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Logement en Israël : les organisateurs de manifs réclament un état d’urgence

En prévision des élections, les organisateurs cherchent le soutien de tous les partis politiques pour changer le marché du logement et de la location

Des Israéliens protestent contre la flambée des prix des logements à Tel Aviv et le coût général de la vie, place Habima, le 2 juillet 2022. (Crédit: Tomer Neuberg/Flash90)
Des Israéliens protestent contre la flambée des prix des logements à Tel Aviv et le coût général de la vie, place Habima, le 2 juillet 2022. (Crédit: Tomer Neuberg/Flash90)

Quelques semaines après les manifestations sur la place Habima à Tel Aviv et le retour des tentes dans les villes du centre, les organisateurs du mouvement Housing Protests 2022 ont dressé une liste de revendications. Ces demandes interviennent alors que les Israéliens se préparent à participer au cinquième scrutin national depuis 2019, avec le coût élevé de la vie comme préoccupation principale.

Les organisateurs soulignent qu’ils veulent que leur mouvement soit apolitique et qu’ils cherchent à obtenir le soutien du plus grand nombre possible de législateurs à leur plan destiné à contenir les excès d’un marché immobilier qu’ils considèrent hors de contrôle. Le mouvement est constitué d’individus dévoués venant de tous les coins du pays qui se sont trouvés sur Facebook. S’ils ont la détermination nécéssaire, ils n’ont pas encore trouvé les moyens optimaux pour faire bouger les choses.

Des milliers d’Israéliens ont manifesté à Tel Aviv contre la hausse du coût de la vie. Des Israéliens de tout le pays ont participé à des manifestations contre le coût de la vie le 30 juillet 2011. (Crédit : Gili Yaarir/ Flash90)

La campagne est encore loin d’avoir atteint le taux de mobilisation observée lors des manifestations pour la justice sociale en 2011, qui ont vu des centaines de milliers de personnes descendre dans la rue. Depuis lors, les réseaux sociaux ont connu un essor considérable, et les organisateurs sont confrontés à un défi majeur : convertir les « likes » Facebook en pas dans la rue. Ils reconnaissent qu’ils doivent recruter des adolescents qui comprennent les applications telles que TikTok et Instagram s’ils veulent toucher un public plus large.

Mais le rôle des réseaux sociaux implique également une campagne moins rationalisée, avec d’autres individus et de petits groupes se livrant à des coups d’éclat conçus expressément pour le public des réseaux sociaux dans le but de faire passer leur message – comme ce fut le cas la semaine dernière avec l’image de corps ensanglantés suspendus à un pont, qui a suscité des centaines de commentaires presque tous favorables.

Des corps et des bannières protestent contre le coût du logement et de la vie (Crédit : Facebook)

Le groupe organisateur a condamné ce type d’activisme. Il dit avoir consulté des experts financiers, juridiques et immobiliers pour établir une liste complète de revendications, qu’il a partagée avec le Times of Israel.

La priorité absolue est que la situation du logement soit déclarée comme étant un « état d’urgence national », selon les organisateurs.

Si tel était le cas, les législateurs pourraient alors faire pression pour que davantage de terrains contrôlés par l’État soient libérés en vue de développer des zones résidentielles, de manière à accroître l’offre, et pour que soient introduits des baux à long terme assortis d’une réglementation des prix des loyers.

Des Israéliens protestent contre la flambée des prix des logements à Tel Aviv et du coût de la vie, le 2 juillet 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le groupe souhaite que soit établie une « liste de prix de location équitable », avec des variations régionales appropriées, pour gérer les niveaux d’augmentation des loyers sur le marché.

Ce type d’intervention gouvernementale est devenu, ces dernières années, plus courant dans un certain nombre de pays développés. Et bien que les prix du logement aient globalement augmenté de façon exponentielle ces dernières années, avec une hausse de 15,4 % au cours des 12 derniers mois, une grande partie de la pression se fait sentir sur le marché locatif. Environ 30 % des Israéliens sont logés sur un marché locatif non réglementé où les prix des renouvellements de contrats augmentent de 30 à 50 %.

Les organisateurs sont fermement convaincus que le marché locatif doit être rééquilibré pour donner plus de droits et de stabilité aux locataires et – aspect plus controversé – que les niveaux de revenus devraient être pris en compte dans le marché. Une telle mesure serait totalement contraire au marché libre qu’Israël, ainsi que la plupart des pays, a maintenu jusqu’à présent en ce qui concerne le marché de l’immobilier.

Ils souhaitent également la création d’un registre gouvernemental des loyers chargé de superviser et d’appliquer les réglementations sur le marché de la location, y compris une liste nationale de prix de location équitables et une application plus stricte des réglementations existantes contre les propriétaires qui enfreignent la loi.

Des Israéliens protestent contre la flambée des prix des logements à Tel Aviv et le coût de la vie, le 2 juillet 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le groupe demande également un soutien substantiel aux primo-acquéreurs et des mesures dissuasives pour les investisseurs dans l’immobilier résidentiel. En tant que ministre des Finances, Avigdor Liberman a relevé le taux de la taxe d’achat sur les investissements à 8 % à la fin de l’année dernière, et a coopéré avec le ministre du Logement Zeev Elkin pour augmenter le nombre de nouveaux logements.

Le gouvernement sortant a prévu de libérer davantage de terrains publics pour le secteur résidentiel afin d’augmenter le nombre de nouveaux logements mis sur le marché, en particulier pour les premiers acheteurs, et d’essayer de développer les logements destinés à la location à long terme.

Les manifestants demandent la poursuite et le développement de ces politiques, ainsi que l’augmentation de l’offre de logements abordables.

En novembre dernier, M. Liberman avait promis d’étudier la possibilité de limiter la disponibilité des appartements pour les locations à court terme, comme sur Airbnb. L’idée a été abandonnée, mais le groupe de manifestants demande la réduction du nombre d’appartements Airbnb dans les zones de forte demande de logements, ainsi que des mesures dissuasives sur l’achat de biens immobiliers à des fins d’investissement par le biais des systèmes fiscaux et hypothécaires.

Les organisateurs demandent également une taxation et de lourdes amendes pour les propriétaires d’appartements vacants, des modifications de l’indice de construction afin de réduire les coûts d’achat d’un appartement neuf, ainsi qu’une optimisation du processus d’obtention de permis de construction, considéré comme un facteur de retard majeur sur le marché du logement.

Le groupe affirme qu’il a l’intention de maintenir cette question à l’ordre du jour national en exerçant une pression publique organisée et continue sur les décideurs clés.

Les prochaines manifestations publiques sont prévues pour le 18 juillet, devant la Knesset à Jérusalem.

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