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Los Angeles : Un lycée juif censure deux articles sur la guerre Israël/Hamas

Les élèves journalistes de Shalhevet contraints de retirer les exemplaires des magazines suite à la suppression par le directeur du lycée d’articles contenant des avis anti-Israël

Le directeur du lycée Shalhevet, le rabbin David Block, s'exprime lors de la remise des diplômes de la promotion 2023. (Crédit : Capture d'écran via Vimeo/JTA)
Le directeur du lycée Shalhevet, le rabbin David Block, s'exprime lors de la remise des diplômes de la promotion 2023. (Crédit : Capture d'écran via Vimeo/JTA)

JTA – Les élèves journalistes du lycée Shalhevet de Los Angeles ont passé la journée de vendredi à circuler entre les restaurants et les magasins locaux, mais pas pour couvrir l’actualité.

Ils étaient en effet venus retirer les piles de journaux de leur école pour les remplacer par une nouvelle édition plus courte, après que le rabbin de l’école mixte orthodoxe moderne a décidé de supprimer un article portant sur le sentiment anti-Israël.

L’équipe estudiantine du journal Boiling Point met un point d’honneur à impliquer les lecteurs locaux et à aller au-delà de ce que prévoit le journalisme dans les écoles. Le journal a couvert les réactions locales à la guerre en Ukraine et au retrait des États-Unis d’Afghanistan, et cinq de ses articles ont récemment été sélectionnés par l’American Jewish Press Association, où il est en concurrence avec des publications et des sites web non étudiants.

La décision de couvrir une manifestation pro-palestinienne à laquelle participaient des adolescents locaux était donc parfaitement dans les attributions du journal, selon ses dirigeants étudiants et leur conseiller pédagogique. Toutefois, après avoir publié des citations d’orateurs accusant Israël de colonialisme et de génocide, le directeur de Shalhevet a ordonné que le journal soit retiré de la circulation, ce qui, selon la conseillère Joelle Keene, constitue un revirement radical de la situation.

« Cela fait 21 ans que je suis conseillère pédagogique pour le Boiling Point, j’ai servi sous quatre ou cinq directeurs d’école, je crois », a indiqué Keene, qui a elle-même été récupérer des journaux dans une synagogue locale. « Nous avons été confrontés à des situations difficiles, à des moments délicats, à des conflits, etc. Et nous avons toujours réussi à les résoudre. »

Le numéro incriminé n’était pas le premier qui a poussé le rabbin David Block, directeur de l’école Shalhevet, à intervenir. En avril, un article comprenant des interviews d’adolescents musulmans locaux exprimant leur point de vue sur la guerre entre Israël et le Hamas a été publié sur le site web de Boiling Point, avant d’être supprimé sur instruction de Block. Ils n’ont pas été repris dans l’édition imprimée. (L’article est encore accessible dans les archives en ligne.)

Un article a été publié par le journal sur ce dernier incident, dans lequel Block est cité disant craindre que l’article ne donne une image négative de Shalhevet. L’article mentionne des commentaires sur Instagram selon lesquels le journal offrirait une « plateforme de désinformation et de haine » aux activistes pro-palestiniens.

« Mon sentiment est que cet article pourrait donner une mauvaise impression aux gens de Shalhevet, et comme les gens font des jugements à l’emporte-pièce, cela pourrait avoir des conséquences très sérieuses sur leur décision d’envoyer à Shalhevet la prochaine génération », a expliqué Block au journal.

Cette affaire teste les limites du journalisme lycéen dans une école juive qui prétend combiner la recherche académique avec un ancrage idéologique fort dans les valeurs juives orthodoxes et le soutien à Israël. Elle illustre également un dilemme auquel les écoles juives sont confrontées depuis des années : pouvons-nous exposer les étudiants à des points de vue différents sur Israël tout en leur apprenant à aimer Israël ? Dans quelle mesure les opinions pro-palestiniennes doivent-elles (et devraient-elles) être présentées dans les écoles ?

Ces questions ne sont pas nouvelles – en 2014, le directeur de l’école Ramaz à New York a décidé d’annuler une invitation adressée par un groupe d’étudiants à l’historien palestinien Rashid Khalidi – mais elles ont pris de l’ampleur au cours de la guerre actuelle entre Israël et le Hamas, car des sentiments anti-Israël et pro-palestiniens ont été exprimés haut et fort et en public. Cette rhétorique et ces manifestations ont suscité un malaise chez de nombreux Juifs pro-Israël, et certains ont tenté de pénaliser les institutions, en particulier les universités, qui ont permis d’exprimer ouvertement ces sentiments.

Une copie du numéro censuré du Boiling Point, le journal étudiant du lycée Shalhevet, que les élèves ont été invités à retirer des kiosques à journaux. (Crédit : JTA)

Selon le Boiling Point, le premier article censuré a suscité nombre de commentaires négatifs avant d’être retiré du site web. Un de ces commentaires trouvait « absolument dégoûtant que notre école sioniste moderne orthodoxe publie quelque chose comme ça. Am Yisrael Chai ».

Keene, qui, en plus d’enseigner à Shalhevet, est la fondatrice de l’Association de la presse étudiante juive, a expliqué que le journalisme lycéen offrait une stratégie pour sortir de la crise.

« Lorsque des événements aussi horribles se produisent dans le monde, la réaction des journalistes est d’interviewer le plus de gens, d’obtenir des informations plus précises, et d’approfondir leur compréhension », a expliqué Keene. « C’est ce que nous faisons. C’est ce que je fais, c’est ce que font mes étudiants. Il ne s’agit pas de la direction de l’école, de n’importe quelle école donnée, ni des bailleurs de fonds ni des parents d’élèves plus jeunes. »

Block, qui est le directeur de Shalhevet depuis 2019, n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Plusieurs rédacteurs étudiants du journal n’ont pas non plus répondu aux demandes de commentaires.

Leurs points de vue ont été reflétés dans l’article de Boiling Point sur la censure. Tali Liebenthal, co-rédactrice en chef, a déclaré au journal qu’elle comprenait le point de vue de Block, mais qu’elle n’était pas d’accord avec la censure.

« Nous sommes tous en deuil. Nous déplorons qu’il y ait des gens dans ce monde qui nous considèrent comme des meurtriers, voire des génocidaires », a-t-elle déclaré.

« Lorsque je dois m’adresser à des personnes qui ne sont pas d’accord avec moi, qui croient sincèrement que nous commettons un génocide, qui pensent qu’Israël n’a pas le droit d’exister, c’est très pénible pour moi », a ajouté Liebenthal. « Mais je pense que c’est une douleur qui est inéluctable aujourd’hui, et je ne pense pas que ce soit la responsabilité de Boiling Point de protéger nos lecteurs de cette douleur. »

Des manifestants pro-palestiniens, étudiants et professeurs, lors d’un rassemblement sur le campus de l’université de Californie Los Angeles (UCLA), le 29 avril 2024. (Crédit : Frederic J. BROWN / AFP)

Les deux articles censurés, sur les opinions des adolescents musulmans et sur la manifestation pro-palestinienne, ont été rédigés par Sophie Katz, étudiante en deuxième année, rédactrice en chef du Boiling Point. (Katz a également rédigé un glossaire sur les termes couramment utilisés dans les manifestations, notamment « colonialisme » et « intifada », qui reflétait le point de vue des enseignants de Shalhevet et n’a pas été censuré.)

Katz, qui a passé trois mois à recueillir des interviews pour le premier article sur les opinions des adolescents musulmans sur la guerre, n’a pas pu être jointe pour un commentaire, mais elle s’est longuement exprimée sur la censure dans l’article de Boiling Point.

« Le fait que j’ai interviewé une personne anti-Israël et que j’ai écrit son opinion dans un article ne signifie pas que j’approuve ou que je suis d’accord avec tout ce que cette personne a dit », a confié Katz au Boiling Point. « Le Boiling Point fonctionne comme un vrai journal, ce qui signifie que ce que nous publions ne reflète pas l’opinion de Shalhevet, ni celle de l’auteur. »

Katz a déclaré au Boiling Point qu’elle ne se laisserait pas décourager de couvrir des sujets difficiles à l’avenir.

« Inévitablement, quand on fait du bon journalisme, on rencontre des gens qui n’aiment pas ça », a-t-elle affirmé au Boiling Point. « Mais il faut continuer à le faire parce que c’est important. »

Keene, qui prend sa retraite cette année pour se consacrer à l’Association de la presse afin d’améliorer le journalisme dans les écoles juives, a déclaré que l’épisode avait été une expérience éducative éclairante, bien que douloureuse, pour elle et ses élèves.

« Cela leur a permis de comprendre à quel point notre communauté est divisée », a-t-elle déclaré. « Ils ont appris que le journalisme a le pouvoir de susciter des sentiments très forts chez chacun des protagonistes de tout sujet. »

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