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Interview

Merav Michaeli, dans l’impasse face au déclin du Parti travailliste

La cheffe sortante d'Avoda estime que Yesh Atid et HaMahane HaMamlahti ne peuvent pas jouer le rôle de son parti face au Likud, et Netanyahu est "accaparé" par ses seuls intérêts

La cheffe du parti Avoda, la députée Merav Michaeli, dirigeant une réunion de faction, à la Knesset, à Jérusalem, le 15 janvier 2024. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)
La cheffe du parti Avoda, la députée Merav Michaeli, dirigeant une réunion de faction, à la Knesset, à Jérusalem, le 15 janvier 2024. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

La dirigeante sortante du parti Avoda, Merav Michaeli, a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’avoir causé d’énormes dégâts à l’État d’Israël, tout en admettant qu’elle ne savait pas comment relancer une gauche politique affaiblie.

Dans une interview accordée cette semaine au Times of Israel dans son bureau de la Knesset, un peu plus d’un mois après avoir annoncé qu’elle se retirerait bientôt de la tête de ce qui était autrefois le parti politique dominant d’Israël, Michaeli a proclamé que « Netanyahu a réussi à conduire non seulement l’État d’Israël, mais aussi le peuple juif, à leur pire situation depuis la Shoah ».

Michaeli a déploré que le Premier ministre ait « réussi à écraser le pouvoir politique de l’autre côté », faisant basculer la politique israélienne vers l’extrême-droite d’une manière sans précédent, et a insisté sur le fait que, bien qu’elle ne sache pas comment faire revivre l’aile gauche affaiblie du pays, le seul moyen pour Israël de « se sauver » est de « suivre la voie de la démocratie sioniste ».

« La gauche politique n’existe presque plus », a-t-elle affirmé, regrettant que le puissant camp de « centre-gauche, social-démocrate dirigé par Yitzhak Rabin » soit devenu la plus petite faction de la Knesset et ne soit plus en mesure de faire contrepoids au Likud, de plus en plus populiste et intransigeant.

L’ancienne dynamique dans laquelle un grand parti de centre-droit et un grand parti de centre-gauche étaient capables de s’équilibrer mutuellement a été « ruinée depuis longtemps déjà », a-t-elle poursuivi, affirmant que les partis centristes de Benny Gantz (HaMahane HaMamlahti) et Yaïr Lapid (Yesh Atid), « ne peuvent pas remplacer » un Parti travailliste fort.

« Ce ne sont pas des partis. Ce sont des listes politiques appartenant à une seule personne, sans aucune démocratie et, pour être aimable, je dirais avec une idéologie confuse, si tant est qu’il y en ait une », a-t-elle insisté.

La cheffe du parti Avoda et ministre des Transports Merav Michaeli aux côtés des députés Gilad Kariv et Naama Lazimi après l’annonce des résultats des primaires du parti Avoda, à Tel Aviv, le 9 août 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Après avoir succédé à Amir Peretz à la tête du parti en 2021, Michaeli est parvenue à porter la représentation du mouvement à la Knesset à sept sièges ; mais cette amélioration a été de courte durée et, sous sa direction, la formation a été réduite au minimum de quatre sièges à la Knesset après les élections législatives de novembre 2022.

Depuis lors, Avoda n’a jamais franchi le seuil électoral dans les sondages, bien que peu fiables.

Le mécontentement interne à l’égard de Michaeli a commencé à se manifester l’année dernière lorsque les trois autres élus Avoda ont décidé de prendre des mesures à son encontre dans le but de la pousser hors du parti.

Les députés Gilad Kariv, Efrat Rayten et Naama Lazimi ont décidé de contraindre Michaeli à obtenir leur accord avant de prendre la moindre décision, érodant ainsi son autorité en tant que dirigeante du parti de centre-gauche. Ils ont affirmé que Michaeli avait perdu le peu de légitimité publique qui lui restait et qu’elle menait le parti, qui a dirigé Israël pendant les trente premières années de son existence, à sa perte.

« Il est très difficile de se remettre d’une telle perte de confiance de la part de l’opinion publique », avait déclaré à l’époque un cadre du parti Avoda au Times of Israel. « Le problème, c’est que notre situation empire de jour en jour et que nous n’avons pas d’autre choix que de prendre nous-mêmes la direction du parti. »

La tension au sein du mouvement était palpable lors de la réunion des factions lundi, lorsque Michaeli s’est adressée aux journalistes sans qu’aucun de ses collègues Avoda ne soit présent dans la salle.

Dans les échanges avec les trois législateurs, la colère contre Michaeli était perceptible, notamment au sujet de la campagne électorale de l’année précédente et de la décision de ne pas s’allier avec le parti de gauche Meretz, qui a échoué à entrer à la Knesset, au détriment du bloc des partis opposés au Premier ministre Netanyahu.

Interrogée sur son éventuel regret de ne pas s’être alliée au Meretz, Michaeli a expliqué au Times of Israel mercredi que si « l’échec du bloc anti-Netanyahu est en effet très pénible », elle estime avoir pris « la bonne décision à l’époque », une décision qui avait été « pleinement soutenue par la faction et par le parti ».

« Il n’est pas pertinent de regarder en arrière, car on ne peut pas se prononcer sur une période révolue. La personne qui aurait dû s’occuper du bloc et s’assurer que tous les partis s’en sortent bien afin que nous ayons plus de mandats était à l’époque le Premier ministre », a-t-elle souligné, faisant référence à l’actuel chef de l’opposition, Yaïr Lapid.

La cheffe du parti Avoda Merav Michaeli s’entretenant avec le chef de Yesh Atid Yaïr Lapid lors d’une conférence de presse à la Knesset, à Jérusalem, le 13 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Malheureusement, il a échoué », a-t-elle ajouté, faisant écho à ses déclarations antérieures blâmant le chef de Yesh Atid.

Malgré ses critiques publiques à l’encontre de Lapid, Michaeli a également assumé sa propre responsabilité dans le déclin de son parti, en annonçant début décembre que le parti organiserait un vote en interne pour élire un nouveau leader dans les quatre mois – une décision qui avait été saluée comme « une chose nécessaire » par le député Kariv (Avoda).

« La question est de savoir où nous allons à partir de maintenant », a noté Michaeli. « Si j’avais eu la réponse politique, j’aurais continué à présider le parti Avoda », a-telle ajouté.

« C’est la raison pour laquelle je me retire, afin que de nouvelles forces se joignent à nous et soient en mesure de le faire », a-t-elle expliqué. « Je suis très investie dans le processus des primaires, car je veux que ce soit quelque chose qui élève le parti et nous permette d’attirer le plus grand nombre possible de personnes de qualité qui envisagent de se lancer en politique. »

Bien qu’elle ait annoncé qu’elle ne se présenterait pas aux prochaines élections législatives, Michaeli a précisé qu’elle ne pensait même pas à la suite des événements. « Je ne suis pas du genre à dire que dans cinq ans je serai ici, dans dix ans je serai là. »

Quant à sa bête noire, Netanyahu, Michaeli a dit ne pas s’attendre à ce qu’il tire des leçons de son exemple.

« Tous ceux qui disent à Netanyahu de prendre ses responsabilités et de rentrer chez lui sont bidons, c’est très étrange. Pourquoi le ferait-il maintenant, alors qu’il ne l’a jamais fait auparavant ? »

« Il est responsable de tant de choses horribles qui se sont produites ici. Qu’est-ce qui a changé ? Il est toujours sous le coup d’une inculpation. Il est toujours accaparé d’abord et avant tout par ses propres intérêts », a-t-elle allégué.

« Il devrait être remplacé. Mon personnel écrit toujours ‘rentrez chez vous’, ce que je change systématiquement. Je ne dis jamais ‘rentrez chez vous’ parce que je ne m’attends pas à ce qu’il rentre chez lui. »

« Je dis toujours qu’il doit être remplacé. Remplacez-le ! »

Carrie Keller-Lynn et Shalom Yerushalmi ont contribué à cet article.

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