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Morningstar mis en cause en Caroline du sud pour sa partialité anti-israélienne

L'état américain menace de couper les liens avec la firme de recherche d'investissement "par solidarité avec Israël" ; la compagnie nie tout parti-pris défavorable à l'État juif

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Archive: les participants à une conférence Morningstar sur l'investissement marchent sous des bannières au McCormick Center de Chicago, le 24 juin 2010. (Crédit: AP Photo/M. Spencer Green, Dossier)
Archive: les participants à une conférence Morningstar sur l'investissement marchent sous des bannières au McCormick Center de Chicago, le 24 juin 2010. (Crédit: AP Photo/M. Spencer Green, Dossier)

Le trésorier de Caroline du sud a menacé, mercredi dernier, de rompre les liens de l’état américain avec la firme d’investissement Morningstar en raison de sa partialité anti-israélienne présumée dans le cadre d’une offensive en cours qui a été lancée par les responsables Républicains contre l’entreprise.

Les leaders Républicains de l’état ont accusé de manière répétée Morningstar d’apporter son soutien à la campagne anti-israélienne BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) en violation des lois en vigueur dans certains états en raison de l’une de ses filiales, Sustainalytics.

En réponse, l’entreprise a ouvert une enquête sur ce parti-pris présumé au sein de Sustainalytics, pris des mesures pour régler le problème et nié de manière répétée tout soutien à BDS.

La campagne menée par les Républicains est également liée à l’opposition du parti à l’investissement basé sur les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance ), une tendance dans l’industrie qui, selon les Républicains, sacrifie les intérêts commerciaux au nom de l’idéologie de gauche. Sustainalytics offre des orientations en termes d’investissement ESG.

Curtis M. Loftis, Jr., trésorier de Caroline du sud, a écrit dans une lettre adressée à Kunal Kapoor, directeur-général de Morningstar, qu’il était possible que la firme contrevienne aux lois de l’état qui interdisent le soutien à BDS.

« Nous exigeons une preuve montrant que Morningstar est en conformité avec la loi », dit le courrier. « En l’absence d’une preuve de conformité, le bureau du trésorier de l’état choisira de mettre un terme à vos services ».

La Caroline du sud utilise les orientations données par Morningstar pour le plan d’épargne 529 en matière d’éducation, à hauteur de près de six milliards de dollars d’actifs, explique Loftis dans sa lettre. L’état travaille également avec l’outil de recherche et de planification financière Advisor Workstation, un produit de Morningstar.

Jeudi, Loftis a fait savoir qu’il ne participerait pas à un entretien d’évaluation avec Morningstar en signe de « solidarité avec Israël ».

« Notre état ne soutient pas les entreprises impliquées dans le boycott, le désinvestissement ou les sanctions contre Israël », a déclaré Loftis.

« Et, dans cette mesure, nous ne souhaitons plus travailler avec Morningstar avant d’avoir l’assurance que les décisions prises par la firme se basent sur des politiques de données financières et d’investissement saines, et non sur la base d’un ordre du jour radical qui n’a rien à voir avec les responsabilités fiduciaires du trésorier », a-t-il continué.

Photo d’illustration : Un partisan de BDS lors de la parade d’Israël à New York City, le 22 mai 2022. (Crédit : Luke Tress/ Times of Israel)

Loftis et le trésorier de Caroline du sud ont signé les lettres adressées à Morningstar aux côtés d’autres responsables Républicains qui réclament que des actions soient prises en raison de la partialité anti-israélienne présumée de la firme.

Cette attaque des Républicains contre la société Morninsgtar montre le rôle croissant qui est tenu par les compagnies désireuses de s’impliquer dans le conflit israélo-palestinien aux États-Unis et leur influence, ainsi que les pièges présentés par l’activisme dans les entreprises – un activisme qui vient chevaucher les intérêts politiques américains.

La bataille avait commencé en 2020 quand Morningstar avait annoncé son intention d’acquérir la firme néerlandaise Sustainalytics, l’une des principales entreprises de notation qui procède à l’évaluation des compagnies sur la base de leur sens de la responsabilité au niveau social. Certains investisseurs s’attardent de plus en plus sur ces évaluations pour procéder à leurs placements en fonction des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

JLens, une organisation qui fait la promotion d’Israël dans le monde des investisseurs, avait initialement fait part de son inquiétude face aux préjugés anti-israéliens présumés de Sustainalytics, affirmant que la firme soutenait le mouvement BDS. Selon JLens, l’un des outils mis au point par Sustainalytics, le Human Rights Radar, avait tendance à détourner les investisseurs d’Israël en gonflant de manière inappropriée les évaluations du pays en termes de risque et de controverse. JLens avait expliqué que les notations faussées de Human Rights Radar s’apparentaient à un boycott antisémite d’Israël.

Morningstar avait rejeté l’accusation mais la compagnie avait embauché les services d’un cabinet juridique extérieur pour mener une enquête sur le sujet après une longue dispute l’opposant aux défenseurs d’Israël. Au mois de juin, Morningstar avait rendu publics les résultats des investigations. Ce réexamen avait effectivement révélé « une partialité » anti-israélienne et l’entreprise avait annoncé qu’elle allait abandonner le Human Rights Radar.

Morningstar avait indiqué de prime abord que le rapport rédigé par le cabinet White & Case, qui a été publié en ligne, n’avait trouvé aucun élément laissant penser que les produits de Sustainalytics recommandaient ou encourageaient le désinvestissement d’Israël et qu’il n’y avait non plus dans ces outils proposés au public de preuve de partialité systémique à l’encontre d’Israël. Toutefois, le rapport avait constaté que le produit Human Rights Radar « a fait preuve de partialité dans ses résultats en sur-représentant les entreprises liées au conflit israélo-palestinien ».

Des manifestants pro-israéliens protestent à New York contre Ben and Jerry’s au sujet de son boycott des implantations, le 12 août 2021. (Crédit : Luke Tress/Flash90)

L’étude avait également indiqué que Human Rights Radar « utilisait parfois un langage incendiaire et ne fournissait pas toujours de source de façon claire et cohérente ». Elle avait fait remarquer que l’outil faisait largement le lien entre tout le commerce réalisé dans « les territoires occupés » et des violations faites aux droits de l’Homme, considérant comme occupés le plateau du Golan, Gaza et Jérusalem-Est. Le rapport avait également précisé que Sustainalytics tirait ses sources de groupes très critiques à l’égard de l’État juif.

Après l’enquête, Morningstar avait aussi reconnu avoir « trop dédaigné » les inquiétudes qui avaient pu être exprimées.

En résultat, Morningstar avait fait savoir que Human Rights Radar serait abandonné et que des initiatives seraient prises pour améliorer la transparence de Sustainalytics.

Morningstar avait lancé ce réexamen quelques semaines avant son placement sur liste noire par le Bureau politique des investissements de l’Illinois, ce qui aurait interdit aux systèmes de retraite d’État d’investir dans l’entreprise.

Au début du mois, Morningstar a envoyé au Times of Israel un document montrant les notations favorables de l’entreprise à l’égard de l’État juif.

Malgré les changements, les groupes juifs et les responsables républicains des états ont continué à exercer des pressions sur Morningstar. Un courrier envoyé le mois dernier a été signé par les procureurs-généraux d’états comme le Texas, la Floride, l’Ohio, l’Arizona et l’Utah.

A la fin du mois dernier, 17 responsables financiers d’états américains ont écrit une lettre à Kunal Kapoor, directeur-général de Morningstar, accusant Sustainalytics de livrer des évaluations « profondément imprégnées de partialité anti-israélienne » et accusant aussi l’entreprise de « tromper intentionnellement » le public sur ce sujet.

Et 19 procureurs-généraux ont aussi annoncé l’ouverture d’une enquête sur Morningstar et sur Sustainalytics pour « fraude présumé aux consommateurs et pratiques commerciales inéquitables » en réponse aux accusations de préjugés anti-israéliens.

Photo d’illustration : des activistes anti-Israël à New York City, le 15 mai 2021. (Crédit :Luke Tress/Times of Israel)

Cet effort entre dans le cadre d’une campagne plus large contre les investissements réalisés sur la base des critères ESG par les républicains. La missive adressée à Kapoor a été écrite sous l’autorité du groupe State Financial Officers Foundation, une organisation républicaine qui affirme militer en faveur du libre-échange et qui s’est opposée aux investissements ESG, notamment en condamnant le retrait des fonds des compagnies qui travaillent dans le secteur des énergies fossiles.

Au mois de juillet – après la diffusion du rapport de Morningstar – des dizaines de groupes juifs et pro-israéliens ont écrit une lettre à l’entreprise lui demandant d’agir. Le courrier a salué l’enquête tout en indiquant qu’elle avait révélé une partialité bien enracinée du côté de Sustainalytics.

Morningstar est une importante compagnie de services financiers dont le siège est à Chicago. Elle fournit des recherches sur les placements et propose des produits de gestion, employant plus 9000 salariés. Sa capitalisation boursière est de plus de 9,7 milliards de dollars au Nasdaq.

Les investissements dans les entreprises sont devenus une arme placée entre les mains des entreprises américaines dans le conflit israélo-palestinien. Les états ont retiré des centaines des millions d’investissement dans Unilever, société-mère de Ben & Jerry’s, après que le géant des glaces a tenté de stopper ses ventes dans les implantations de Cisjordanie.

Unilever a finalement trouvé un accord avec Ben & Jerry’s Israel au début de l’année dans un contexte de pressions financières croissantes mais Ben & Jerry’s a poursuivi Unilever devant les tribunaux suite à cet arrangement.

Unilever et Ben & Jerry’s ont tous les deux revendiqué une image de responsabilité sociale, et la plainte les opposant est devenue une bataille judiciaire sans précédent entre une firme américaine majeure et sa filiale. Ce procès complexe est une épine dans le pied d’Unilever, révélant à la fois la difficulté d’opter pour un boycott économique visant à isoler Israël et les pièges présentés par l’activisme progressiste dans les grandes entreprises.

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