L’administration Trump cite des renseignements qui, selon les fonctionnaires, suggèrent une attaque imminente de l’Iran contre les forces américaines dans la région. La semaine dernière, elle a envoyé des renforts militaires dans la région et ordonné cette semaine l’évacuation partielle de l’ambassade des États-Unis à Bagdad. Les détails de ce que les Iraniens planifient exactement, et les preuves de ce qu’ils planifient en général, sont rares. Cette fois-ci, les parlementaires des deux parties, conscients des conséquences de la guerre en Irak (y compris la tache permanente sur la réputation des hommes et des femmes qui avaient des ambitions présidentielles), demandent des informations plus détaillées.

L’USS Abraham Lincoln navigue vers le sud en empruntant le canal de Suez, près d’Ismaïlia, le 9 mai 2019. (Autorité du canal de Suez via AP)

« Nous n’avons pas d’informations sur les renseignements qui permettent d’évacuer notre ambassade en Irak », a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency le sénateur Robert Menendez, démocrate du New Jersey, membre du Comité des affaires étrangères du Sénat des États-Unis. « Nous n’avons pas d’informations sur la finalité de l’administration et sur la manière dont elle tente d’y parvenir. Vous ne pouvez pas prendre des décisions de sécurité nationale et de politique étrangère à l’aveuglette. »

Israël et le facteur Netanyahu

Irak : Après la guerre en Irak, une théorie a fait son apparition selon laquelle elle a été menée en partie à la demande d’Israël et de ses partisans, notamment grâce à l’appui de certaines personnalités israéliennes, de parlementaires pro-Israël au Congrès et de certains groupes pro-Israël. M. Netanyahu, alors chef de la diplomatie israélienne, a préconisé la destitution de Saddam Hussein lors de son témoignage au Congrès en 2002. Les plus célèbres défenseurs de la théorie sur le rôle crucial d’Israël dans le déclenchement de la guerre étaient sans doute Stephen Walt et John Mearsheimer, deux éminents experts en politique étrangère, qui ont publié leur thèse dans un livre en 2007, « The Israel Lobby ».

En fait, les responsables du gouvernement israélien et les personnalités pro-israéliennes qui ont soutenu la guerre l’ont fait à la demande de l’administration Bush, et non l’inverse. Au cours de son premier mandat, le président George W. Bush s’en est tenu à la formule « avec nous ou contre nous » sur toutes ses politiques, mais en particulier sur l’Irak, et les dirigeants étrangers, les groupes de pression, les responsables politiques et les médias en quête d’accès se sont trouvés sous pression afin de souscrire à cette guerre. Le vice-président Dick Cheney a sollicité l’appui des dirigeants d’organisations juives et des parlementaires pro-israéliens en brandissant des renseignements qui se sont avérés infondés selon lesquels l’Irak avait dirigé des missiles vers Israël.

George W. Bush (à droite) et Ariel Sharon (à gauche) marchent ensemble à la fin d’une conférence de presse conjointe dans le Cross Hall de la Maison-Blanche à Washington, en avril 2004. (Crédit photo : AP/Pablo Martinez Monsivais, File)

Des personnalités pro-israéliennes se sont inquiétées en coulisses que l’engagement de l’administration Bush en Irak donne carte blanche à l’Iran – une crainte qui s’est révélée bien réelle lorsque le chaos de l’après-guerre a renforcé l’influence de l’Iran dans la région. Le Premier ministre Sharon, a-t-on appris après la guerre, avait exhorté Bush à limiter les objectifs de toute invasion.

Iran : Depuis les années 1990, Israël a été l’un des principaux moteurs de la confrontation de la communauté internationale avec l’Iran autour des ambitions nucléaires de Téhéran. Netanyahu – Premier ministre depuis 2009 – a intensifié la pression, en faisant du lobbying au sein des instances internationales et au Congrès américain. Les tensions entre l’administration Obama et Netanyahu se sont exacerbées en 2015 lorsque le dirigeant israélien a accepté l’invitation des Républicains à faire valoir ses arguments contre l’accord nucléaire au Congrès. M. Netanyahu a loué M. Trump à maintes reprises pour s’être retiré de l’accord nucléaire et a préconisé à l’Iran de renoncer à son programme nucléaire et à l’aventurisme dans cette région.

« Nous sommes unis dans notre désir de mettre fin à l’agression iranienne », a déclaré M. Netanyahu. « Je crois qu’Israël et tous les pays de la région, et tous ceux qui cherchent la paix dans le monde, devraient se joindre aux États-Unis pour faire face à l’agression iranienne. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, prononce un discours sur les archives iraniennes extraites par le Mossad, documentant le programme nucléaire iranien, au ministère de la Défense à Tel Aviv, le 30 avril 2018. (Crédit : AFP / Jack Guez)

Cela a conduit les détracteurs de la politique de l’administration Trump en Iran à citer Israël comme facteur. La représentante Tulsi Gabbard (Démocrate-Hawaï), l’une des 23 candidats à l’investiture présidentielle démocrate, a publié une vidéo sur les réseaux sociaux citant Netanyahu comme moteur de la marche vers une guerre avec l’Iran, mettant le Premier ministre israélien dans le même sac qu’Al-Qaïda, « néoconservateurs et néolibéraux », selon elle.

Le sénateur démocrate Menendez, un fervent partisan d’Israël, a déclaré que toute décision d’engager une action militaire contre l’Iran devait être fondée sur ce qui est le mieux pour les États-Unis et non pour Israël.

« Il n’y a aucun doute dans mon esprit que si l’Iran n’est finalement pas soumis à des contraintes, cela pourrait constituer une menace existentielle pour l’État d’Israël », a-t-il dit. « Mais en matière de sécurité nationale, nous prenons nos décisions en fonction des intérêts des États-Unis. »

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