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Malaisie: nouveau Premier ministre, auteur de propos litigieux sur les Juifs et Israël

Le palais a choisi Anwar Ibrahim; ancien colistier de l'ex-dirigeant "fièrement antisémite" Mahathir Mohamad, pour diriger la nation après des élections non concluantes

Le roi de Malaisie, le sultan Abdullah Sultan Ahmad Shah, à droite, et le nouveau Premier ministre Anwar Ibrahim, à gauche, participent à la cérémonie de prestation de serment au Palais national de Kuala Lumpur, en Malaisie, le 24 novembre 2022. (Crédit : Mohd Rasfan/Pool Photo via AP)
Le roi de Malaisie, le sultan Abdullah Sultan Ahmad Shah, à droite, et le nouveau Premier ministre Anwar Ibrahim, à gauche, participent à la cérémonie de prestation de serment au Palais national de Kuala Lumpur, en Malaisie, le 24 novembre 2022. (Crédit : Mohd Rasfan/Pool Photo via AP)

Le dirigeant réformiste Anwar Ibrahim a été nommé Premier ministre de Malaisie, a annoncé jeudi le Palais royal, mettant fin à une longue incertitude après les législatives de samedi qui n’avaient donné la majorité à aucun parti.

M. Anwar, qui était jusqu’à présent le principal chef de l’opposition, est nommé « dixième Premier ministre de Malaisie », a fait savoir le Palais royal dans un communiqué. Il a prêté serment devant le roi dès jeudi après-midi, vêtu d’une tenue traditionnelle malaisienne.

Dans la capitale Kuala Lumpur, ses partisans étaient d’humeur festive.

« J’ai eu la chair de poule, sérieusement », a déclaré Norhafitzah Ashruff Hassan, 36 ans. « Il s’est battu dur pour avoir la chance d’être Premier ministre. J’espère qu’il sera performant et qu’il prouvera sa valeur. »

« Un sentiment d’optimisme circule désormais et je crois qu’Anwar va faire avancer le pays », a estimé Muhammad Taufiq Zamri, 37 ans.

Anwar Ibrahim réalise ainsi à 75 ans son rêve de devenir Premier ministre, qu’il caresse depuis un quart de siècle et qui couronne une carrière politique mouvementée, au cours de laquelle il a souvent changé de camp et effectué plusieurs séjours en prison.

Pakatan Harapan (Alliance de l’espoir), la coalition réformiste multi-ethnique menée par M. Anwar, a obtenu le meilleur résultat aux élections législatives de samedi avec 82 sièges. Mais elle reste loin de la majorité absolue, dans un Parlement de 222 sièges.

La Malaisie est souvent considérée comme l’un des pays les plus antisémites au monde.

L’ancien Premier ministre Mahathir Mohamad a notoirement déclaré qu’il était heureux d’être traité d’antisémite et a affirmé que les Juifs « au nez crochu » dirigeaient le monde.

À la fin des années 1990, Anwar a été chef des Finances et vice-Premier ministre de Mahathir, bien que les deux hommes soient ensuite devenus des ennemis politiques. Il a également été accusé de tenir des propos antisémites, notamment en affirmant, alors qu’il était leader de l’opposition, que des espions du Mossad contrôlaient le gouvernement malaisien et que des Juifs contrôlaient une société de relations publiques engagée par le Premier ministre de l’époque, Najib Razak.

Le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, à Putrajaya, en Malaisie, le 22 février 2020. (Crédit : AP Photo/Vincent Thian)

En 2012, il a été suspendu par le Parlement malaisien pour avoir suggéré qu’une campagne gouvernementale poussée par Razak était inspirée d’une campagne électorale israélienne de 1999.

La Malaisie n’a pas de liens officiels avec Israël, et est considérée comme notablement hostile à l’État juif. L’année dernière, un championnat de la Fédération mondiale de squash à Kuala Lumpur a été annulé après que les autorités malaisiennes ont refusé l’entrée aux athlètes israéliens.

En 2012, Anwar a déclaré au Wall Street Journal : « je soutiens tous les efforts visant à protéger la sécurité de l’État d’Israël », des commentaires qui ont suscité l’indignation en Malaisie, qui s’identifie fortement à la cause palestinienne.

Anwar a été contraint de répondre à ces commentaires, qui ont refait surface lors de sa récente campagne électorale, en déclarant le mois dernier qu’il était « le combattant numéro un du peuple palestinien dans notre pays ».

Il a également dû renier tout lien avec Israël ou le Mossad après que des agents malaisiens – dont l’un aurait été affilié à son parti – censés travailler pour le compte du Mossad ont participé à une opération ratée d’interrogatoire d’un Palestinien apparemment affilié au groupe terroriste du Hamas.

Le nouveau Premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, signe des documents lors de la cérémonie de prestation de serment au Palais national de Kuala Lumpur, en Malaisie, le 24 novembre 2022. (Crédit : Mohd Rasfan/Pool Photo via AP)

Le roi de Malaisie, le sultan Abdullah Ahmad Shah, avait convoqué mercredi au Palais M. Anwar et l’ancien Premier ministre Muhyiddin Yassin, dont la formation Perikatan Nasional (Alliance nationale) est arrivée deuxième aux élections avec 73 sièges. Selon M. Muhyiddin, le souverain avait demandé aux deux hommes de former un « gouvernement d’unité ».

Perikatan Nasional est soutenue par le Parti islamique pan-malaisien (PAS), qui prône une application stricte de la charia.

Anwar Ibrahim avait aussi entamé, lundi, des tractations avec la formation jusqu’à présent au pouvoir, Barisan Nasional. Cette formation, menée par l’Organisation nationale unifiée malaise (Umno) éclaboussée par une vaste affaire de corruption, est arrivée loin derrière avec 30 sièges, son pire résultat électoral depuis l’indépendance du pays en 1957.

Le roi de Malaisie a le pouvoir discrétionnaire de nommer un Premier ministre dont il pense qu’il a le soutien de la majorité des députés.

Bras de fer avec Mahathir

Au cours de sa carrière mouvementée, le nouveau Premier ministre a été proche d’arriver au pouvoir par deux fois, et chaque fois auprès de l’ancien chef de gouvernement Mahathir Mohamad.

Le Premier ministre Mahathir Mohamad, à droite, lève la main de l’icône de la réforme, Anwar Ibrahim, lors d’un rassemblement à Port Dickson, en Malaisie, le 8 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Vincent Thian, Archive)

D’abord à la fin des années 1990, en tant que ministre des Finances et vice-Premier ministre. Mais les deux hommes s’étaient brouillés sur la manière de gérer la crise financière asiatique de 1997-1998 et M. Anwar avait été limogé.

Il avait ensuite été condamné à six ans de prison pour corruption, puis à neuf ans de prison supplémentaires pour sodomie, un crime dans ce pays musulman. Mais selon certains observateurs, c’était surtout son impatience à remplacer M. Mahathir qui lui aurait valu les foudres de son ancien protecteur.

Sa première condamnation pour sodomie annulée par la cour suprême, M. Anwar a été à nouveau condamné à cinq ans de prison en 2015 mais avait bénéficié d’une grâce royale après trois ans derrière les barreaux.

Il était revenu aux affaires en 2018, à l’occasion d’une nouvelle alliance avec M. Mahathir, 93 ans, lorsque son ancien ennemi lui avait promis de lui céder son poste plus tard. Mais le Premier ministre n’avait pas tenu parole et l’alliance entre les deux hommes s’était effondrée.

Valse des Premiers ministres

Depuis quatre ans, le pays est secoué par des turbulences politiques et une valse des gouvernements, qui ont conduit trois Premiers ministres à se succéder en quatre ans.

Après plus de soixante ans aux commandes, l’Umno avait été lourdement sanctionnée dans les urnes et évincée du pouvoir en 2018, marquant la première alternance de l’histoire du pays.

Le Premier ministre de l’époque Najib Razak, impliqué dans le détournement de plusieurs milliards de dollars du fonds souverain 1MDB, purge actuellement une peine de douze ans de prison.

Le Premier ministre de Malaisie Najib Razak, au centre, pendant l’inauguration d’une ligne de chemin de fer à Kuala Lumpur, le 17 juillet 2017. (Crédit : Mohd Rasfan/AFP)

L’Umno était revenue au pouvoir avec une faible majorité en 2021. Et c’est dans l’espoir de renforcer son emprise sur le pouvoir que le Premier ministre Ismail Sabri Yaakob avait dissous le Parlement et convoqué des élections anticipées, initialement prévues en septembre 2023. Un échec au regard des résultats de samedi.

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