Mont Meron : Le surnombre de pèlerins dénoncé depuis des années
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Mont Meron : Le surnombre de pèlerins dénoncé depuis des années

Des rapports du procureur de l'État s'étaient inquiétés à ce sujet en 2008 et 2011 ; un document interne de la police avait évoqué une gestion chaotique et un manque de sécurité

Des milliers de Juifs ultra-orthodoxes célèbrent Lag B’Omer lors d'un rassemblement sur le mont Meron, dans le nord d'Israël, le 29 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)
Des milliers de Juifs ultra-orthodoxes célèbrent Lag B’Omer lors d'un rassemblement sur le mont Meron, dans le nord d'Israël, le 29 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)

Le contrôleur de l’État avait averti à au moins deux reprises que le site du complexe du mont Meron était dangereux, en raison de son manque d’équipement, pour les centaines de milliers de personnes qui venaient assister aux festivités de Lag B’Omer, tandis qu’un rapport interne de la police émis en 2016 avait indiqué que la mauvaise gestion du site était susceptible d’entraîner une catastrophe.

Au moins 45 personnes sont mortes écrasées et plus de 150 personnes ont été blessées – avec de nombreux blessés graves – lors d’une bousculade géante qui a eu lieu lors d’un événement organisé pour célébrer la fête de Lag B’Omer, sur le mont Meron, vendredi vers une heure du matin.

Or, un rapport émis par le contrôleur de l’État en 2008 avait mis en garde contre « des insuffisances systémiques au complexe Rashbi [de Meron] » en raison de « trop grand nombre d’autorités différentes qui sont toutes impliquées dans son administration », et il avait noté que cette situation chaotique serait susceptible de nuire au site et de mettre en péril les fidèles.

Dans un autre rapport datant de 2011, le contrôleur de l’État avait encore une fois encore souligné que le site n’était pas préparé de manière à pouvoir accueillir des centaines de milliers de personnes.

« Il ne faut pas permettre à la situation actuelle de durer – avec notamment des structures négligées où certains groupes se réunissent comme ils le souhaitent, et l’abandon d’un site pourtant d’une grande importance au point de vue national et au point de vue religieux », avait remarqué le rapport.

Des responsables de la sécurité et les secours israéliens transportent les victimes du mouvement de foule pendant les festivités de Lag B’Omer sur le mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Ces rapports variés avaient révélé que le site – selon les normes de sécurité définies par la police pour l’organisation des rassemblements publics – ne pouvait pas accueillir plus de 15 000 personnes. Selon les responsables, il y avait sur les lieux, jeudi, plus de 100 000 personnes, un chiffre inférieur pourtant à l’affluence au cours des années précédentes.

Un document interne de la police avait, lui aussi, mis en garde contre une potentielle catastrophe sur le site de Meron.

Le commandant Ilan Mor, à la tête de la branche opérationnelle de la police nationale de la route, avait écrit en 2016 un rapport intitulé : « Festivités du mont Meron : Effacer les signes avant-coureurs d’une catastrophe. »

Le document avait analysé les tragédies qui, par le passé, avaient été entraînées par une trop forte affluence lors d’événements publics – avec notamment des désastres survenus sur le mont Meron. Il avait conclu que les infrastructures, sur le lieu saint, ne pouvaient pas assurer la sécurité du trop grand nombre de fidèles venant chaque année au pèlerinage de Lag B’Omer.

Mor avait appelé à limiter le nombre de personnes présentes et à nommer un seul organisateur qui serait chargé de la gestion du site, au lieu de permettre à chaque mouvement hassidique d’administrer son propre espace.

Des agents de sécurité israéliens et des secouristes sur le lieu de pèlerinage lors des célébrations de Lag B’Omer au mont Meron, où une bousculade mortelle a eu lieu, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Le procureur-général a annoncé vendredi l’ouverture immédiate d’une enquête par le département des enquêtes internes de la police, au sein du ministère de la Justice, qui tentera de déterminer s’il y a eu des négligences de la part des forces de l’ordre qui auraient favorisé le mouvement de foule meurtrier.

Le procureur-général Avichai Mandelblit a déclaré : « Il a été décidé que le bureau des enquêtes internes allait immédiatement examiner s’il y a pu y avoir des actes répréhensibles de la part de la police qui ont entraîné la tragédie de Meron ».

Mandelblit a ajouté qu’à la phase initiale de l’enquête, les témoignages des agents déployés sur le site de la catastrophe ne seraient pas recueillis.

Pour sa part, le ministre de la Sécurité intérieure, Amir Ohana – qui est chargé de superviser la police et qui se trouvait sur le mont Meron jeudi, quelques heures avant la catastrophe – a appelé de ses vœux une enquête indépendante.

« Il est évident qu’un examen indépendant de tous les aspects liés à la programmation de l’événement sera nécessaire, et notamment la préparation de l’événement, l’évaluation des responsabilités, des infrastructures et autres », a dit Ohana.

La tragédie est survenue alors que des milliers de personnes descendaient une passerelle étroite en métal qui était probablement humide. Certains ont apparemment glissé et chuté, renversant ceux qui se trouvaient en-dessous et entraînant un effet domino meurtrier au moment même où une foule compacte rejoignait la sortie.

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