Netanyahu : le Hezbollah se sert des tunnels pour capturer la Galilée
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Netanyahu : le Hezbollah se sert des tunnels pour capturer la Galilée

L'opération se poursuivra "jusqu'à ce que l’objectif soit atteint", a dit le Premier ministre qui a rejeté le lien établi entre l'opération et les recommandations policières

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que les efforts mis en oeuvre par Israël pour détruire les tunnels transfrontaliers construits par le Hezbollah n’étaient pas une « opération isolée, mais s’inscrit dans une vaste opération » destinée à repousser davantage le groupe terroriste libanais soutenu par l’Iran pour capturer la Galilée.

« L’objectif du Hezbollah était de creuser des tunnels jusque dans notre territoire. C’est une initiative d’une ampleur et d’une profondeur encore inédite », a déclaré Netanyahu durant un discours télévisé retransmis depuis le ministère de la Défense, à Tel Aviv.

L’armée israélienne a mobilisé mardi quelques réservistes, car elle se prépare à d’éventuelles représailles par le Hezbollah, en riposte aux opérations visant à trouver et détruire les tunnels d’attaque que le groupe terroriste a creusé.

L’armée avait annoncé avoir découvert « le premier et pas le dernier » tunnel d’attaque transfrontalier creusé par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, dans le cadre d’une opération nouvellement lancée – Bouclier du Nord. Le tunnel découvert mardi a été creusé depuis une maison du village libanais de Kafr Kila, et parcourait le territoire israélien sur une quarantaine de mètres.

Une carte fournie par Tsahal indique que le tunnel est entré en territoire israélien au sud de Metulla, précisant que le tunnel mesurait au total 200 mètres de long – dont 40 en territoire israélien – et deux mètres de large, ce qui est considérablement plus grand que les tunnels creusés par le groupe terroriste du Hamas à Gaza.

L’armée a estimé que ces tunnels étaient des tunnels d’attaque, à l’inverse des tunnels et des bunkers souterrains que le Hezbollah utilisait pendant la Seconde guerre du Liban en 2006, qui avaient une fonction défensive.

Des agents du Hezbollah travaillaient à l’intérieur de ce tunnel quand il a été découvert mardi matin, a fait savoir un porte-parole de l’armée en diffusant des images filmées dans le tunnel.

Des soldats israéliens devant une machine d’excavation près de Metula, à la frontière avec le Liban, le 4 décembre 2018. (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

Netanyahu a déclaré que l’élaboration du tunnel s’inscrivait dans une démarche visant à « infliger des dégâts » aux citoyens israéliens et à leur État.

« Capture des zones de Galilée par le Hezbollah est une menace réelle », a-t-il dit. « Cela fait également partie de l’initiative terroriste régionale et internationale de l’Iran. »

Évoquant l’action militaire israélienne en Syrie ces dernières années, qui, a-t-il dit, a fait diminuer de 10 % le nombre de troupes iraniennes dans le pays ravagé par la guerre, Netanyahu a déclaré que l’opération de mardi était également destinée à contrecarrer les groupes terroristes iraniens qui agissent au Liban.

« Cette opération se poursuivra jusqu’à ce que le résultat soit atteint, quel que soit le temps que ça prenne », a déclaré Netanyahu.

« J’ai un message pour le peuple libanais », a-t-il ajouté. « Le Hezbollah met vos vies en danger. Il sacrifie votre bien-être pour les projets agressifs de l’Iran. »

Il a souligné que « ces tunnels terroristes transfrontaliers ont été construits par le Hezbollah et avec le soutien direct et le financement de l’Iran. Ils ont été construits dans un but précis : attaquer et tuer des hommes, des femmes et des enfants israéliens. C’est une grave violation de la souveraineté israélienne et une violation flagrante de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité des Nations unies. C’est une agression injustifiée et inacceptable. »

Le tunnel découvert mardi, a-t-il ajouté, « a été construit sous un quartier résidentiel civil au sud du Liban. Ce n’est qu’un exemple de plus pour montrer que le Hezbollah commet un double crime de guerre. Ils ciblent des civils en se cachant derrière des civils. Et cela doit être condamné fermement par toutes les nations qui se préoccupent de la paix, de la liberté et de la dignité humaine. »

Afin de nier les allégations qui tentent de relier le lancement de l’opération Bouclier du nord aux récentes recommandations de mise en examen dont il fait l’objet, Netanyahu a assuré que la décision de passer à l’action a été prise « il y a quelques semaines ». Il a également remercié nommément « l’ancien ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui a participé aux préparatifs ». Liberman a démissionné le mois dernier pour protester contre le refus de Netanyahu de lancer un assaut contre le Hamas à Gaza, après que le groupe terroriste a lancé près de 500 roquettes contre Israël.

Le Premier ministre Netanyahu et le ministre de la Défense Liberman avec le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot au siège de l’armée israélienne à Tel Aviv, le 12 novembre 2018 (Crédit : Amos Ben Gershom)

Le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot, qui a pris la parole après Netanyahu, a déclaré que l’armée avait soumis au cabinet de sécurité des recommandations pour lancer l’opération « une fois que les conditions seront réunies », il y a près d’un mois.

Selon Eizenkot, le cabinet a approuvé l’opération le 7 novembre.

Il a ajouté qu’elle devrait durer quelques semaines et qu’elle était gérée par le général de division Yoel Strick, chef du Commandement du Nord de l’armée israélienne.

« Ce matin, nous avons lancé une action pour contrecarrer l’intrusion du Hezbollah dans notre territoire, pour améliorer notre sécurité au nord… pour frapper et continuer à frapper l’enracinement iranien dans le nord », a déclaré Eizenkot.

Le chef de l’armée a ajouté que l’opération Bouclier du Nord a été lancée avant même que les tunnels ne soient opérationnels et qu’ils ne deviennent « des menaces directes contre les communautés du nord et les bases militaires ».

Photo prise le 4 décembre 2018 depuis le village libanais de Kafr Kila. On voit les engins israéliens opérer derrière le mur frontalier. (Crédit : Ali Dia/AFP)

Eizenkot a déclaré qu’à la veille de la guerre de Gaza en 2014, au cours de laquelle les tunnels d’attaque du Hamas étaient au cœur de toutes les préoccupations, l’armée israélienne « a conçu un système hautement performant capable de neutraliser les tunnels d’attaques, au nord comme au sud ».

Le chef de l’armée a ajouté que les dirigeants des communautés du nord d’Israël ont été notifiés de l’opération en amont et les a salués pour la « responsabilité » dont ils ont fait preuve en ne dévoilant pas le projet.

Il a ajouté que l’armée était « en possession des plans des tunnels d’attaque du Hezbollah » et a enjoint les Israéliens à « se sentir en sécurité, maintenir leur quotidien et continuer à se rendre dans le nord ».

Le général de brigade Ronen Manelis, porte-parole de l’armée israélienne, qui a parlé avant Netanyahu, a déclaré que des agents du Hezbollah travaillaient dans le tunnel découvert par l’armée jusqu’à mardi. Il a montré des images filmées dans le passage souterrain mardi matin.

Dans la vidéo, on aperçoit plusieurs hommes traverser le tunnel jusqu’à la détonation d’un petit explosif près de l’objectif de la caméra, qui les a effrayé.

L’armée a déclaré que le tunnel, qui rentrait en territoire israélien sur 40 mètres, était « le premier et pas le dernier » tunnel d’attaque creusé par le Hezbollah depuis le sud du Liban.

Selon Manelis, le tunnel prendrait source depuis un immeuble résidentiel, à quelques mètres d’un poste de la FINUL, chargé s’assurer que les groupes armées -qui ne sont pas l’armée libanaise – ne franchissent par la frontière, en vertu de la résolution  de l’ONU 1701.

Israël a critiqué à de nombreuses reprises l’incapacité de la FINUL à contenir le puissant groupe terroriste du Hezbollah, qui, selon l’armée israélienne, dispose d’un arsenal conséquent, malgré les dispositions de la résolution 1701.

L’armée a déclaré que l’opération se limitait au territoire israélien pour le moment, mais le porte-parole de l’armée Ronen Manelis a déclaré au micro de la radio militaire plus tôt dans la journée de mardi qu’elle devrait prendre davantage d’ampleur dans les jours à venir, suggérant que des soldats pourraient avoir à traverser la frontière pour se rendre au Liban.

« Nous sommes préparés à toutes les options et l’opération n’en est qu’à son premier jour. La neutralisation des tunnels ne se déroulera pas nécessairement dans notre territoire », a-t-il dit.

Mardi soir, l’armée n’avait pas mobilisé un grand nombre de réservistes, mais seulement certains membres de l’armée de l’air et des unités du renseignement militaire.

Les unités de l’armée de l’air ont été mobilisées pour renforcer les ressources israéliennes en batteries de défense aérienne. Le Hezbollah disposerait de plus de 100 000 roquettes et missiles, soit beaucoup plus que de nombreux pays européens.

Un camion à la frontière israélo-libanaise, aux abords de Metula, le 4 décembre 2018. (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Les analystes de la Défense ont averti que le Hezbollah risque de ne pas réagir tant que l’armée israélienne opère en territoire israélien, mais que le groupe terroriste est susceptible de riposter si les efforts mis en oeuvre par Israël s’exportent en Iran ou si ses agents sont tués.

Ces tensions surviennent quelques heures après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est envolé pour Bruxelles, où il a rencontré le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo pour discuter de la menace iranienne aux frontières d’Israël, ce qui semble faire référence au Hezbollah.

Israël a souvent averti que le Hezbollah prévoyait de mener des raids transfrontaliers en cas de conflit, dans le but précis de conquérir une ville civile près de la frontière. Les résidents du nord ont craint, ces dernières années, que des tunnels d’attaques soient creusés en dessous des frontières, ce qui a encouragé l’armée à créer un groupe de travail pour enquêter sur ces craintes en 2014.

« L’objectif principal [du Hezbollah] est de tuer un maximum de personnes dans les villages et les bases militaires [israéliennes] », a déclaré un haut-gradé de l’armée israélienne au début de l’année lors d’un point-presse à la frontière libanaise.

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