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Nomination des juges : les membres de la coalition qualifient le Likud de « traître »

Netanyahu est accusé, en interne, d'avoir ordonné aux députés de voter pour approuver la candidature de Karine Elharrar (Yesh Atid) à la commission de sélection des juges

La députée du Likud Tally Gotliv regardant derrière un rideau alors qu'elle vote pour les candidats à la commission de sélection des juges, à la Knesset, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
La députée du Likud Tally Gotliv regardant derrière un rideau alors qu'elle vote pour les candidats à la commission de sélection des juges, à la Knesset, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les membres de la coalition au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont échangé des reproches et des accusations mercredi soir après le vote – et l’élection – de la candidature d’une députée de l’opposition à la commission de sélection des juges, déclenchant une « chasse » pour découvrir qui a rompu les rangs pour soutenir cette décision.

Plusieurs membres de la coalition ont dirigé leurs soupçons vers le parti de Netanyahu, le Likud – le parti le plus modéré de la coalition réunissant la droite, l’extrême droite et les ultra-orthodoxes – suite à l’élection de la députée Karine Elharrar (Yesh Atid) à la commission de sélection des juges, qui nomme les juges, notamment pour la Cour suprême.

La Douzième chaîne a cité un député du Likud qui a déclaré avoir soutenu Elharrar lors du vote à bulletin secret, dans un contexte de spéculation généralisée selon laquelle Netanyahu avait cherché à apaiser l’opposition, qui avait menacé de se retirer des pourparlers visant à combler les profondes divergences sur les changements apportés au système judiciaire si aucun de ses représentants n’était nommé à la commission.

« Netanyahu savait qu’elle serait choisie et n’a pas été surpris par le résultat », a déclaré le député, sous couvert de l’anonymat, à la Douzième chaîne. « Nous avons sauvé Netanyahu du ministre de la Justice Yariv Levin. »

Le membre du Likud a déclaré que si Elharrar n’avait pas obtenu suffisamment de soutien, les protestations auraient éclaté et se seraient intensifiées au-delà du niveau atteint à la fin du mois de mars, lorsque les Israéliens sont descendus dans les rues pour protester contre le licenciement du ministre de la Défense Yoav Gallant, qui avait insisté sur la suspension de la réforme du système judiciaire poussée par Levin. Netanyahu avait alors renoncé au limogeage et temporaire suspendu le processus législatif de la réforme judiciaire pour permettre des discussions en réponse à l’agitation de masse.

« Si Karine Elharrar n’avait pas été choisie, il y aurait eu un [autre] ‘incident Gallant’ puissance 10 », a déclaré le député.

Elharrar a été élue par 58 voix contre 56, ce qui signifie qu’au moins quatre membres de la coalition ont rompu les rangs pour voter en sa faveur. Le seul autre nom sur le bulletin de vote, celui de Tally Gotliv (Likud), a été battu à plate couture après avoir donné le tournis à la politique en refusant de retirer sa candidature anti-conformiste.

Le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, à gauche, et la députée Karine Elharrar pendant une conférence de presse conjointe à la Knesset, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’opposition a mené une campagne organisée pour recruter des députés du Likud afin de pousser la candidature d’Elharrar au-delà de la ligne de démarcation. Bien que les bulletins de vote aient été secrets, les députés David Bitan et Yuli Edelstein, ainsi que Gallant et sa collègue ministre Gila Gamliel, figurent parmi les principaux noms qui auraient fait pencher la balance en faveur d’Elharrar.

Un nouveau vote est nécessaire dans les 30 jours pour l’autre membre de la commission, qui sera probablement le député, Yitzhak Kroizer (Otzma Yehudit).

Les résultats ont mis le Premier ministre dans l’embarras, démontrant son manque de contrôle sur ses propres députés. Les leaders de l’opposition se sont empressés de déclarer que les événements de la journée, dont la tentative de Netanyahu de retarder le vote d’un mois, montraient qu’on ne pouvait pas lui faire confiance. Ils ont annoncé qu’ils interrompraient les pourparlers sur la réforme organisés par le président Isaac Herzog jusqu’à ce que le groupe d’experts se réunisse.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu votant pour le candidat à la commission de sélection des juges, à la Knesset, le 14 juin 2023. (Crédit : AP/Ohad Zwigenberg)

Ces derniers jours, de hauts responsables du Likud ont exprimé leur opposition à la réforme du système judiciaire, affirmant que cette initiative avait nui au soutien de l’opinion publique à l’égard du parti et avait écarté d’autres points importants de l’ordre du jour, a rapporté le quotidien Haaretz.

« De plus en plus de ministres et de députés de la coalition demandent à Netanyahu de renoncer aux réformes et de prendre ses distances avec Yariv Levin », a déclaré un député de la coalition au quotidien.

Le député Meïr Cohen (Yesh Atid), a fait pression sur 12 transfuges potentiels de la coalition, a rapporté le site d’information Walla. Le député Chili Tropper (HaMahane HaMamlahti) a également participé aux efforts, selon le site d’information Ynet.

De discrètes discussions avec les membres de la coalition se sont poursuivies jusqu’à mercredi matin, et dans l’après-midi, le parti HaMahane HaMamlahti savait qu’entre quatre et six membres de la coalition voteraient avec l’opposition, selon Walla.

Des membres de la coalition lors d’un vote pour la commission de sélection des juges, à Jérusalem, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Après le vote, le député Edelstein (Likud) s’est approché du chef du parti HaMahane HaMamlahti Benny Gantz pour lui parler discrètement. Ce dernier s’est ensuite approché de Tropper pour lui parler, tout ceci faisant naître des soupçons sur le fait qu’Edelstein aurait pu être l’un des transfuges.

Gantz a refusé de divulguer ce dont il a parlé avec les députés lors d’une interview accordée à la Douzième chaîne.

« Chacun a son propre jugement. Je me réjouis qu’il y ait eu des députés de l’autre côté qui se soient comportés de manière responsable et qui aient déposé un bulletin de vote responsable dans l’urne. Cette journée s’est bien terminée, en ceci qu’il y a un représentant de l’opposition au sein de la commission de sélection des juges », a-t-il déclaré, ajoutant que « Netanyahu a du mal à livrer la marchandise ».

Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar (Likud), a déclaré qu’avec le gel des négociations, la coalition était désormais tenue de faire passer la réforme.

« Dès le départ, l’opposition n’est pas venue en toute bonne foi à la table des négociations à la résidence présidentielle, et nous en avons eu la preuve aujourd’hui », a-t-il déclaré.

« Traîtres »

Les accusations ont fusé entre les députés de la coalition peu après l’annonce des résultats.

Gotliv, qui n’a obtenu que 15 voix pour sa candidature controversée, s’en est prise à Netanyahu, l’accusant d’avoir orchestré la victoire de Elharrar.

« Les traîtres du Likud n’ont pas voté pour des représentants de l’opposition de leur propre chef. C’est plus grave que cela. C’est exactement ce que voulait le Premier ministre », a déclaré Gotliv à la chaîne publique israélienne Kan. « Le chat est sorti du sac et nous avons découvert le vrai visage de la coalition. »

Yariv Levin lors du vote sur la commission de sélection des juges, à la Knesset, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La députée Efrat Rayten (Avoda), qui a participé au décompte des voix, a déclaré que Gotliv avait peu d’espoir d’obtenir un quelconque soutien.

« J’ai parlé avec elle [avant le vote] et elle m’a dit ‘Je n’aurais qu’une voix, la mienne ; je suis sûre que personne ne votera pour moi’. », a déclaré Rayten.

Avant le vote, le parti d’opposition Yisrael Beytenu a déclaré qu’il soutiendrait la candidature de Gotliv, dans un geste visant apparemment à déstabiliser davantage la coalition.

Moshe Saada (Likud) a déclaré qu’il était clair que les « transfuges » étaient des membres de son propre parti. Miki Zohar (Likud) a qualifié les membres de la coalition qui ont soutenu Elharrar de « traîtres » dans une interview accordée à la Douzième chaîne.

Un membre important de la coalition a été cité par la chaîne, blâmant « plusieurs députés du Likud qui se sont opposés à la législation [sur la réforme] ».

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclaré qu’il était « très troublant » que les membres du Likud ne votent pas avec la coalition, alors que son propre parti, Otzma Yehudit, avait refusé de coopérer avec la coalition le mois dernier pour protester contre les allocations budgétaires.

« Et cela soulève la question de savoir si tous les membres du Likud sont engagés dans la réforme judiciaire », a-t-il déclaré.

Les membres de la Knesset votant pour les candidats à la commission de sélection des juges, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

May Golan (Likud) a accusé ses collègues de « faire du Bennett ». L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a été accusé de bousculer les électeurs de droite en 2021 en faisant entrer son parti de droite dans un gouvernement composé d’un éventail de partis politiquement diversifiés, y compris des factions représentant les gauchistes et les Arabes.

« Ils ont pris le mandat que le public leur a donné, et les ont escroqués et trompés », a tweeté Golan à propos de ceux qui ont voté pour Elharrar.

Mais d’autres membres de la coalition ont vu dans le chaos de la journée une raison supplémentaire d’aller de l’avant avec la réforme judiciaire.

« Il est facile de rejeter la responsabilité et de chercher des coupables. Nous sommes le gouvernement, nous sommes la coalition, nous sommes responsables », a tweeté Boaz Bismuth (Likud). « La seule façon de s’excuser auprès de nos électeurs est d’adopter la réforme. »

Des personnes participant à une manifestation contre la réforme du système judiciaire, à Tel Aviv, le 14 juin 2023. (Crédit : Flash90)

Les nominations judiciaires sont au cœur du projet de la coalition visant à radicalement remanier le système judiciaire israélien et constituent l’un des principaux points d’achoppement des négociations qui se sont tenues à la résidence présidentielle.

Levin a récemment déclaré que le système actuel est discriminatoire à l’égard de la droite politique, qu’il est « inadapté » à la sélection des juges et qu’il est « indigne » d’une démocratie, alors qu’il cherche à affirmer son contrôle politique sur la sélection des juges. Les députés de l’opposition et le mouvement de protestation – actif depuis 23 semaines consécutives – ont déclaré que l’augmentation de l’influence politique sur les juges mettrait fin à l’indépendance judiciaire et causerait un préjudice grave à la démocratie.

À Tel Aviv, quelque 200 partisans de l’opposition au remaniement judiciaire se sont rassemblés pour protester contre le gouvernement et célébrer la victoire de Elhararr.

« Nous voyons que le Likud a une base libérale qui s’engage en faveur de la démocratie », a déclaré un militant au site d’information Ynet. « Je suis venu pour célébrer cela. »

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