Nir Hefetz porte plainte contre Amir Ohana pour violation d’un embargo
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Nir Hefetz porte plainte contre Amir Ohana pour violation d’un embargo

Les avocats du témoin de l'accusation clament que la révélation par le ministre de la Justice de détails sur son interrogatoire, est une tentative "méprisable" visant à lui nuire

Nir Hefetz, qui était alors rédacteur en chef du journal Maariv, lors d'une réunion de la Commission des Affaires économoqies à la Knesset, le 27 septembre 2012 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Nir Hefetz, qui était alors rédacteur en chef du journal Maariv, lors d'une réunion de la Commission des Affaires économoqies à la Knesset, le 27 septembre 2012 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Nir Hefetz, ancien conseiller et confident du Premier ministre Benjamin Netanyahu devenu témoin de l’accusation, a porté plainte au civil contre le ministre de la Justice Amir Ohana pour avoir brisé un embargo judiciaire – en révélant en public les détails d’un mauvais comportement présumé de la police au cours de son interrogatoire.

A la Knesset, au début du mois, Ohana avait raillé ce qu’il avait qualifié d’actes condamnables de la part de la police pour encourager Hefetz à apporter son témoignage contre Netanyahu dans trois affaires de corruption, révélant les détails de pressions présumées qui auraient été utilisées par les enquêteurs et qui avaient été placés sous embargo par la cour – en tant que mesure de protection de la vie privée de Hefetz.

Jeudi, ses avocats ont accusé Ohana d’avoir fait un usage « abusif, méprisable et malveillant de la plateforme de la Knesset pour nuire à Nir Hefetz et à sa famille et pour tenter de dissuader ce dernier de s’en tenir au témoignage de vérité qu’il a apporté ».

Ils ont décrit les articles et reportages des médias israéliens qui avaient suivi les propos d’Ohana comme « un assassinat mortel » de leur client.

Les avocats ont accusé Ohana de chercher à « maximiser les dégâts fait au plaignant sur la base d’une intention claire et purement malveillante, sans justification aucune – qu’elle soit matérielle, légale, publique ou autre ».

Hefetz est un témoin essentiel dans l’Affaire 4000 – la plus grave des dossiers contre le Premier ministre – dans laquelle Netanyahu est soupçonné d’avoir favorisé des décisions réglementaires au profit de l’actionnaire majoritaire du groupe de télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture médiatique positive sur le site Walla, propriété d’Elovitch.

Le procureur-général a annoncé, la semaine dernière, qu’il allait inculper Netanyahu pour répondre de fraude, d’abus de confiance et de pots-de-vin dans l’Affaire 4000. Il l’a par ailleurs mis en examen pour fraude et abus de confiance dans deux autres dossiers.

Violant l’embargo, Ohana avait, au début du mois, depuis la tribune de la Knesset, raconté comment les enquêteurs avaient interrogé une femme – qui n’était pas directement liée à l’Affaire 4000 – et lui avaient posé des questions « invasives et intrusives » sur sa relation avec Hefetz avant d’organiser une rencontre « accidentelle  » entre elle et Hefetz dans les couloirs.

Lorsque les deux s’étaient vus, les enquêteurs avaient alors dit à Hefetz – selon Ohana – qu’ils savaient « tout », ajoutant : « Nous allons lâcher une bombe sur votre famille ».

Amir Ohana parle depuis la tribune de la Knesset, le 6 novembre 2019. (Crédit : Adina Wellman / bureau du porte-parole de la Knesset)

Ohana avait utilisé l’enquête menée sur Hefetz pour clamer que le système judiciaire agissait avec des intentions malveillantes à l’encontre de Netanyahu, l’accusant de « protéger les criminels ».

Ohana, jeudi, n’a affiché aucun repentir, disant dans un post publié sur Facebook que « je ne retire pas un seul mot ». Le ministre du Likud a indiqué que lorsqu’il avait appris les rumeurs portant sur « une extorsion » du témoignage de Hefetz, pour le pousser à se retourner Netanyahu, et dans un contexte « d’autres agissements d’investigation mal avisés » utilisés contre le Premier ministre et d’autres suspects, il avait jugé utile d’évoquer ces allégations devant le parlement.

« Ce que j’ai dit depuis la tribune de la Knesset était nécessaire pour le débat des législateurs en la matière. C’était au coeur du sujet. Je ne crois pas qu’il soit possible de débattre des critiques portant sur les forces responsables de l’application de la loi sans expliquer la raison de ces critiques. »

Il a également répété qu’il n’avait pas eu connaissance des détails de l’embargo lorsqu’il s’était exprimé à la Knesset.

Hefetz avait averti Ohana qu’il serait susceptible de porter plainte, réclamant des excuses publiques et une indemnisation qui n’a pas été précisée.

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d’une conférence sur la justice à Tel Aviv, le 4 novembre 2019. (Flash90)

Hefetz a aussi porté plainte contre le commentateur de radio Yakov Bardugo. Selon ses avocats, Bardugo aurait fait connaître les détails des informations sous embargo dans un groupe WhatsApp réunissant des membres du Likud, et comprenant des centaines de personnes.

Mandelblit a juré de se pencher sur les mauvais comportements présumés des enquêteurs. Mais il a également vertement réprimandé – un fait sans précédent – Ohana, disant que ses propos visaient à « tromper le public » au bénéfice politique de Netanyahu.

La Douzième chaîne a cité des sources proches de Hefetz qui ont insisté sur le fait qu’il n’y avait « aucun lien » entre l’interrogatoire de la police et sa décision de devenir témoin de l’accusation.

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