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Mort de Baghdadi: Trump remercie Moscou, Ankara, Damas, Bagdad et les Kurdes

Benjamin Netanyahu salue la mort du chef de l'EI, comme une "étape importante"

Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l'Etat islamique. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l'Etat islamique. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le président des Etats-Unis Donald Trump a annoncé dimanche la mort du chef de l’Etat islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi lors d’une opération militaire américaine menée dans le nord-ouest de la Syrie.

« Abou Bakr al-Baghdadi est mort », a déclaré M. Trump lors d’une allocution depuis la Maison Blanche.

La mort du chef de l’organisation Etat islamique Abou Bakr al-Baghdadi est une « étape importante », mais la bataille se poursuit contre le « terrorisme », a réagi dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

« Je veux féliciter le président Trump pour cet accomplissement impressionnant ayant mené à la mort du chef de l’EI, al-Baghdadi. Cette réussite est une étape importante, mais la bataille continue », a déclaré M. Netanyahu lors d’une visite dans une base militaire israélienne.

Les forces kurdes en Syrie s’attendent à des représailles du groupe Etat islamique (EI) après l’annonce de la mort du chef de l’organisation, Abou Bakr al-Baghdadi, dans un raid américain, a indiqué dimanche à l’AFP le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS).

« Les cellules dormantes vont venger Baghdadi. Donc on s’attend à tout, y compris des attaques contre les prisons » gérées par les forces kurdes, a indiqué à l’AFP Mazloum Abdi, commandant des FDS.

En mars, les forces kurdes avaient proclamé la fin du « califat » des jihadistes, avec la conquête de leur dernier bastion de Baghouz, aux confins orientaux de la Syrie.

Confrontées depuis le 9 octobre à une offensive de la Turquie et des supplétifs syriens, les forces kurdes ont mis en garde contre une résurgence de l’EI qui profiterait du chaos sécuritaire.

Washington a reconnu que plus de 100 prisonniers du groupe jihadiste s’étaient échappés depuis le lancement de l’opération turque.

Au total, quelque 12 000 jihadistes de l’EI, des Syriens, des Irakiens mais aussi 2.500 à 3.000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons kurdes, selon les autorités locales.

De plus, les camps de déplacés accueillent 12.000 étrangers, 4.000 femmes et 8.000 enfants de jihadistes parqués sous haute surveillance.

Les FDS continuent de traquer les jihadistes qui ont renoué avec la clandestinité et ont formé des cellules dormantes. L’EI continue de revendiquer régulièrement des attentats meurtriers en Syrie, notamment dans ses anciens fiefs reconquis par les forces kurdes.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau de sources sur le terrain, des commandos américains ont été héliportés et débarqués dans la nuit dans la région d’Idleb pour une « opération ciblant de hauts dirigeants de l’EI », le groupe Etat islamique.

Les forces kurdes en Syrie ont pour leur part salué une « opération historique » menée grâce à un « travail conjoint des renseignements » avec Washington, tandis que la Turquie a affirmé avoir été en « coordination » avec les Etats-Unis avant l’opération américaine, menée dans un secteur proche de la frontière turque.

Dans la nuit de samedi à dimanche, les chaînes de télévision américaines CNN et ABC ont fait état de ce raid visant Abou Bakr al-Baghdadi, responsable de multiples attentats sanglants à travers le monde.

Selon CNN, des tests sont en cours afin de pouvoir confirmer formellement la mort du chef du groupe jihadiste qui aurait fait exploser sa veste chargée d’explosifs pour se suicider au moment du raid.

Les tirs de huit hélicoptères ont visé après minuit une maison et une voiture aux abords du village de Baricha (nord-ouest), a déclaré à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

L’Observatoire fait état d’au moins neuf morts, dont deux femmes et un enfant, sans pouvoir dire si le chef de l’EI se trouvait dans le secteur.

Abdelhamid, un habitant de Baricha, s’est rendu dans le secteur touché très tôt dimanche matin. « Il y a une maison écroulée, des tentes et une voiture civile endommagées avec deux morts à l’intérieur », a-t-il raconté à l’AFP.

Aux abords de Baricha, un correspondant de l’AFP a pu voir la carcasse d’un minibus carbonisé, touché par des bombardements.

« L’opération a duré au moins jusqu’à 03H30 du matin », a précisé un autre habitant.

Des soldats turcs et des combattants syriens soutenus par la Turquie se rassemblent à la périphérie nord de la ville syrienne de Manbij, près de la frontière turque, le 14 octobre 2019, alors que la Turquie et ses alliés poursuivent leur attaque contre les villes frontalières kurdes du nord-est du pays. (Zein Al RIFAI / AFP)

Ce développement intervient dans une période d’intense activité militaire dans le nord de la Syrie, où les forces turques ont lancé le 9 octobre une vaste offensive contre les forces kurdes.

De leur côté, le régime de Damas et son allié russe ont accéléré le déploiement de leurs troupes à la frontière syro-turque, tandis que les Américains ont annoncé l’envoi de renforts militaires dans une zone pétrolière plus à l’est.

La dernière apparition de Baghdadi remonte à une vidéo de propagande du 29 avril dernier où il appelle ses partisans à poursuivre le combat.

Il y apparaissait pour la première fois depuis cinq ans et avait promis que son organisation « vengerait » la mort des jihadistes tués de l’EI, affirmant que le combat contre l’Occident était « une longue bataille ».

En septembre, il avait appelé dans un enregistrement audio ses partisans à « sauver » les jihadistes détenus dans les prisons et leurs familles vivant dans des camps de déplacés notamment en Syrie et en Irak.

C’est à Mossoul, en Irak, que le chef de l’EI a fait sa seule apparition publique connue, en juillet 2014, à la mosquée al-Nouri. En turban et habit noirs, barbe grisonnante, il avait alors appelé tous les musulmans à lui prêter allégeance à la tête du « califat » de l’EI autoproclamé sur les vastes territoires conquis en Irak et en Syrie voisine.

Surnommé le « fantôme », il a d’abord été un étudiant en religion timide puis un combattant jihadiste de second rang. Mais cet Irakien de 48 ans est parvenu à réaliser l’alliance entre jihadistes convaincus venus du monde entier et anciens militaires de l’armée de Saddam Hussein, laïque et socialiste, atout clé pour conquérir en 2014 un territoire grand comme la Grande-Bretagne.

S’il a été le premier chef jihadiste à instaurer un proto-Etat, son « califat » autoproclamé a aujourd’hui fait long feu. Le dernier réduit de l’EI est tombé en mars à Baghouz, en Syrie, et des dizaines de milliers de ses jihadistes sont désormais dans les prisons des Kurdes de Syrie ou de l’Etat irakien.

Ce « califat » a été déclaré éradiqué le 23 mars 2019 par les forces anti-jihadistes en Syrie, mais le chaos sécuritaire de la région fait craindre une résurgence de l’organisation.

De son vrai nom Ibrahim Awad al-Badri, le chef de l’EI serait né en 1971 dans une famille pauvre de la région de Bagdad. Passionné de football, il a échoué à devenir avocat puis militaire avant d’étudier la théologie. C’est lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003 qu’il crée un groupuscule jihadiste sans grand rayonnement. Ce père de cinq enfants, issus de deux mariages, est arrêté en février 2004 et emprisonné au camp Bucca.

Un soldat surveille les détenus, vus de dos, alors qu’ils discutent avec les membres de leur famille pendant les heures de visite dans un centre de détention militaire américain à Camp Bucca, en Irak, le 17 mars 2009. (Crédit : AP / Dusan Vranic)

Cette immense prison installée par les Américains à l’extrême sud de l’Irak, où se côtoient dignitaires déchus du régime de Saddam Hussein et nébuleuse jihadiste, sera surnommée « l’université du jihad ». D’ailleurs, dix ans plus tard, lors de la percée fulgurante de l’EI, l’armée irakienne comprendra qu’elle a face à elle ses ex-commandants, de l’époque de l’ancien régime, passés à l’EI.

Là, peu à peu, « tout le monde s’est rendu compte que ce type timide était un fin stratège », affirme Sofia Amara.

Libéré faute de preuves de Bucca après 10 mois, Baghdadi prête allégeance à Abou Moussaab al-Zarqaoui, sous tutelle d’Al-Qaïda, puis devient l’homme de confiance de son successeur Abou Omar al-Baghdadi.

Il prendra sa relève à sa mort en 2010 sous le nom d’Abou Bakr al-Baghdadi, en référence au premier calife successeur du prophète Mahomet.

Le groupe, rebaptisé Etat islamique, supplante Al-Qaïda, tandis que ses succès initiaux et sa propagande soigneusement réalisée attirent des milliers de partisans du monde entier.

Mais Baghdadi, lui, est rapidement forcé à la retraite au désert. Il aurait d’abord trouvé refuge dans la zone désertique allant du centre de la Syrie à l’Irak, selon les experts.

C’est là que son fils Houdhayfah al-Badri a été tué en juillet 2018, fauché dans une grotte par trois missiles russes téléguidés.

Lui-même a survécu à plusieurs attaques avant celle de dimanche et il avait au fil du temps drastiquement réduit son entourage.

Celui qui s’était un temps posé en chef suprême des musulmans du monde, réactivant le « califat » des premiers siècles de l’islam, aura finalement trouvé la mort à Idleb, dernier carré jihadiste de Syrie.

Là, il avait dû trouver refuge parmi les groupuscules liés à al-Qaïda, le groupe de ses débuts.

Les Etats-Unis offraient 25 millions de dollars pour la capture de cet homme, le plus recherché du monde.

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