L’ONG israélienne qui vient secourir les victimes touchées par des catastrophes
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L’ONG israélienne qui vient secourir les victimes touchées par des catastrophes

IsraAID s’appuie sur ses 1 400 bénévoles et 270 employés déployés dans les zones touchées

Niveen Rizkalla, une bénévole d'IsraAID, à Santa Rosa, en Californie, après les incendies d'octobre 2017. (Crédit : IsraAID)
Niveen Rizkalla, une bénévole d'IsraAID, à Santa Rosa, en Californie, après les incendies d'octobre 2017. (Crédit : IsraAID)

WASHINGTON (JTA) – Depuis 18 ans, l’ONG israélienne IsraAID mène des opérations de recherche et de secours, purifie l’eau, fournit une aide médicale d’urgence et ramène les victimes traumatisées vers un monde normal, dans des dizaines de pays frappés par des catastrophes naturelles.

Mais aucune saison n’a été plus chargée que l’été et l’automne 2017, a indiqué son co-directeur exécutif, Yotam Polizer, pendant une interview, et aucun pays n’a été plus touché que les Etats-Unis.

« Ces derniers mois ont été incroyables », a-t-il dit, énumérant la succession de catastrophes sur lesquelles ont travaillé les bénévoles et les employés d’IsraAID depuis août de l’été dernier : l’ouragan Harvey au Texas, l’ouragan Irma en Floride, l’ouragan Maria à Puerto Rico, et les incendies du nord de la Californie.

Polizer raconte qu’il terminait une visite au nouveau siège américain d’IsraAID à Palo Alto le 8 octobre et allait partir au Mexique pour superviser les opérations après un séisme dévastateur quand il a appris pour les incendies. « J’ai littéralement fait demi-tour », a-t-il dit lors d’une interview organisée à l’ambassade israélienne à Washington.

Polizer parle avec exaltation d’un cadre dont l’équipe a dû faire face à un défi de taille. « Nous sommes ceux qui restons après la ‘fête de l’aide’ », a-t-il dit, grimaçant, en décrivant le mois qui suit une catastrophe, quand l’attention des médias et les dons sont au plus haut avant de disparaître ensuite.

Yotam Polizer, co-directeur d'IsraAID, à Santa Rosa, en Californie, après les incendies d'octobre 2017. (Crédit : IsraAID)
Yotam Polizer, co-directeur d’IsraAID, à Santa Rosa, en Californie, après les incendies d’octobre 2017. (Crédit : IsraAID)

Il avait prévu que ses équipes resteraient à Houston pour trois mois de plus, et à Puerto Rico pour un an. Une équipe d’IsraAID est toujours à Haïti, huit ans après le séisme dévastateur qui a secoué le pays.

L’aide d’IsraAID aux Etats-Unis pendant ces deux derniers mois est emblématique de la valeur ajoutée israélienne apportée aux sinistrés dans le monde entier.

– A Houston et à Beaumont, au Texas, son équipe a supervisé et participé au nettoyage des débris et à la démolition stratégique des maisons, une compétence provenant du nettoyage effectué par les autorités israéliennes après les attaques en temps de guerre contre des communes israéliennes.

– A Puerto Rico, les équipes ont administré les premiers soins, perfectionnés dans les scénarios post-attentat, et ont formé à la filtration de l’eau, apprise dans un pays où l’eau douce est rare.

– A Santa Rosa, en Californie, un travailleur social de l’équipe a dirigé les soins post-traumatiques – une spécialité acquise durement en Israël – pour les familles qui ont perdu leurs maisons dans les incendies.

Il existe d’autres compétences, moins concrètes, associées à l’expérience israélienne décrites par Polizer. Par exemple, les différents immigrants en Israël parlent plusieurs langues : Polizer a pu envoyer des hispanophones à Puerto Rico.

Colis d'aide envoyés par l'ambassade israélienne de Washington aux victimes de l'ouragan Harvey à Houston, au Texas, en septembre 2017. (Crédit : autorisation)
Colis d’aide envoyés par l’ambassade israélienne de Washington aux victimes de l’ouragan Harvey à Houston, au Texas, en septembre 2017. (Crédit : autorisation)

Il vante la propension israélienne à s’épargner la bureaucratie quand cela est nécessaire, « la manière israélienne », dit-il.

Quasiment au moment où Houston a été touché, l’ambassade israélienne de Washington organisait une livraison pour la zone.

Les bénévoles d’IsraAID agissent souvent comme des coordinateurs, une compétence cultivée dans un pays où des adolescents occupent des postes de commandants dans l’armée.

« Le plus grand défi est la coordination et la communication, et l’identification des failles de la réponse », a dit Polizer.

L’un des partenaires américains d’IsraAID est Team Rubicon, une organisation de vétérans qui s’engage sur les sites de catastrophes naturelles. A Houston, la proportion entre Rubicon et IsraAID était typique de la relation entre les deux associations, a-t-il dit. Les Américains ont déployé environ 2 000 bénévoles, et il y avait sept Israéliens. IsraAID s’appuie sur 1 400 bénévoles et 270 employés qui se déplacent sur les zones touchées.

Polizer, à sa propre surprise, a fini par nommer une autre équipe de bénévoles non israéliens à Houston : des membres de la minorité religieuse irakienne des Yézidis, qui avaient cherché refuge des persécutions quotidiennes subies dans leur pays d’origine.

Après Harvey le premier appel passé par Polizer fut pour Haider Elias, un dirigeant yézidi ayant travaillé avec IsraAID dans le but de défendre une plus grande aide pour les Yézidis fuyant les régions contrôlées par le groupe Etat islamique. IsraAID a donné des consultations post-traumatiques aux réfugiés yézidis.

Haider Elias, à droite, de l'association Yazda, avec IsraAID après l'ouragan Harvey à Houston, en septembre 2017. (Crédit : IsraAID)
Haider Elias, à droite, de l’association Yazda, avec IsraAID après l’ouragan Harvey à Houston, en septembre 2017. (Crédit : IsraAID)

Polizer n’a appelé que parce qu’il voulait savoir si son ami, qui habite à Houston, allait bien. Il se trouve qu’à Houston, les Yézidis vivent en hauteur, or Elias qui savait que la communauté juive avait été sévèrement touchée, a alors voulu rendre la pareille. Il a passé quelques appels et trouvé une demi-douzaine de Yézidis prêts à être déployés.

« Je suis parti avec un camion, j’ai mis notre logo dessus – ‘Yazda’ », a-t-il dit, en citant le nom de l’association de défense des Yézidis qu’il dirige. L’équipe portait des T-shirts d’IsraAID. « J’ai rencontré Yotam en Grèce », où l’organisation aidait les Yézidis. « Il faisait un super travail. » Elias s’est depuis rendu en Israël pour demander à la Knesset de reconnaître le massacre des Yézidis comme un génocide, et a visité Yad Vashem, le mémorial de la Shoah.

Le premier point de contact d’IsraAID en cas de crise est souvent une communauté juive de la région touchée, si elle a subi des dommages. L’association passe ensuite aux autres communautés. Elias et son équipe sont restés à Houston, pour aider à nettoyer les débris et à démolir, pendant que l’équipe d’IsraAID poursuivait son travail à Beaumont, au Texas, où elle est toujours.

Se lier aux communautés juives de la Diaspora est devenu une partie cruciale de l’esprit d’IsraAID, a dit Polizer, soulignant un programme qui permet de déployer de jeunes Juifs américains comme bénévoles dans les zones touchées par des catastrophes. Cette année, il y a eu 120 candidats pour 14 postes.

« Nous avons vu beaucoup de personnes changer de perspectives, même ici, aux Etats-Unis. Pour que de jeunes Juifs se posent des questions sur leur identité, nous voyons que ce travail crée vraiment une résonance, a-t-il dit. Nous avons beaucoup de volontaires de la communauté juive » quand IsraAID arrive dans une zone touchée.

Les débris enlevés d'une maison inondée à Bellair, près de Houston, Texas, le 31 août 2017. (Crédit : IsraAID)
Les débris enlevés d’une maison inondée à Bellair, près de Houston, Texas, le 31 août 2017. (Crédit : IsraAID)

Les postes sont financés par la Fondation Koret, de San Francisco, qui finance aussi les nouveaux bureaux d’IsraAID à Palo Alto, et distribue également l’argent qui permet à IsraAID de déployer rapidement des équipes tout en levant de l’argent ailleurs pour le long terme. (Le budget annuel d’IsraAID – neuf millions de dollars – provient de fondations et de donateurs privés. Chose rare pour une organisation israélienne, 30 % de son budget est versé par les Nations unies.)

A Santa Rosa, 30 familles juives ont été évacuées et un membre de la communauté est mort à cause des incendies. Polizer a appelé l’un des professionnels du carnet d’adresses d’IsraAID, Niveen Rizkalla, travailleuse sociale qui réalise un programme postdoctoral à l’université de Californie à Berkeley.

« Pendant la première semaine, quand les gens sont dépassés, il faut juste les écouter et être là pour eux », a dit Rizkalla, citoyenne palestinienne d’Israël qui vient de Ramle. « Les personnes qui m’ont vu le premier jour m’ont vu le deuxième jour, le troisième jour – le fait que je sois toujours là les a aidées à se sentir en sécurité. »

Dans les semaines qui ont suivi, la stratégie a consisté à s’occuper des familles pour dépasser le traumatisme, a-t-elle dit. De plus, le centre d’évacuation, installé dans la synagogue réformée Shomrei Torah de la ville, a servi de garderie pour les enfants dont les parents traversaient le marécage bureaucratique des demandes d’assurance.

Rizkalla a indiqué que c’était une compétence obtenue naturellement quand on est plongé dans les tensions de la région. A Haïfa, elle a dirigé le centre de crise de la ville, travaillant avec des victimes de violence sexuelle, et avant cela, elle travaillait à Neve Shalom, un village judéo-arabe d’Israël qui promeut le dialogue.

« J’aidais les groupes de Palestiniens et d’Israéliens juifs, et parfois des Allemands étaient ajoutés à ce conflit », a-t-elle dit en riant. « J’ai développé la tolérance et la compréhension nécessaires à une situation conflictuelle. »

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