Mireille Knoll: le parquet de Paris réclame un procès pour crime antisémite
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Mireille Knoll: le parquet de Paris réclame un procès pour crime antisémite

Le 23 mars 2018, le corps de cette femme juive de 85 ans avait été retrouvé lardé de 11 coups de couteau et partiellement carbonisé dans son appartement d'une HLM du 11e

Mireille Knoll, 85 ans, une survivante de la Shoah qui a été retrouvée assassinée dans son appartement parisien, en amrs 2018. (Crédit : Autorisation)
Mireille Knoll, 85 ans, une survivante de la Shoah qui a été retrouvée assassinée dans son appartement parisien, en amrs 2018. (Crédit : Autorisation)

Le parquet de Paris a demandé jeudi un procès aux assises pour les deux suspects du meurtre de l’octogénaire juive Mireille Knoll le 23 mars 2018, Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus, pour « homicide volontaire » aggravé par deux circonstances : sur personne vulnérable et à raison de la religion de la victime, selon une information du Parisien.

« Dans son réquisitoire notifié ce jeudi aux parties, faute d’avoir pu identifier l’auteur des coups, le parquet n’exclut pas que Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus aient pu poignardé à tour de rôle la victime. La décision de renvoyer ou non les suspects devant une cour d’assises sous cette qualification pénale revient désormais aux juges d’instruction », lit-on dans l’article du Parisien.

« C’est une satisfaction de voir le parquet reconnaître que Mme Knoll était à la fois une vielle dame et une femme juive et qu’elle a bien été tuée pour ces deux raisons », a réagi auprès de l’AFP Me Gilles-William Goldnadel, avocat de la famille Knoll.

Contacté par l’AFP, Me Karim Laouafi, conseil d’Alex Carrimbacus, s’est dit « surpris par la teneur des réquisitions que mettent les deux mis en cause sur le même plan ». « L’hypothèse du parquet, c’est qu’ils auraient pu frapper tous les deux la victime mais on ne peut pas raisonner sur de simples hypothèses dans une affaire aussi grave. Mon client reconnaît sa responsabilité sur certains éléments mais il conteste fermement le crime », a-t-il ajouté.

Les avocats de Yacine Mihoub, Fabrice de Korodi et Charles Consigny, ont estimé que le caractère antisémite « n’a toujours tenu qu’aux déclarations changeantes et invraisemblables du deuxième suspect » et que la « seule responsabilité » de leur client « est d’avoir laissé pénétrer Alex Carrimbacus dans l’appartement de Mireille Knoll ».

Un an après la meurtre à Paris de Sarah Halimi, une sexagénaire juive jetée de son balcon par son voisin musulman, le 23 mars 2018, le corps de Mireille Knoll, 85 ans, atteinte de Parkinson, avait été retrouvé lardé de 11 coups de couteau et partiellement carbonisé dans son appartement d’une HLM de l’avenue Philippe-Auguste, dans l’est parisien. Le mobile antisémite du crime avait, pendant un temps, été sujet à question.

Deux suspects avaient vite été identifiés : Yacine Mihoub, le fils d’une voisine âgé aujourd’hui de 29 ans, et Alex Carrimbacus, un individu ayant des antécédents psychiatriques, 23 ans. Tous deux s’étaient connus en prison.

Ils avaient été mis en examen puis écroués pour « homicide volontaire » et « vol », avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme, que le parquet avait immédiatement retenue, en s’appuyant sur les premières déclarations du plus jeune.

Depuis, les deux suspects s’accusent mutuellement. Au cours d’une confrontation devant les juges d’instruction, le 10 mai 2019, les deux hommes ont campé sur leurs positions, affirmant chacun avoir accouru dans la chambre aux cris de la victime pour constater les coups de couteau portés sur elle, selon une source proche du dossier. Pour leur part, les deux juges ont mis face à leurs contradictions les deux hommes, qui semblent avoir collaboré pour mettre le feu à l’appartement, faire disparaître le couteau et s’enfuir, avant de s’accuser mutuellement une fois en garde à vue.

Les enquêteurs examinaient de près les antécédents de Yacine Mihoub, qui mènent vers la piste d’une vengeance personnelle, doublée d’une éventuelle animosité antisémite. Le jeune homme avait été condamné après l’agression sexuelle de la fille de 12 ans de l’aide à domicile de Mireille Knoll et était sorti de prison en septembre 2017. Deux ans et demi plus tôt, en détention, il avait reconnu être l’auteur d’inscriptions sur les murs de sa cellule, au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. « Les frères Kouachi ne sont pas morts pour rien », « A. Coulibaly RIP », avait-il écrit au sujet de ces trois jihadistes auteurs des attaques.

Yacine Mihoub avait par ailleurs consulté des articles et des vidéos antisémites, avait rapporté le Journal du Dimanche, en septembre. Ces éléments ont été découverts après l’analyse du matériel informatique du suspect saisi lors d’une perquisition en mai, et à de nouvelles auditions. L’un des sites consultés dénommait « fils de chien » l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, tandis qu’un autre dénonçait la présence de « trop de Juifs » à la télévision. L’homme aurait également effectué des recherches consacrées à l’islam salafiste, aux Frères musulmans en France et à la haine des chrétiens et des Juifs dans le Coran.

Veuve d’un survivant d’Auschwitz, Mireille Knoll a fui la persécution nazie dans son enfance et a été « assassinée parce qu’elle était Juive », avait affirmé le président Emmanuel Macron.

Le 12 juin dernier, le Conseil de la ville de Paris a voté afin de baptiser une allée de la capitale en hommage à Mireille Knoll. Elle sera située entre le 11e et le 20e arrondissement, au niveau du boulevard de Ménilmontant.

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