Massacre d’Ascq : un ancien SS mis en accusation pour incitation à la haine
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Massacre d’Ascq : un ancien SS mis en accusation pour incitation à la haine

Karl Münter, ancien SS de 96 ans, impliqué dans le massacre d'Ascq mais jamais inquiété, est aujourd'hui poursuivi pour des propos négationnistes et haineux tenus l’an dernier

Tombes des massacrés d'Ascq au cimetière d'Ascq, le 25 octobre 2009. (Crédits photo : Luc Beaumadier / Wikimédia / CC BY SA 3.0)
Tombes des massacrés d'Ascq au cimetière d'Ascq, le 25 octobre 2009. (Crédits photo : Luc Beaumadier / Wikimédia / CC BY SA 3.0)

Un ancien SS, impliqué dans le massacre d’Ascq (nord de la France) en 1944, a été mis en accusation en Allemagne pour incitation à la haine raciale et atteinte à la mémoire des morts, a annoncé mercredi le parquet de Hildesheim.

Karl Münter, 96 ans, est poursuivi pour ses propos lors d’un entretien à la chaîne publique ARD diffusé le 29 novembre 2018. Il y avait notamment assuré que le chiffre de 6 millions de Juifs assassinés par les nazis était exagéré, selon le parquet.

Cette mise en accusation fait suite à la plainte de familles de victimes du massacre de 86 civils à Ascq, commis dans la nuit du 1er au 2 avril 1944 en représailles au déraillement d’un train transportant environ 350 SS.

Elle permet aux descendants d’espérer un procès, après leur échec à faire juger l’ancien SS pour son rôle dans la tuerie. En mars 2018, le parquet allemand avait en effet annoncé l’abandon des poursuites parce que le suspect avait déjà été condamné à mort par contumace par un tribunal militaire en France en 1949 et qu’il ne pouvait donc être jugé une seconde fois pour ces mêmes faits.

Outre ses propos sur la Shoah, Karl Münter a aussi été mis en accusation pour avoir estimé que les victimes d’Ascq étaient aussi responsables de leur mort. Interrogé par ARD pour savoir s’il regrettait ces évènements, l’intéressé avait répondu : « Non, pas du tout ! Pourquoi devrais-je
regretter ? »

Selon le parquet, l’ancien SS assure qu’il ne se savait pas filmé et enregistré. En cas de condamnation, Karl Münter risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

« Il était temps… Enfin, la justice prend en main ce dossier. Et la justice allemande en plus ! C’est une reconnaissance de notre douleur, de tout ce qu’on a vécu, de ce qui n’a jamais été reconnu », a déclaré à l’AFP Jacqueline Ruckebusch-Béghin, fille de l’un des massacrés d’Ascq, aujourd’hui âgée de 77 ans.

« Soixante-quinze ans après, ce n’est pas une question de vengeance, c’est tout le contraire. On voudrait par ce procès que la justice reconnaisse les mensonges de Karl Münter, que la vérité soit rétablie. Seule la vérité sur ces horreurs, sur le négationnisme, permettra d’aller vers l’apaisement et de montrer que la guerre ne doit plus exister », a-t-elle dit.

Martine Aubry, maire socialiste de Lille, commune limitrophe d’Ascq (aujourd’hui Villeneuve d’Ascq), a elle aussi « salué cette procédure qu’elle avait appelée de ses vœux à l’encontre de cet assassin qui, tout au long de sa vie, a persisté dans le négationnisme de la Shoah et la haine des autres ».

« Cette décision constitue un espoir pour les familles des 86 victimes de la tuerie et permet de faire vivre la mémoire de toutes les autres victimes de la folie meurtrière des SS », a souligné Mme Aubry dans un communiqué.

En raison du grand âge de l’ancien SS, des expertises médicales devront encore être réalisées pour attester de sa capacité à être jugé, condition pour qu’un procès ait lieu.

Malgré sa condamnation après la Guerre, Karl Münter n’a jamais été emprisonné. Il a vécu dans le nord-ouest de l’Allemagne où il travaillait à la Poste.

L’équipe d’ARD qui avait réalisé cette interview a affirmé l’avoir retrouvé alors qu’il participait à une réunion de néo-nazis.

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